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Geobunnik

Le blog d'un enseignant qui prépare au CAPES et au CRPE en géographie à l'ESPE de Corse à Ajaccio et Corte.

LE TOURISME : UNE PRATIQUE RÉCENTE QUI S'APPREND

Publié le 11 Novembre 2013 par geobunnik in Tourisme

Après s'être demandé ce qu'est le tourisme, nous allons voir maintenant comment il on peut l'étudier à travers trois parties :

  1. Un historique du fait touristique qui tendra à montrer que les territoires du tourisme n'ont cessé de s'étendre depuis la fin du XVIII° siècle afin de rappeler que tous les lieux ne sont pas touristiques et que la planète n'est peut-être pas totalement « disneylandisée » comme l'écrivait il y a 10 ans la géographe Sylvie BRUNEL. (2006)

  2. Une recherche du touriste : qui est-il, d'où vient-il, quel est son âge, son sexe, … ?

  3. Une étude brève des différents acteurs du tourisme aujourd'hui.

 

Avant de commencer, un extrait de l'article « Reconstruire la mondialisation du tourisme. Une approche géo-historique ». Andrea ANTONESCU & Mathis STOCK

(source : http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/71/65/62/PDF/antonescu_stock_2011.pdf)

 

 

On l'a vu dans l'introduction, le tourisme est avant tout un phénomène urbain, par les urbains et pour les urbains. C'est dans ce cadre là qu'il faut donc étudier cette activité temporaire. Ce caractère urbain implique de s'intéresser certes aux effets spatiaux, mais aussi économiques, sociologiques ou culturels du tourisme. L'idée d'un transfert d'urbanité semble pertinente dès l'apparition du tourisme et se confirme encore de nos jours.

 

"Les lieux touristiques fréquentés par les Chinois ne sont pas forcément les mêmes que ceux appréciés par les « étrangers ». Bien qu’étant une invention occidentale, les étrangers ne se rendent pas sur les plages en Chine, laissant la découverte de cet espace aux touristes chinois qui innovent dans leurs pratiques. Sur la plage de Beihai par exemple, une chaise à photo est placée tous les 50m pour permettre au visiteur d’immortaliser son passage sur cette espace considéré comme « la plus belle plage » (inscription en rouge sur le haut des chaises)."

Benjamin Taunay


2.1- Une courte histoire du tourisme.

 

Pour étayer ces propos, on peut s'appuyer sur les ouvrages de Marc BOYER (le Tourisme de Masse, l'Harmattan, 2007 ; le tourisme en France, EMS, 2003) mais aussi ceux d'Alain CORBIN (L'avènement des loisirs ou le désir de rivage 1850-1960, Flammarion, 1995).

 

      1. L'invention du tourisme

 

Selon Marc BOYER, il y a eu à la fin du XVIII° siècle en Grande Bretagne, une « révolution touristique » qui s'est basée sur une quête d'exotisme de la part d'une élite urbaine romantique. Celle-ci part à la recherche de paysages particulièrement pittoresques, sur les rivages ou en montagne.

Cette pratique est fondamentalement liée au romantisme (fin XVIII, mi-XIX° siècles) qui met en avant ces paysages dans les poésies de William BLAKE ou de Victor HUGO jeune ou dans les tableaux de Caspar David FRIEDRICH, de William TURNER.

Les romantiques sont attirés également par d'autres rivages, méditerranéen.
 

Ils entreprennent alors ce que l'on va appeler par la suite 'le Grand Tour' ou 'Touring' ; des voyages vers le sud de l'Europe, voire vers l'Orient idéalisés ou vers les montagnes européennes, principalement les Alpes.

Marc BOYER parle de « l'invention de l'inutile » pour évoquer ces nouvelles pratiques qui se basent sur les loisirs, le temps libre, mais aussi :

  • les nouveaux moyens de communication : le train, le bateau à vapeur, le vélo, l'automobile.

  • Les nouveaux moyens d'expression : le téléphone, la photographie, les guides de voyage, les récits de voyage, …

  • un désir d'exotisme qui pousse à l'invention de lieux : la Méditerranée, les Alpes, les Pyrénées, l’Égypte, …

  • des nouvelles pratiques :

    • le bain (mais pas encore dénudé, il faudra attendre le XX° siècle avec le 'sea, sand and sun') ;

    • le spa (du nom d'une commune belge) ;

    • la promenade ;

  • Des saisons qui apparaissent :

    • On va en montagne l'été pour chercher la fraîcheur et éviter les miasmes des villes polluées, sales. En Inde, les colons britanniques quittent la plaine pour gagner les piémonts : Darjeeling devient une station de montagne. En Corse, Vizzavona accueille ses premiers hôtels et touristes avec le train.

    • On gagne les littoraux l'hiver ; la Côte d'Azur, Ajaccio deviennent des stations d'hiver pour les touristes anglais (Bois et Chapelle des Anglais à Ajaccio qui devient une station à partir de 1868 et la construction du 'Grand hôtel d'Ajaccio et continental', 100 chambres, des visiteurs prestigieux comme l'empereur d'Autriche ou l'écrivain Joseph Conrad  ; promenade des Anglais à Nice en 1835-1856) ou français (l'impératrice Eugénie à Biarritz, la bourgeoisie parisienne au Touquet-Paris-Plage ou à Dauville et ses planches.

  • Des nouveaux aménagements qui sont quasi exclusivement privés :

    • l’hôtel remplace l'auberge. Il reproduit la demeure bourgeoise idéalisée : un grand salon, une salle à manger, un escalier monumental, l'électricité et l'eau dans les chambres, … en somme la modernité et surtout l’urbanité.

    • Des villas lorsqu'on revient plus fréquemment ;

    • Des aménagements urbains accompagnent ces bâtiments : un opéra, un théâtre, des parcs, un hippodrome, etc.

    • Des aménagements pour les transports, principalement une gare de chemin de fer.

 

Exemple : DEAUVILLE

 

      1. L'avènement des loisirs

 

Au début du XX° siècle, le tourisme suit la même évolution : il est élitiste et commence à imposer ses codes aux autres couches de la société occidentale. Il reste en effet un phénomène occidental (Europe, Amérique du Nord, Australie) qui subit les influences des pays neufs : les conventions sociales vont en être changées après la deuxième Guerre mondiale, lorsque le modèle américain, l'American Way of Life, s'imposera en Europe.

Pendant les années 1910-1940, le tourisme s'étend à la montagne en hiver : les premières stations de sport d'hiver (Chamonix, Zermatt, Davos, …) rassemblent la haute société européenne.

Parallèlement, les classes moyennes et populaires accèdent peu à peu à la société de consommation et surtout à la société des loisirs : les premiers congés payés sont accordés par des lois en Europe et en Amérique du nord avant la fin de la deuxième Guerre mondiale. Les premières colonies de vacances sont créées dans l'entre-deux-guerres, le scoutisme se développe aussi.

Les premiers guides se diffusent de plus en plus, des cartes routières (Michelin) soulignent des itinéraires pour les bicyclettes ou les automobiles, des ouvrages d'écrivains-voyageurs se diffusent, etc.

Enfin, les premiers événements sportifs d'ampleur nationale ou continentale (voire mondiale) diffusent la valeur 'sport' et pousse aux grands rassemblements populaires autour de ces événements qui se déroulent dans des cadres champêtres (tour de France, jeux olympiques, …).

 

Comme l'a montré Alain CORBIN, les rapports à l'environnement et à nature changent : on n'a plus un regard romantique sur la nature caractérisé par l'observation ou la contemplation mais un regard d'urbains qui cherchent à échapper à la ville et à jouir des plaisirs de la nature : voile, ski, randonnée, …

 

Le grand tournant a lieu dans les années 1960 avec l'avènement de la société des loisirs à partir du modèle non plus aristocratique européen mais du modèle démocratique et du tourisme de masse venu des États-Unis et même plus précisément de Californie et de Floride.

La plage devient un lieu de détente et de bronzage. Le culte du corps halé et sculpté par le sport se diffuse, voire s'impose dans les sociétés occidentales puis dans les pays non occidentaux : Japon, Corée puis Chine ou Brésil : les classes moyennes, urbaines, découvrent que le temps libre peut être occupé à des loisirs de découverte, de sport ou de farniente.

 

Si le modèle aristocratique semble dépassé (élitisme, spas ou golf, admiration des paysages), il ne disparaît pas mais se transforme : les pratiques nouvelles restent sociales (certains lieux doivent être visités ou on doit toujours y être vus : combien de t-shirt avec des noms de lieux touristiques : « j'ai gravi la Grande Muraille », …), elles restent urbaines : on quitte la ville pour gagner des lieux urbains : l'hôtel, le club (invention des années 1950 par Gilbert Trigano et le Club Méditerranée), les stations de ski ou les croisières (concentration humaine, verticalité, horaires fixes, …).

 

De plus, ce deuxième temps est celui de deux autres moyens de transport,

  • l'automobile (qui permet de traverser le pays, d'abord sur les routes nationales, comme la Nationale 7 – chanson de Charles TRENNET ; puis sur les autoroutes aux noms touristifiés : autoroute du soleil (A 6), des estuaires (A 10), du littoral (A 55 – Marseille), blanche (A 40 - Alpes) …

  • l'avion qui devient un moyen de transport de masse dans les années 1980. Les vols permettent de relier des enclaves touristiques éloignées mais qui se ressemblent de plus en plus : le sud de la Thaïlande, les îles et les villes de la Méditerranée, les îles des Caraïbes, les métropoles mondiales, … 700 millions de passagers au milieu des années 1980 => 3,6 milliards de passagers millions prévus pour 2016. (source IATA) Les compagnies aériennes connaissent aussi une évolution avec la libéralisation du marché aérien : les compagnies nationales sont concurrencées par des compagnies low cost qui proposent des services moindres à des coûts faibles.

 

L’État devient un acteur du tourisme :

  • d'abord en augmentant le nombre de jours consacrées aux loisirs : RTT en France à partir de 1997, congés payés plus longs (en France : troisième semaine de congés payés en 1956, quatrième en 1968-1970 et cinquième en 1982), … à une période où les classes moyennes sont plus nombreuses (d'abord dans les pays occidentaux puis dans les pays émergents. En France, les taux de départ en vacances, qui étaient de 15 % en 1950, dépassent les 40 % dès 1961, 50 % en 1975 et atteignent 74,1 % en 1999.

  • Ensuite en investissant au profit du tourisme : voies de communication (notamment les autoroutes et les aéroports), plans pour installer des stations balnéaires ou des stations de ski. C'est particulièrement visible en Méditerranée : France, Espagne, Tunisie, …

 

Le tourisme devient alors une valeur partagée dans le monde entier par les classes moyennes urbaines qui y voient l'occasion de se recréer et d'afficher un statut social. L'urbanisation du monde conjuguée à la mondialisation permet à la fois une augmentation du nombre de touristes et un accroissement des territoires dédiés au tourisme : des nouvelles destinations apparaissent, en Méditerranée : Tunisie, Maroc, Turquie, Egypte (qui passe d'un tourisme élitiste à un tourisme de masse très localisé) ; en Asie : Thaïlande, Indonésie ; en Amérique : les Caraïbes, le Mexique ; … L'offre suit donc la demande des urbains.

 

Exemple : le Club Méditerranée

 

Croquis : l'élargissement progressif du tourisme au monde, 1800-2000 :

 

 

Le point de vue d'Olivier DEHOORNE sur l'histoire du tourisme à la fin du XX° siècle :  :

 

1990-2000, le tout tourisme

Phase brève mais euphorique, la dernière décennie du XX° siècle se caractérise par une prodigieuse expansion de l’espace touristique. 1989, les murs tombent, les frontières s’ouvrent, le monde bipolaire prend fin. Les jeunesses occidentales sont curieuses de découvrir les pays d’Europe centrale et orientale longtemps retranchés derrière le Rideau de fer comme l’Allemagne de l’Est, la Pologne, la Hongrie, la Roumanie, etc. L’unification du monde sous la seule bannière capitaliste semble alors prometteuse. Le champ des territoires ouverts au tourisme ne cesse de s’élargir et le contexte géopolitique paraît très favorable.

C’est aussi la période de l’ouverture de la Chine (17 877 visiteurs étrangers recensés en 1965, puis 31,2 millions en 2000 et 57,6 millions en 2011), de l’Afrique du Sud post-apartheid (seconde destination touristique africaine derrière le Maroc, avec 8,4 millions de touristes en 2011), du Vietnam (1,4 millions de touristes en 2000 et 6 millions en 2011), sans oublier le positionnement de nouvelles destinations caribéennes (comme Cuba et la République dominicaine) sur le tourisme balnéaire de masse.

Source : Dehoorne Olivier, « Une histoire du tourisme international : de la déambulation exotique à la bulle sécurisée »,

Revue internationale et stratégique, 2013/2 n° 90, p. 77-85.

 

L'idée du tout tourisme est certainement excessive : le tourisme étend son emprise sur de nouveaux territoires selon la même logique que dans les années 1960 : vers des marges proches ou accessibles.

 

2.2- Qui sont les touristes actuels ?

 

On a vu que le tourisme est une activité principalement urbaine. Dans cette sous-partie, nous allons voir d'où viennent les touristes et si on peut en tirer un portait type.

 

  • Les principaux foyers émetteurs du tourisme dans le monde :

  • Par continent

En 2010, on atteint le chiffre de 940 millions de touristes internationaux, pour des recettes globales atteignant 919 milliards de dollars.

La grande majorité (80 %) des visiteurs internationaux ne quittent pas leur région d'origine. L’Europe est actuellement le premier marché générateur de touristes, ce continent produisant un peu plus de la moitié des arrivées de touristes internationaux dans le monde ; il est suivi de l’Asie-Pacifique (22 %), des Amériques (16 %), du Moyen-Orient (4 %) et de l’Afrique (3 %).

Ainsi, l'Occident (Europe EU) représente toujours 71 % des flux touristiques mondiaux. A cette échelle, le tourisme est un phénomène occidental …

 

  • par pays :

Cependant, au delà de cette lecture continentale, on peut affiner les centres émetteurs du tourisme par pays : (source OMT 2011)

  1. Chine 83 millions de touristes internationaux 3 - 72 milliards de dollars dépensés

  2. Allemagne 1 - 84

  3. États-Unis 2 - 79

  4. Royaume Uni 4 - 51

  5. France 5 - 42

  6. Russie 6 - 32

  7. Canada 7 - 33

  8. Italie 8 - 29

  9. Japon 9 - 27

  10. Australie 10- 27

 

Viennent ensuite les Pays-Bas, l'Arabie Saoudite, la Belgique, l'Espagne, Hong Kong, Singapour , la Corée, la Norvège la Suède et le Brésil (12°), l'Inde (22° mais avec un tourisme intérieur exponentiel) …

 

A cette échelle, le tourisme est une pratique de pays riches et émergents qui disposent d'une importante classe moyenne.

 

  • si on affine encore …

La plus grande partie des touristes viennent de territoires urbains. On a pu le remarquer avec la présence de pays très urbains dans la liste des pays émetteurs : Singapour, Hong Kong, les Pays-Bas, la Belgique, …

A cette lecture urbaine, on peut ajouter aussi le poids de l'économie dans les classements : ce sont des pays riches, développés ou émergents qui comptent une importante classe moyenne (terme à redéfinir). Enfin,le caractère culturel est important à prendre en compte : le tourisme est une activité qui nécessite un certain cadre social : non seulement ils en ont les moyens, mais en plus les néerlandais, les belges ou les scandinaves sont plus enclins à voyager par habitude culturelle (histoire des pays).

Enfin, un élément important à souligner est celui de l'origine des statistiques : Si Singapour et Hong Kong figurent parmi les 20 premiers pays émetteurs c'est parce que sont comptabilisés (comme en Chine) les voyageurs qui passent les frontières soit pour rendre visite à leur famille, soit pour faire des affaires dans une logique de réseaux commerciaux chinois.

 

A cette échelle, les touristes sont donc des urbains.

 

En reprenant les trois échelles et un critère géographique, les touristes sont donc émis par des centres vers des périphéries. Ces centres sont les métropoles (qui sont aussi des réceptrices).

 

  • A quoi ressemble un ou un touriste aujourd'hui ?

On peut dépasser les critères déjà vus : occidental – classe moyenne ou supérieure – urbain … Et trouver d'autres éléments de différenciation qui tournent autour de la question de savoir si on peut calculer le capital touristique des personnes :

  • En décembre 2011 en France, si 51 % des cadres et professions intellectuelles supérieures sont partis en vacances contre seulement 18 % des ouvriers, ceux-ci ne sont pas très éloignés de l’ensemble des français qui ont un taux de départ, toutes professions et catégories sociales confondues, de 26 %, et un taux d’intention de départ de 22 % en février 2012, et de 17 % en mars 2012. (source : INSEE, «Tableau de bord du tourisme», DGCIS, Février 2012)

  • Marc BOYER (Le tourisme de masse, 2007), propose une nouvelle pyramide sociale de diffusion du tourisme qui propose de placer au sommet de la pyramide les stars, nouvelles idoles contemporaines, puis les autres décideurs culturels et sociaux, et plus bas les classes moyennes et tout en bas les ouvriers et agriculteurs.

  • Dans l’ouvrage Tourismes 1 de l'équipe du MIT (Belin 2008), il est précisé qu'on ne devient pas touriste, on le devient : l'apprentissage se fait

  • selon les CSP, l'âge (quand on est jeune, quand on est retraité, …), ses revenus :

    • Dans les classes supérieures, les voyages internationaux des enfants jouent un rôle de socialisation des élites, les séjours se font plus souvent à l'étranger ou dans des résidences secondaires. Il s'agit alors d'intensifier les pratiques de sociabilité et de loisir, « pour « compenser » un temps de loisir quotidien en baisse ».

    • Le « devoir de partir » n'est pas ressenti par tous comme une injonction, les classes populaires peuvent se réapproprier le temps libre pour des usages sédentaires et « vacanciers » à leur domicile.

  • La pratique que l'on a :

    • tourisme de masse,

    • tourisme labellisé (qui permet de se distinguer) : écotourisme, tourisme culturel, tourisme durable, …

  • les lieux :

    • Pour les touristes non-occidentaux, l'authenticité de l'expérience touristique procède au contraire de la « modernité » des installations et des « symboles du présent » ;

    • Pour les occidentaux, le voyage à l'étranger est souvent pr »senté comme une quête de soi ou un « tourisme des racines », une quête d'authenticité.

(lire Saskia COUSIN, Bertrand RÉAU, Sociologie du tourisme, La Découverte, coll. « Repères », 2009 -

http://lectures.revues.org/919)

 

  • Un autre critère à ne pas oublier est celui du temps : il est plus facile à trouver chez un enseignant ou un employé que chez un agriculteur ou un commerçant, même si ceux-ci ne sont pas exclus de la pratique touristique (pour des séjours + courts et + fréquents).

  • Il existe donc une éducation touristique qui se fait grâce aux guides, aux connaissances (amis), aux médias grand public ou plus pointus, au marché, etc.

  • Il faut enfin préciser que les pratiques touristiques ne sont pas exclusives : on peut être touriste lors un déplacement qui a un autre but... comment comptabiliser cette pratique ? Cette quantification du phénomène cristallise différentes conceptions du tourisme, fluctuant de ce fait au gré des acteurs (étatiques, commerciaux, scientifiques…), des époques, des moyens et de l’attention qu’ils lui accordent.

 

 

2.3- Quels sont les acteurs du tourisme ?

 

Trois grandes catégories d'acteurs dans le tourisme depuis ses débuts et toujours en collaboration ou n concurrence : les acteurs institutionnels (États, régions, collectivités territoriales, …) ; les acteurs économiques (les entreprises de transport, les tours opérateurs mondiaux et les TO locaux, …) ; les individus.

 

  • Les acteurs institutionnels :

Leurs cadres d'intervention sont nombreux et variés :

  • intervention législatrice :
    • directe : autoriser ou non des implantations, délimiter des zones dédiées au tourisme, imposer des règles de construction (zonage), financer des infrastructures ou des construction, octoroyer des financement, proposer ou imposer des plans de développement du tourisme (plan Racine dans le Languedoc 1963-1985 ; plan neige 1964,

    • indirecte à travers des législations sur le travail dans le tourisme et hors du tourisme (temps de travail, congés payés, ..) , le droit de posséder la terre ou les entreprises par les étrangers, l'autorisation ou non de quitter le territoire national (ou même la région à travers de passeports intérieurs)

 

L’État marocain et le tourisme

Au Maroc par exemple, il s’est agit de créer cinq zones d’aménagement touristique dont quatre sur le littoral et une seule à l’intérieur du pays : Tanger, Smir, Al Hoceima, Agadir, Grand-Sud et les circuits des villes impériales. De ce fait, les réalisations entreprises n’ont touché dans leur majorité que les zones côtières. Les organes de montage et d’application des projets étaient des sociétés publiques d’aménagement mises en place, en l’occurrence la Société Nationale d’Aménagement de la Baie de Tanger (SONABT), créée en 1967, et la Société Nationale d’Aménagement de la Baie d’Agadir (SONABA), créée en 1973. Ces aménagements localisés correspondaient à des impératifs, d’une part, faire face à la spéculation foncière qui commençait à se développer, surtout à Tanger, d’autre part, rétablir une ville, Agadir, qui venait de sortir d’un tremblement de terre dévastateur. Ces aménagements sélectifs ont probablement été conçus comme des points de diffusion touristique dans des espaces périphériques au sud et à l’intérieur du pays jusqu’alors pauvres en activités économiques.

 

Aujourd'hui, l’État reste au centre de l’aménagement touristique car il institutionnalise et planifie l’action, produit le foncier à des prix « compétitifs » allant jusqu’à 50 % de sa valeur, oriente et produit les documents d’urbanisme, aménage / équipe, en partie par le biais des organes décentralisés (les collectivités locales) et déconcentrés (les walis), et assure enfin le contrôle et le suivi des travaux sur le terrain.

  • Le rôle des États est aussi lié à la géopolitique :

Le tourisme nécessite des conditions d'accueil particulières : il se développe surtout dan des régions politiquement stables sans violences politiques ouvertes contre le tourisme. On l'a vu dans les années 2010-2013 à la suite des révolutions arabes en Tunisie et en Égypte :

  • Tunisie :

    • 38 millions de nuitées en en 2008 (avant la crise et ses effets)

    • 35,5 2010

    • 10,6 en 2011

    • 30 en 2012

  • Égypte :

    • 5,5 millions de touristes en 2000

    • 14 en 2010

    • 10 en 2011

    • 11,6 en 2012

Cette situation s'est produite également (mais à un degré moindre) en Thaïlande dans les années 2008-2011 lorsque la fréquentation touristique a stagné ou baissé dans ces 3 années marquées par les révoltes des « chemises rouges » contre le pouvoir central : 10 millions de touristes en 2000, 11,5 en 2005, 14,5 en 2007, 14,2 en 2008-2010.

 

Il est évident que les pays en guerre ou sans État stable restent peu ouverts au tourisme : Afghanistan, Irak, Somalie, Mali, Libye, …

 

De même, certains pays restent délibérément fermés au tourisme. Cela a été le cas pendant longtemps de la Birmanie, du Bhoutan (ouvert à un tourisme de luxe : 200 $ de taxe par jour) et c'est toujours la cas de la Corée du Nord (faible tourisme politique et faible tourisme des voisins de Corée du sud, selon les évolutions des relations géopolitiques entre les deux pays).

 

  • Le rôle des États et des acteurs institutionnels est aussi important dans la promotion du tourisme et dans sa forme :

 

Certains acteurs institutionnels mettent en avant le tourisme pour promouvoir une image de marque : l'Inde (Incredible India), le Maroc, la Tunisie, la Corse : on parle d'un « nation branding » dans le jargon commercial :

Incredible India

Le Maroc

La Corse

Les autres

 

  • Les acteurs économiques, les entreprises :

 

Ces acteurs se caractérisent soit par une grande dissémination dans le secteur, soit au contraire par un processus assez récent de concentration des activités dans les mains de quelques grandes entreprises.

  • Les entreprises de transport

    • L'accessibilité étant un facteur déterminant dans le tourisme, il est soumis à des impératifs divers : le temps d'accès, le coût du transport, le budget dédié au déplacements (10 à 15 % du budget quand on reste dans son pays, mais jusqu'à 60 % du budget pour des voyages lointains et brefs, comme pour les européens qui vont dans l’océan Indien ou le Pacifique.

    • Le besoin de transport répond à une demande complexe qui doit allier rapidité, coût, sécurité, confort, adaptation aux aléas naturels ou géopolitiques.

    Les secteurs où les acteurs économiques sont concentrés (nationaux ou d'origine nationale ; lié à l'histoire) :

    • Le rail reste utilisé pour les transports nationaux à longue distance, mais il est plus ou moins développé selon les pays (très développé en Chine, très faiblement aux États-Unis, par exemple). Le développement des réseaux rapides (Lignes à Grande Vitesse) permet à ce mode de transport de continuer d'être compétitif sur certaines lignes à certains moments de l'année. Il permet surtout de relier des métropoles entre elles (ou à des lieux touristiques, plages ou stations de montagne).

    • Les compagnies aériennes ont connu une double évolution depuis le milieu des années 1980 :

      • d'une part une concentration très fortes au sein d'alliances commerciales entre compagnies qui se partagent des territoires aériens : Star alliance (n°1 : Lufthansa, Air Canada, SAS, United Airlines, Singapore Ailines), Sky Team (Air France, KLM, Aeroflot, Delta, Corean, …) Onewold (British Airways, American Airlines, Japan Airlines, …)

      • d'autre part l'apparition des compagnies à bas coût (ou low cost) qui proposent des prestations réduites aux passagers afin de réduire le coût du billet d'avion de 30 % environ en moyenne. (en 2004, environ 20 % des passagers en Europe ; 38 % en 2011).

    • Les compagnies de croisières sont relativement anciennes, mais elles ont connu un redémarrage récent de leur activité (500 000 passagers dans les années 1970 => 18 millions de nos jours, dont 10 millions aux États-Unis. Le secteur connaît une forte concentration : deux territoires majeurs (Caraïbes et Méditerranée et ses annexes) et deux grands groupes aux États-Unis ( Royal Caribbéan Cruises ; Carnival Cruise Lines) + quelques groupes européens (Costa Croisières, Cunard, P&O Cruises, Aida croisières, MSC Croisières, …) La concentration se traduit aussi par la présence d'immeubles flottants de plus de 5 000 passagers.

    Les secteurs où les acteurs sont peu concentrés :

    • La route reste le moyen de transport le plus utilisé pour le tourisme (80 % des flux en Europe occidentale) : automobile, autocars qui sont de plus en plus confortables : air conditionné, toilettes, bars, voire douches. Un secteur peu concentré : beaucoup de petites entreprises familiales qui louent leurs services à des tours opérateurs, quelques sociétés privées qui sont souvent en monopole sur des longues distances (cas Greyhound aux EU ou en Austalie, Euroline en Europe, …)

    • Les navires des voies navigables restent peu nombreux. On les trouve sur les grands fleuves : Mississippi, Nil, Volga, Rhin, … sous forme d’hôtels flottants ou de ferrys aménagés.

 

  • Les hébergements :

    • Ils sont aussi marqués par un processus double : celui de la concentration progressive dans des alliances nationales ou mondiales, et celui de la montée en gamme (vers plus de luxe, comme l'exemple du Club Méditerranée).

    L’hôtellerie :

    • Les hôteliers restent des acteurs importants car dans nombre de pays, les séjours en hôtel représentent 50 à 80 % des nuitées (mais seulement 12 % en France). Ces hôtels sont classés selon leur confort, la qualité des prestations mais ces classements se font à l'échelle nationale, entraînant des inégalités et empêchant les comparaisons.

    • Au cours du XX° siècle, les chaînes intégrées se sont étendues, en devenant propriétaires ou en développant des franchises. Quelques groupes de taille mondiale se sont formés : ING (GB – 650 000 chambres), Hilton (EU – 600 000 chambres), Wyndham (EU – 600 000), Marriot (EU – 600 000), Accor (F – 500 000), ou encore Hyatt, … Des groupes occidentaux qui dominent le marché mondial, sauf dans quelques pay ù desgroupes locaux ont soit le monopole (Cubatur à Cuba) ou ont pu se constituer (Inde : Taj Group ; Hong Kong : Shangri-La International).

    • Les hôteliers indépendants ont pu se grouper pour améliorer la commercialisation des chambres ou se regrouper dans une centrale d'achat (en France, Logis de France 55 000 chambres ; Châteaux et Hôtels, 10 000 chambres ; Best Western, 16 000 chambres).

    Le camping-caravaning :

    • Il est né du tourisme associatif dont le but était d'apporter une offre touristique aux clientèles les plus modestes. Là aussi, le processus est celui d'une montée en gamme, avec des campings de plus en plus dotés d'équipements de loisirs (piscines, jeux pour enfants, animations, …) et de mieux en mieux associés entre eux, même s'il n'y a pas de processus de concentration économique.

    • On estime qu'il y a 60 millions de pratiquants en Amérique du Nord et 80 en Europe.

    Les villages de vacances :

    • Le modèle est celui du Club Méditerranée, mais ils sont apparus avants (années 1920 en Italie pour récompenser des travailleurs méritants). Ils sont soit privés soit associatifs (sans but lucratif, comme des associations, des communes, des comités d'entreprises, des caisses d'allocation familiale).

    Les centres de vacances :

    • Ils sont très variés (scoutisme, colonies de vacances, UCPA, …), là aussi, on en trouve des privés et des non lucratifs (80 % relèvent d'associations). Après un grand succès dans les années 1960-1970 (Europe occidentale et communiste, Amérique du Nord), aujourd'hui en recul notable.

    Les acteurs individuels :

    • Les locations meublées qui peuvent représenter une part importante de l'offre (comme en Suisse, en Italie ou en Autriche : 20 % de l'offre). Ils sont très variés en qualité et en localisation. Ils peuvent aussi appartenir à des groupes privés (cf. les stations de sport d'hiver).

    • Les gîtes ruraux

    • Les résidences secondaires . En France 10 % des logements ; quelques régions en concentrent beaucoup : la Normandie ou l'Yonne proches de Paris ; le Forez ou les monts du Lyonnais proches de Lyon, le sud du Massif central, la Dordogne, … ; les littoraux de Bretagne ou de Méditerranée – Autres pays où les résidences secondaires sont nombreuses : Norvège, Italie, Suisse.

 

  • Les tour-opérateurs

    • C'est une activité qui est née avec le tourisme : le premier TO est Thomas Cook fondé en 1841. Une activité qui est très diversifiée et qui organise généralement le transport, l'hébergement et la nourriture, voire les activités sportives ou culturelles (ou cultuelles : les pèlerinages). Si là encore on assiste à une concentration économique des acteurs avec quelques opérateurs mondiaux, il n'en reste pas moins que le secteur compte plus de 3 000 entreprises dans le monde plus ou moins généralistes, plus ou moins spécialisées dans des niches (tourisme d'affaire, sportif, religieux, culturel, écotourisme, …)

    • Le premier TO mondial est allemand, c'est TUI (Touristik Union International) qui commercialise 15 millions de voyages par an (dont Nouvelles Frontières). Ses principaux concurrents sont NUR et Reisen (Allemands), mais aussi Airtours (GB), Havas, Look voyages, Fram (France).

    • Ces TO s'appuient sur un réseau de plus de 70 000 agences de voyages dans le monde disposant de plus de 200 000 points de vente. La plus grande partie d'entre elles fait office d'intermédiaire entre le TO et le touriste en vendant des circuits et des séjours en contre-partie d'une commission. Le reste de leur activité économique provenant de la vente de titres de transports. Si la mpitié des agences sont indépendantes, les autres sont affiliées à un groupe sous la forme de réseau. Une fois encore dans ce secteur on assiste à une concentration des acteurs : Havas, Selectour en France ; Turbo en Italie ; ABN ou Rabo aux Pays-Bas ; American Travel ou Thomas Cook aux EU.

 

  • Les individus, les touristes :

Si je finis par eux, ce n'est pas parce que leur rôle est moindre, aux contraire, ce sont eux qui font le marché, ce sont eux qui créent les lieux, ce sont eux qui font les territoires du tourisme.

Voir la sous-partie «2.2. Qui sont les touristes actuels ? »

 

Ce qu'on peut ajouter, c'est qu'en temps qu'acteurs les touristes ont une double facette :

  • d'une part ils sont des individus qui agissent comme individus lors du choix de leur destination (un choix issu de leur capital touristique, bien sûr et qui le renforce), mais aussi lors du choix de la forme du logement, des repas, du transport, etc. Les critères économiques ne sont pas les seuls à prendre en compte : il faut aussi tenir compte des moments de vie (voyage de noce, voyage initiatique en bande de jeunes, pèlerinage religieux ou non sur les lieux de son enfance ou de sa jeunesse, comme les pieds-noirs retournant en Algérie, etc.)

  • d'autre part ils sont aussi des groupes constitués temporairement, que ce soit pour un transport (dans un train, un bus, un avion), pour l'hébergement ou pour l'ensemble du voyage (organisé).

 

Dans les deux cas, les touristes interagissent sur les autres acteurs par leurs pratiques et leurs demandes de plus de confort ou moins de contact avec la population locale (cf. les campagnes menées par les autorités sur et autour de la place Jema-el-Fna à Marrakech pour limiter le nombre de 'faux guides' dans les années 2000.

De plus, ils sont très sensibles à la conjoncture internationale : les crises économiques influencent les choix de destination ou de départ ; les crises politiques également.

Enfin, on note un changement régulier des envies des touristes : envie de nouveaux territoires (qui élargit l'espace touristique mondial vers d'autres destinations – même se ces choix sont aussi dépendants de la conjoncture géopolitique : ouverture de la Chine, fin de l'URSS, …)

 

En bref, les touristes sont aussi des habitants des lieux touristiques dans le sens où ils sont des acteurs de ces lieux.Ce ne sont pas des personnes passives : elles se déplacent, consomment (des marchandises et de l'espace), vivent dans ces lieux (quelques heures, quelques jours, quelques semaines) et ont une représentation de ces lieux importante, puisqu'elle conditionne à la fois l'image du lieu mais aussi sa pérennité (un lieu mal aimé, mal noté, malsain ne restera certainement pas un lieu touristique : le cas de Coney Island à New York : un parc qui a été jusqu'aux années 1960 un centre d'amusement récréatif et touristique pour les habitants de New York car il était bien desservi par le métro et les trains de banlieue. Le développement du cinéma et l'usage massif de l'automobile lui porta un coup important. Autres exemples : le Sahara mauritanien, algérien ou malien ont constitué des lieux touristiques … mis en veille pour un temps. Ou encore la Côte d'Ivoire et son Club Med d’Assine,celui des Bronzés. La destination a disparu de la scène internationale et le village accueille désormais les Abidjanais en week-end.)

 

Si on s'intéresse aux motivations touristiques, on retrouve plusieurs manières de classer les touristes, même si ces classements sont faux car trop limitatifs : ils ne prennent pas en compte la complexité du fait touristique, des pratiques, de la temporalité de celles-ci.

Cependant, on note plusieurs formes de pratiques :

 

  • Le tourisme médical ou tourisme de santé :

Il s'agit généralement d'actes médicaux qui vont de l'intervention dentaire au pontage coronarien en passant par la chirurgie esthétique. Il reprend la logique du tourisme des bains du XIX° siècle : concentration des aménités dans un lieu, avec des activités annexes plus ou moins développées (visites, plages, …). Ce type de tourisme se pratiquait entre pays du nord ou de personnes du sud vers le nord jusqu'en 1997, date de la crise économique asiatique (1997-2001). Les clients asiatiques sont restés chez eux et les pays asiatiques ont décidé d'élargir leur offre touristique à la santé. Le mouvement a été amplifié par les conséquences du 11/09/2001 : les clients arabo-musulmans ayant plus de mal à circuler vers les pays du Nord se sont tournés vers des destinations plus proches.

Chaque destination s'est spécialisée : transplantation du foie à Singapour, chirurgie de l’œil en Thaïlande, ...

 

  • Le tourisme d'affaires est également appelé MICE (Meeting, Incentive, Congress/Convention, Exhibition). Il a commencé a devenir important dans les années 1980. Le choix de la destination, sa date, sa durée sont plus liés au sujet traité qu'à la destination elle-même. L'objectif est de travailler, et les temps prévus aux loisirs sont minces. Cependant, les logiques qui président au choix des destinations par les organisateurs sont les mêmes que dans le tourisme classique : connectivité, capacités d'hébergement (plutôt de luxe) et attractivité du lieu (image positive, festive privilégiée).

 

  • Le tourisme religieux est lié évidemment aux croyances des voyageurs. La plupart des destinations sont proches : locales, régionales voire nationales, sauf pour quelques religions internationales, comme l'Islam, le catholicisme, le judaïsme ou le bouddhisme. Durant le séjour,la pratique dominante, voire exclusive est celle de la prière et du recueillement sur des lieux où se seraient passés des faits religieux : naissance ou mort d'un prophète ; lieu d'un miracle, d'une bataille, d'un apparition divine, etc.

    C'est un phénomène ancien :

    Dès les premiers temps de la chrétienté, de l'islam et du bouddhisme, des pèlerinages sont organisés :

    • chez les chrétiens vers Rome, Jérusalem ou St Jacques de Compostelle ; vers Kiev (73 sépulcres de saints) ou Moscou pour les orthodoxes ; Puis au XIX° siècle vers Lourdes (5 millions de visiteurs), Lisieux, Fatima (Portugal) ou Czestochowa (Pologne – 4 millions de visiteurs)

    • chez les musulmans vers La Mecque et Médine pour les sunnites, mais aussi vers Nadjaf ou Kerbala pour les Chiites ;

    • chez les hindouistes, la vallée du Gange et plus particulièrement Bénarès ;

    • Chez les Bouddhistes tous les lieux de vie du Bouddha ; mais aussi au Japon (Isé, temple reconstruit tous les 20 ans)

    Le pèlerinage est vu comme une épreuve physique, un déplacement où l'on réduit les intermédiaires avec celui/celle que l'on prie (sensé renforcer la foi lorsqu’on se rapproche d'un lieu saint), C'est un acte de purification mais encore un chemin, un parcourt où le pèlerin se met dans les pas d'une personne admirée.

 

  • Le tourisme sexuel. Plusieurs recherches scientifiques ont montré que le développement rapide du tourisme dans certaines régions s’accompagnait de l’extension de formes multiples de prostitution qui, dans des contextes où les difficultés économiques prédominent, permettent d’assurer un accès à des ressources matérielles en échange de faveurs sexuelles. La prostitution constitue dans plusieurs contextes une stratégie de survie, accélérant l’exploitation, sinon l’esclavage sexuel des femmes et des jeunes garçons et filles. La prostitution serait la plus élevée dans les pays asiatiques comme la Thaïlande, les Philippines, l’Indonésie et la Malaisie où elle contribuerait significativement au produit intérieur brut (de 2 % à 14 %). L’Amérique latine (Brésil, Colombie, Costa Rica) et les Caraïbes (Cuba, République dominicaine) sont aussi des zones de haute densité eu égard au nombre de prostitués, en particulier des femmes. En Afrique, la zone maghrébine, la Zambie, le Kenya et Madagascar sont des pays où l’on assiste à une progression de la prostitution.

    La prostitution masculine est aussi l’une des formes présentes dans plusieurs pays, soit sous la forme d’exploitation des enfants et des adolescents par des homosexuels, soit sous la forme d’une institutionnalisation de rapports d’hommes adultes avec des touristes de sexe féminin (qui pourraient constituer près de 10 % du contingent des femmes touristes selon MAURER, 1992). En Jamaïque République Dominicaine, Indonésie, des « beach boys » cherchent ainsi des relations sexuelles tarifées ou non avec des jeunes filles ou des femmes plus âgées.

    Les voyageurs qui utilisent des services sexuels présentent aussi des profils tout à fait hétérogènes, en termes de nationalité, de genre, d’âge, d’origine ethnique, d’orientation sexuelle, de statut socio-économique, de pratiques sexuelles et de significations qu’ils accordent à ces rencontres (O’Connell Davidson, 2001). Deux grands types de touristes sexuels ont pu être dégagés : « les touristes sexuels occasionnels » qui voyagent pour des raisons non sexuelles et qui pourront, à l’occasion, avoir des relations sexuelles avec des travailleurs du sexe et les « touristes sexuels assidus » ou hard-core qui ne voyagent que dans le but d’avoir des relations sexuelles, souvent interdites dans leur pays d’origine. Dans la première catégorie on trouve des hommes, mais aussi de plus en plus de femmes alors que les touristes sexuels hard-core seraient surtout des hommes, d’origine caucasienne.

(source : Joseph J. LÉVY et Élyzabeth LACOMBE,

« Le tourisme sexuel : ses plaisirs et ses dangers », Téoros, 22-1 | 2003, 4-9.)

 

Les destinations les plus propices restent les pays pauvres :

Les pays Industrialisés sont aussi touchés. Ce sont généralement ceux où la prostitution  est légalisée :

Les flux du tourisme sexuel se calquent sur ceux du tourisme classique.

    • le Sud-est Asiatique (Thaïlande, Philippines, Indonésie, Sri Lanka..),

    • les Caraïbes (la Barbade, République Dominicaine, Cuba, Jamaïque, Saint-Domingue...)

    • l’Afrique (Maroc, Tunisie, Zambie, Gambie, Kenya...)

    • l'Amérique Latine (Costa-Rica, Colombie, Brésil…)

    • ou encore le sud de l’Europe (Grèce par exemple surtout Mykonos). 

    • Australie (état de Victoria),

    • Nouvelle-Zélande,

    • Allemagne (cf. Coupe du monde de football 2006)

    • Pays-Bas(700 bordels dont 250 à Amsterdam),

    • Danemark,

    • Autriche… 

 

  • Le tourisme balnéaire qui consiste principalement à se baigner ou à bronzer soit sur une plage soit sur les bords d'une piscine. Les lieux privilégiés sont situés dans les zones méditerranéennes ou tropicales, avec les avantages de ces milieux (chaleur, ensoleillement, exotisme) et ses inconvénients (saison aride en Méditerranée, saison des cyclones dans les milieux tropicaux, risques géopolitiques, enfermement dans des villages fermés aux locaux, etc.). Les principaux lieu de ce tourisme sont : les rives de la Méditerranée, les Caraïbes et les côtes de la Méso-amérique, l'Asie du sud-est (Thaïlande, Indonésie, Philippines, …). Les loisirs associés à la plage s'y sont développés : plongée sous-marine, voile, kitesurf, surf, découverte de la faune marine et sous-marine, ...

 

  • Le tourisme culturel  est une forme de tourisme centré sur la culture, l’environnement culturel (incluant les paysages de la destination), les valeurs et les styles de vie, le patrimoine local, les arts plastiques et ceux du spectacle, les industries, les traditions et les ressources de loisirs de la communauté d’accueil. Il peut comprendre la participation à des événements culturels, des visites de musées et monuments et la rencontre avec des locaux. Il ne doit pas seulement être considéré comme une activité économique identifiable, mais plutôt comme englobant toutes les expériences vécues par les visiteurs d’une destination au-delà de leur univers de vie habituel ;

    Ce tourisme culturel est plutôt urbain : pratiqué pour et par les urbains, dans un environnement urbain :

    • visites de monuments, de musées, de lieux de mémoire (Auschwitz, Douaumont, …)

    • tours ou croisières autour d'un thème historique ou culturel ;

    • visites d'expositions temporaires ;

    • etc.

    C'est devenu un moyen de dynamiser des régions qui ont connu une forte désindustrialisation (Rhur, Nord Pas de Calais – Louvre Lens, Lille 2004 – Lorraine – Beaubourg à Metz – etc

 

  • le tourisme sportif est très varié : selon KURTZMAN et ZAUHAR (« A Wave in Time – The Sports Tourism Phenomena », Journal of Sport and Tourism, no 8:1, p. 35-47.2003), on trouve cinq formes de tourisme sportif :

    • sport tourism attraction : le tourisme sportif ciblé sur l’utilisation des attractions sportives (musées sportifs, congrès, conférences sportives, exhibitions et démonstrations sportives, parcs sportifs [aquatiques en particulier], zones de descente en radeau, golfs, pistes et aménagements pour le ski, stades, patinoires, etc.) ;

    • sport tourism ressorts : les séjours de tourisme sportif dans des centres, des stations ou des camps de loisir ou d’entraînement sportif ; (sports d'hiver, plongée, … )

    • sport tourism cruises : les croisières à objectif sportif dont l’objet est un sport, la rencontre de sportifs, les visites de lieux sportifs, etc. ;

    • sport tourism tours : les voyages de tourisme sportif pour l’exercice de la pratique d’une activité sportive : golf, tennis, randonnée, safari, trekking, etc. ;

    • sport tourism events : le tourisme sportif à l’occasion d’un événement régional, national ou international (rencontre internationale, Jeux olympiques…).

 

  • Le tourisme gourmand : Aux États-Unis et au Canada, la notion de tourisme culinaire est largement utilisée (culinary tourism). En Europe, la notion de tourisme gastronomique est parfois utilisée alors que, plus souvent, l’intérêt spécifique porté à un produit, le vin par exemple, fait parler de viti-vini-culture en France ou d’enoturismo en Italie. Dans plusieurs pays, l’agrotourisme est la seule référence mentionnée même si, comme c’est le cas en Angleterre, certains auteurs parlent de tourisme du « bon » goût (tasting tourism).

    Dan ce cadre, les touristes cherchent à visiter un terroir à la recherche de sensations culinaires, à rencontrer des exploitants agricoles ou vinicoles, à acheter des produits labellisés. Ces touristes se déplacent vers les terroirs les plus renommés et renforcent donc des lieux touristiques préexistants : France (Bordelais, Bourgogne, Alsace, …) Italie du nord et du centre, vignoble californien (Nappa Valley), etc.

 

  • Le tourisme des parcs d'attraction qui est dominé par des entreprises privées de « l'entertainment » comme Disney, Warner ou d'autres ? C'est un tourisme extrêmement concentré puisqu'on le trouve uniquement dans quelques régions du monde :

    • la Floride (autour d'Orlando : Sea World - Universal Studios - Disney World – MGM studios)

    • la Californie (Sea World – Disney land)

    • l'Europe du nord et de l'ouest (Euro Disney – Europa Park en Allemagne – Tivoli Garden au Danemark

    • le Japon (Univrsal studio – Disneyland - …)

    • la Corée du Sud (Everland)

    • Hong Kong (HK Disneyland – Ocean Park)

    • la Chine

    • Dubaï

 

  • Le tourisme de découverte ethnique ou ethno-tourisme qui se développe rapidement ces dernières décennies, même s'il a eu des précurseurs dans les années 1970 (route des zindes) voire même dans les années de la fin du XIX° siècle et du début du XX° siècle avec des zoo humains qui montaient les sauvages des autres continents.

    Aujourd'hui, il correspond à une quête d'authenticité chez les occidentaux qui idéalisent parfois les autres peuples primitifs ou non (mythe du bon sauvage de ROUSSEAU). Comme l'écrit Marc BOYER, Les « ethnotouristes » veulent voir ces peuples dont l’allure, les coutumes, les pratiques sont objet à la fois d’attirance et de répulsion. Ce sont les Européens (et Nord-Américains) qui ont inventé cette catégorie de « peuples à voir ». (Marc Boyer « Comment étudier le tourisme ? », Ethnologie française 3/2002 (Vol. 32), p. 393-404)

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