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Geobunnik

Le blog d'un enseignant qui prépare au CAPES et au CRPE en géographie à l'ESPE de Corse à Ajaccio et Corte.

Une introduction à la géographie des mers et océans

Publié le 9 Octobre 2014 par geobunnik in Géographie des mers et océans

  1. Une histoire de la relation des sociétés avec les mers et océans : de l'importance des représentations des mers et océans.

 

  • Jules Michelet « c’est par la mer qu’il convient de commencer toute géographie ». (La Mer, 1861 : « Grande, très grande différence entre les deux éléments : la terre est muette, et l'Océan parle. L'Océan est une voix. Il parle aux astres lointains. Il parle à la terre, au rivage, dialogue avec leurs échos ; plaintif, menaçant tour à tour, il gronde ou soupire. Il s'adresse à l'homme surtout. Comme il est le creuset fécond où la création commença et continue dans sa puissance, il en a la vivante éloquence ; c'est la vie qui parle à la vie. Les êtres qui, par millions, milliards, naissent de lui, ce sont ses paroles. La mer de lait dont ils sortent, avant même de s'organiser, blanche, écumante, elle parle. Tout cela ensemble, mêlé, c'est la grande voix de l'Océan. » )

 

  • Dans la Genèse, un document qui marquera profondémant la pensée occidentale,  au premier jour de la création, il est dit que l’« eau » prédomine sur la Terre. Selon les penseurs et philosophes du Moyen Age et de la Renaissance, cette eau est semble-t-il ténébreuse (car le premier soleil apparaît le quatrième jour) et mêlée à la terre, et abondante. Elle est considérée comme une combinaison des éléments, évanescente, un « nuage mince », une « nuée légère ». Elle apparaît à certains comme un synonyme du chaos originel. Alors au deuxième jour, Dieu crée le ciel séparant « l’eau qui était au-dessus » de « l’eau qui était au-dessous » et, au troisième, rassemble celle-ci en un seul et même lieu, la mer. On s’interroge alors sur le lieu de ce regroupement des eaux du dessous. Si la localisation (sous la terre, à côté, …) fait l'objet de débats, tous s'accordent pour voir cette mer comme un espace sans fond, un grand abysse, en lien direct avec le centre de la Terre, et considèrent qu’elle est l’origine de toutes les sources et de tous les fleuves. Ainsi, dans la Bible, comme dans d'autres cultures, la mer apparaît aussi à travers le Déluge, une menace forte qui pousse à organiser les sociétés et qui permet aussi un grand nettoyage.

 

  • Ainsi, la respiration de l’océan, ce flux et reflux perpétuel est expliqué au Moyen Age par la présence de deux grands courants nés de l’Océan primordial : l’un se dirige vers l’est et l’autre vers l’ouest ; à chaque extrémité ils se divisent, une partie s’échappant vers le nord et l’autre vers le sud. C’est là, aux pôles, que les deux courants se rencontrent, s’entrechoquent et forment la marée.

    On cherche aussi à pénétrer le secret de sa salinité. De manière générale, on s’accorde à penser qu’à l’origine, l’eau n’a aucune saveur, de même qu’elle n’a aucune couleur et qu’elle devient salée. La théorie la plus répandue est que la chaleur du soleil transforme l’eau en sel. Pour preuve, si l’on expose de l’eau de mer au soleil, il n’en reste bientôt que du sel !

 

  • L'océan et la mer ont pendant longtemps été considérés comme des barrières, des fins du monde, des frontières. Les cartographes médiévaux en font un monde de l'extraordinaire, des monstres et des zones infranchissables.

    • Ulysse (premier looser de l'histoire, après Job) et ses hommes apparaissent comme des héros racontant les limites d'un mode connu, peuplé d'êtres légendaires (sirènes, cyclopes, magiciennes, …)

    • L’Atlantide se forge comme un mythe décrit par Platon (dans le Timée ou Critias), une île immense, parfaite : une représentation idéale au delà des colonnes d'Hercule (Gibraltar)

    • en témoigne le « T dans l'O » : un océan circulaire mondial, limite du monde.

 

  • Cette barrière a été franchie difficilement, d'abord par du cabotage, puis par la volonté et la capacité technique de traverser les mers, la Méditerranée notamment. Ce n'est qu'à la fin du Moyen Age que les moyens techniques (la boussole au XII° siècle ; l'astrolabe utilisé sur mer à partir de 1480) et conceptuels permettent de dépasser cette barrière pour aller plus loin, notamment traverser l'océan (le seul connu des occidentaux, l'océan Atlantique) à la recherche non pas d'autres terres mais d'un passage vers l'Asie :

    • La géographie de PTOLEMEE est relue ;

    • Les premiers atlas, comme l'Atlas Catalan de 1375 centré sur l'Europe mais qui intègre l'Asie et l'Afrique du Nord ainsi que les mers environnantes de ces trois continents ;

    • Les portulans permettent de porter les mesures des distances sur un support écrit, empilant des connaissances empiriques et surtout permettant de créer une nouvelle image du monde, non plus une représentation idéalisée ou conceptuelle).

 

  • Les Grandes découvertes marquent une rupture : la théorie devient palpable : le monde est bien une sphère ; il faut la parcourir, l'explorer puis l'exploiter. Ce temps dure jusqu'à nos jours, avec une relation toujours marquée par cette relation difficile avec un milieu considéré à la fois comme hostile et à traverser plus qu'un territoire à conquérir.

 

  • En effet, ces découvertes aboutissent à un partage des territoires : c'est ce que Christian GRATALOUP appelle l'invention des continents. Une invention qui a un corollaire : l'invention des océans (Pacifique, Indien, …), une marque, par la toponymie, de la domination européenne sur le monde. Il n'y a plus un océan mais plusieurs océans qui se découpent en mers.

 

  • À la suite des grandes découvertes, de l'industrialisation et de la première mondialisation, les connaissances augmentent et les représentations des mers se font de plus en plus nombreuses, montrant combien les sociétés terriennes s'approprient les territoires maritimes et océaniques :

    • Daniel DEFOE en 1719 publie Robinson Crusoé, perdu 13 ans sur une île de l'Atlantique (jolie propagande colonialiste avant l'heure)

    • Herman MELVILLE écrit en 1851 Moby Dick, décrivant, au delà de la relation entre un cachalot blanc et un capitaine obnubilé par son objectif de venageance (Achab), la vie des marins et des baleiniers au XIX° siècle.

    • Jules VERNE dans plusieurs récit fait découvrir la mer aux Français, notamment dans Vingt Mille Lieues Sous les Mers (1869), le monde sous-marin (le Nautilus – le capitaine Nemo – Mobilis in mobile) mais aussi Les Enfants du capitaine Grant, L’Île à hélice, Robur-le-Conquérant.

    • Victor HUGO, Les travailleurs de la mer (1866) un roman terraqué, c'est a dire entre terre et mer, qui entremêle les deux univers. L'histoire d'amour entre Gilliatt, pêcheur solitaire et romantique amoureux de Déruchette.

    • Michel TOURNIER écrit un livre sur l'insularité : Vendredi ou les limbes du Pacifique (1967 – adapté pour la jeunesse en Vendredi ou la vie sauvage, 1971)

  • C'est un monde qui s'est élargi sur Terre comme sur Mer : un écoumène qui concerne la Terre bien sûr, mais la mer aussi.

 

  • Les peintres aussi s'intéressent à la mer, mais toujours (ou très souvent) vue du rivage :

    • La vague ou La grande vague de Kanagawa, Hokusaï, 1830-32 : on y voit deux navires pris dans la tempête. Au loin, le Mont Fuji. C'est un estampe dont le thème central n'est pas la mer … mais le mont Fuji. Ce dernier représente le calme, la durée, l'éternité face à un océan et des hommes perdus dans celui-ci. La montagne, la terre donc, apparaît comme minuscule, dérisoire face aux éléments marins. L'océan quant à lui, est violent, agressif (on peut y voir des crocs, des mains de furies), les marins sont arc-boutés sur le frêle navire, presque en position de prière ou prosternés face à cette vague. Élément surprenant, le ciel, clair, dégagé : ce n'est pas un ciel de tempête.

    • Les peintes romantiques : William TURNER

    • Gustave COURBET (Le bord de mer à Palavas, 1868 + autres) , Claude MONET (Etretat)

 

2. Les géographes français, les mers et les océans

  • Au sein de la géographie française, même dans la géographie classique, la géographie des mers et océans a toujours été marginale. Lorsqu’elle est réalisée, les aspects océaniques ont surtout été étudiés sous un regard régional.

 

  • L’approche est, de fait, souvent sectorielle :

    • une géographie physique,

      • Le premier à s'intéresser à la morphologie littorale est André GUILCHER (1913-1993), dans sa thèse sur le relief de la Bretagne méridionale (1948). En 1954, il publie un manuel de morphologie littorale et sous-marine (1954), premier ouvrage de ce type en français. Pendant quarante an, il tient une chronique océanographique dans la revue Norois.

      • Roland PASKOFF prend sa suite dans l'étude des littoraux.

      • Jean-René VANNEY, Géographie de l’océan Global, Ed. scientifiques GB, 1994, réed°2002 ;

      • André GUILCHER, Océanographie (hydrologie des océans et des mers), CDU, 1957 ;

      • André LOUCHET, La planète océane, précis de géographie maritime, Coll. U, Armand Colin, 2011

      • André LOUCHET, Les océans, bilan et perspectives, Cursus, A. Colin, 2013.

    • une géographie des transports :

      • Le précurseur et inspirateur de ces études est un professeur de Nantes, André VIGARIÉ

      • J. GUILLAUME, Les transports maritimes dans la mondialisation, L’Harmattan, 2008 ;

    • une géographie des ressources, surtout halieutiques

      • les études spécifiques sur la pêche ou les ressources halieutiques commencent en France dans les années 1940-1950 (thèse de Charles ROBERT-MULLER sur  "Pêches et pêcheurs de la Bretagne atlantique" en 1944, DOUMENGE : Géographie des mers en 1965, surtout autour de la « mer nourricière »)

      • CORLAY et CHAUSSADE, Atlas des pêches et des cultures marines en France, Ed. GIP Reclus, 1988

    • une géopolitique des mers et océans

      • J. MARCADON, Les enjeux atlantiques, Ellipses 2001 ;

      • Pierre PAPON, Le sixième continent, Odile Jacob, 1996

      • A. VIGARIÉ, La mer et la géostratégie des nations, Ed. Economica, 1995

      • Coutau-Bégarie, 2007

 

  • De nouvelles approches et cartographies commencent à redessiner l’espace maritime en fonction des activités humaines mais principalement sur la mer côtière. En effet, la relation des société aux étendues d'eaux salées a considérablement changé à partir des années 1960-70 dans une grande majorité de sociétés.

    • Brigand L., Peuziat, I., 2003. Etude de la fréquentation nautique de plaisance dans les archipels de Glénan, Molène et Bréhat. Etat des lieux et perspectives pour la gestion. Programme Life "Archipels et îlots marins de Bretagne", Géomer, UMR 6554 LETG, Université de Bretagne Occidentale, Association pour la Promotion et la Protection des Îles du Ponant, 84 p.

    • Le Berre et al,. 2010, Etude de la fréquentation nautique du Bassin d’Arcachon. Rapport laboratoire Géomer UMR 6554 LETG, Université de Bretagne Occidentale, Direction départementale des Affaires maritimes de Gironde, 94 p.

    • Le TIXERAND et GOURMELON, 2009, Approche dynamique du déroulement d’activités humaines en mer côtière. Cybergeo : European Journal of Geography, Systèmes, Modélisation, Géostatistiques, article 333, mis en ligne le 06 janvier 2006. http://cybergeo.revues.org/2938

 

  • Camille PARRAIN dans sa thèse propose le terme de ''merritoire'' car selon elle, le concept de territoire ne peut avoir complètement le même sens qu’à terre du fait des caractéristiques particulières de l’océan dont la principale est l’hypermobilité (espace mouvant et hommes en déplacement). Il se rapprocherait donc d’un territoire éphémère.

  • Joël BONNEMAISON a apporté un regard neuf et différent non pas sur la mer mais sur les îles : La dernière île, 1986 (sur les Vanuatu) => une géographie culturelle qui renseigne sur les rapports des sociétés avec leur territoire en particulier les territoires îliens (« Les îles sont des métaphores qui révèlent le monde »)

 

3. Comment définir les mers et océans ?

 

  • Signe du désintérêt de l'étude des mers et océans dans la géographie : leur place dan les dictionnaires de géographie :

    • Dans le Dictionnaire de la Géographie et de l'espace des sociétés (Levy-Lussault, Belin, 2003), une page (sur 1 000) est consacrée à la mer, rien pour les océans. Mer = une vaste étendue d'eau salée incluant les océans / fraction identifiée d'un océan. Dans l'explication de la définition, on retrouve les éléments suivants :

      • La mer comme horizon parfait de l'être humain, limite absolue et d'ouverture.

      • Un ensemble hors de l'écoumène.

      • Des sociétés qui ont réduit la mer à un support de circulation, un milieu à explorer, protéger ou exploiter.

      • Une territorialisation de la mer ;

      • Des mers fermées ou quasi-fermées qui servent de lien culturel, de « sertissage des identités ».

      • Une complémentarité écologique océan-continent (le littoral)

      • Les mers/océans apparaissent plus comme des liens, des « unités de peuplement » plus que les continents => notre lecture du monde est peut-être à inverser … ce sont les littoraux les espaces les plus peuples, pas les grands ensemble continentaux. => exemples de l'Atlantique nord, de l'Océan dit Indien.

      • Des ressources qui restent un bien commun de l'humanité, pas encore approprié par des États, des sociétés privées

      • (une définition de Denis RETAILLE)

    • Dans le Dictionnaire de géographie (Baud-Bourgeat-Bras, Hatier, 2008), l'article Océan, Mer occupe 9 pages (sur un ensemble de 585 pages), auxquelles on peut ajouter les pages Littoral (10 pages). Ces eaux salées sont présentées d'abord comme un milieu fragile et varié, traditionnellement utilisés pour la pêche et la navigation mais de plus en plus exploités et pollués. Un ensemble économique et géostratégique majeur. L'entrée y est donc plus classiquement naturelle ou naturaliste.

      • Une première partie rappelle l'importance des eaux salées sur Terre (97,4 %) et introduit l'idée d'un océan mondial. La définition de la mer reste elle aussi naturelle (partie de l'océan bien identifiée, même si le terme de mer est souvent très vague exemple des « mers du sud »).

      • Une deuxième partie aborde les eaux marines, leurs qualités naturelles (salinité de 34,7 g/litre ; les mouvements : vagues, courants marins, influence climatique sur les littoraux)

      • Une troisième partie s'intéresse à l'exploitation économique des océans : forages, transport maritime, énergies, … et son pendant : la pollution . Cette partie s'intéresse aussi à la géopolitique des océans : importance de l'accès aux mers et océans, eaux territoriales, haute mer (60 % de l'océan mondial).

 

  • Dans L'Atlas de l'océan mondial (JM COUSTEAU, Ph. VALLETTE, Autrement, 2007), l'océan est présenté comme le grand oublié de nos sociétés (on retourne vers les représentations) malgré son rôle écologique certain dans l régulation des climats, le cycle de l'eau, la richesse de sa faune et des ressources. Malheureusement, pas de définition de l'océan en tant que tel.

 

  • Le Dictionnaire Larousse propose les définitions suivantes :

  • Océan :

    • Vaste étendue du globe terrestre couverte par l'eau de mer. (On précise océan mondial lorsqu'il s'agit d'envisager l'ensemble de l'eau océanique considérée comme un système énergétique ayant des interfaces avec les milieux solides [fonds] et gazeux [surface]. En sont exclues les « mers » Caspienne, d'Aral, Morte, qui sont en réalité des lacs.)

    • Chacune des divisions majeures de l'océan mondial, constituant de véritables entités géographiques partageables en régions. (On distingue l'Atlantique, le Pacifique et l'Indien auxquels on ajoute parfois l'océan Austral et l'océan Arctique.)

    • Littéraire. Une grande quantité, une immensité de : Un océan de larmes. Un océan de sable.

  • Mer :

    • Ensemble des eaux océaniques, communiquant entre elles et ayant le même niveau de base.

    • Division de l'océan mondial définie du point de vue hydrographique (limites continentales ou insulaires) et hydrologique (température, salinité, courants).

    • Bord de mer, région, ville côtières, plages, etc., considérés du point de vue des résidences, des loisirs, des activités qui y ont trait, etc. : Aller à la mer pour les vacances.

    • Eau de la mer, de l'océan : La mer est chaude, froide.

    • Grande quantité de liquide répandu : Une mer de sang.

    • Littéraire : Vaste étendue, vaste superficie : Une mer de sable.

    • Astronomie : Sur la Lune, vaste étendue plane, sombre, constituée de roche basique et généralement bordée de montagnes.

 

  • Dans Géopolitique des mers et des océans (PUF, 2012), Pierre ROYER rappelle que l'océan se définit par quatre caractères propres : l'immensité, l'inertie, l'impermanence (tout bouge, même le temps météorologique) et l'isotropie (= l'identité du milieu, au sens que l'ensemble des espace maritimes constitue un tout, un milieu propre et homogène).

 

  • En 1982, la convention de Montego Bay a défini les mers pour le droit international.

    • Elle complète la convention de Genève de 1958 qui découpe la mer en trois ensembles :

      • La mer territoriale et la zone contiguë ;

      • La haute mer (avec une convention qui codifie les règles de droit international concernant la haute mer) ;

      • Le plateau continental (avec une convention qui a pour objet de délimiter et de définir les droits des États à explorer et à exploiter les ressources naturelles du plateau continental).

    • La convention de Montego Bay ajoute quatre zones maritimes aux zones définies précédemment :

      • les eaux archipélagiques ;

      • la zone économique exclusive (ZEE) ;

      • les détroits navigables ;

      • le fond des mers.

        (En 2012, 20 pays signataires, dont les États-Unis, l'Iran, la Corée du Nord et les Émirats arabes unis, ne l'ont toujours pas ratifiée)

    • Les États disposent de droits spécifiques sur chacun de ces territoires :

      • Les eaux intérieures sont les cours d'eau, les ports, et l'espace maritime contenu dans les petites « échancrures » de la côte. Elles sont assimilables aux zones terrestres dont elles sont une sorte de prolongement naturel. La souveraineté de l'État côtier y est donc totale. Les navires étrangers bénéficient d'une liberté d'accès aux ports et au mouillage, sauf les navires de guerre et les navires de commerce jugés dangereux.

      • La « ligne de base » marque la fin des eaux intérieures et le début de la mer territoriale. C'est à partir de cette ligne de base qu'est calculée la largeur des autres zones maritimes. Lorsque la côte est relativement rectiligne (ex. : côte des Landes en France), les lignes de bases coïncident avec la laisse de basse mer.

      • La mer territoriale comprend un espace marin qui commence au niveau des lignes de base et qui s'étend jusqu'à 12 milles marins. L'État côtier y est souverain et dispose du monopole de la pêche dans ces eaux. Les navires étrangers disposent d'un droit de passage « continu et rapide » (l'arrêt et le mouillage ne sont tolérés qu'en cas d'urgence, il doit être inoffensif). L'État côtier peut exiger que les navires étrangers empruntent des voies de circulation « balisées ».

      • Les eaux archipélagiques. Certains États, comme les Seychelles, les Philippines ou l'Indonésie, sont formés d'un ensemble d'îles et sont donc considérés comme des États archipels. Les eaux archipélagiques sont incluses à l'intérieur du polygone formé en reliant les points du littoral des îles les plus excentrées. La mer territoriale archipélagique forme un bandeau de 12 milles autour des eaux archipélagiques. Leur régime juridique est intermédiaire entre celui des eaux intérieures et celui des eaux territoriales. L'État archipel doit y assurer la libre circulation des navires étrangers, mais fixe des routes de navigation

      • La zone contiguë. D'une largeur de 12 milles, elle commence là où finit la mer territoriale, à 12 milles de la ligne de base. L'État côtier y dispose du pouvoir de police : prévention et répression des infractions à ses lois et règlements. La zone contiguë fait partie de la Zone économique Exclusive (ZEE).

      • La Zone Économique Exclusive (ZEE) est située au-delà de la mer territoriale et s'étend jusqu'à 200 milles marins de la ligne de base. La mer territoriale ayant une largeur de 12 milles marins, le régime juridique de la ZEE s'étend sur une largeur réelle de 188 milles marins. 99 % des ressources halieutiques se situent dans les ZEE, à moins de 200 milles marins des côtes. L'État côtier a la maîtrise exclusive de la pêche, de la création d'ouvrages, de la recherche marine et de la préservation du milieu marin. Les États étrangers y ont cependant la possibilité de poser librement des câbles et pipelines sous-marins. De même, les stocks de poissons que l'État côtier n'est pas en mesure d'exploiter doivent être mis à disposition des autres États, selon des règles d'équité favorisant les États sans littoral.

      • Le plateau continental est le prolongement sous-marin du territoire terrestre. Sa définition est assez éloignée de sa réalité géologique. Certains États n'en ont pas, d'autres en ont un très vaste. La zone maritime appelée « plateau continental » s'étend des lignes de base jusqu'à 200 milles marins au minimum. Elle peut s'étendre au-delà si le plateau continental naturel excède cette limite, sans toutefois dépasser 350 milles marins. L'État côtier dispose de droits souverains sur l'exploitation des ressources du sol et du sous-sol de son plateau continental sous-marin, notamment les ressources en hydrocarbures. Il s'agit donc d'une souveraineté partielle de l'État côtier, circonscrite aux fonds marins. La surface des eaux situées au-dessus des plateaux est de facto soumise au régime juridique des autres zones maritimes (ZEE ou haute mer). Le partage des espaces maritimes entre États voisins : Les délimitations maritimes sont nécessaires dès que les espaces auxquels deux ou plusieurs États peuvent prétendre (mer territoriale, zone contiguë, ZEE) se chevauchent.

      • Les détroits navigables. Le régime juridique ne concerne que ceux qui sont strictement nécessaires au passage entre deux espaces maritimes (haute mer ou ZEE). En sont exclus les détroits appartenant aux eaux intérieures, ceux qui peuvent être contournés par une route alternative et comparable, ou encore ceux qui sont déjà régis par une convention. Les navires étrangers disposent d'un droit de passage sans entrave sous réserve de respecter certaines obligations. Les États riverains doivent s'accorder pour déterminer des voies de navigation et peuvent édicter des règles, notamment en matière de pollution et de sécurité de la navigation.

 

  • Ce qu'on peut retenir de ces définitions :

    • Il n'y a pas de définition basique, absolue.

    • La définition que l'on fera dépendra du sujet abordé. Elle reprendra l es éléments suivants :

      • L'importance des représentations (donc d'une géographie culturelle, sociale, qui place les sociétés au cœur des enjeux à définir) : ce sont les humains qui appellent, nomment, les mers et océans, qui les ont délimités à partir de la terre, des voyages, des besoins. Le désir de rivage que nous connaissons tous en occident est une construction récente, culturelle, datée, localisée.

      • L'importance des éléments naturels : il ne faut pas les sous-estimer non plus. Les océans et les mers sont avant tout des masses d'eau salées, mouvantes, dynamiques, utiles à la vie sur Terre. Il faut donc connaître ces mouvements, ces flux et aussi leurs conséquences sur les sociétés : on étudie pas un ouragan, un isthme comme en sciences naturelles : ce qui va être utile c'est leur impact sur les sociétés et comment les sociétés vivent avec.

      • L'exploitation ; la préservation ou l'exploration des océans et mers reste d'actualité. Elle entraîne une territorialisation de ces masses d'eau mal accessibles et mal connues. Cette entrée peut faire le lien entre les deux idées précédentes.

      • La difficulté de définir les mers et océans peut elle aussi être une entrée pour ce sujet. En effet, où arrêter le sujet qui nous intéresse : sur le trait de côte ? Sur les littoraux (combien de mètres, de kilomètres), à la frontière des États riverains ? On y retrouve la complémentarité mer-terre, mais aussi l'idée d'interface, de frontière. Il ne faut pas oublier que les marins sont avant tout des terriens, qu'ils soient pêcheurs, pirates ou plaisanciers.

      • La définition juridique de la mer et des océans est en construction.

 

4. Quelles limites aux mers et océans ?

a- Diviser l'océan mondial

 

Classiquement, on découpe la Terre en 5 océans :

  • L'océan Pacifique, très mal nommé par ses activités naturelles et politiques. Un nom issu de la traversée de Magellan en 1520.

    • Le plus grand des océans, 180 millions de km² (½ de l'océan mondial, 1/3 de la superficie de la Terre)

    • entouré de la « ceinture de feu du Pacifique », zone d'aléas naturels nombreux : volcanisme, tsunamis, tremblements de terre, tempêtes, cyclones, typhons, El Niño, …

    • Un océan qui apparaît comme relativement vide, même s'il est bordé par des masses de populations importantes (Chine, japon, Indonésie, Philippines, États-Unis, Mexique, …). L’Océanie ne représente que 5 % de la surface de cet océan (dont l'Australie qui représente 90 % de ces 5 %).

    • Un océan relativement peu découpé en mers : l'OHI (Organisation Hydrographique Internationale, une OIG, organisation intergouvernementale, qui siège à Monaco et qui regroupe 82 États. Son but est de coordonner les travaux des hydrographes du monde entier) compte une vingtaine de subdivisions, principalement en Asie : (du nord au sud)

      • mer de Béring,

      • mer d'Okhotsk,

      • mer de Chine,

      • mer du Japon,

      • mer des Salomons,

      • mer de Corail,

      • mer de Java,

      • mer de Bali,

      • mer de Tasman (entre Australie et Nouvelle Zélande)

      • etc.

    • Trois détroits ferment cet océan :

      • le détroit de Magellan et le Cap Horn, au sud-est ;

      • l'ensemble des détroits de Malacca + entre les îles de l'Indonésie au sud-ouest ;

      • le détroit de Béring au nord.

 

  • L'océan Atlantique, dont le nom remonte à l'Antiquité (l'Atlantide), mais qui au Moyen Age n'est pas appelé ainsi : on lui préfère le nom de « mer occidentale » ou de « mer océane » (cf le titre de C. Colomb qui prend le titre d'amiral de la mer océane en 1492). C'est Mercator qui en fixe le nom.

    • Un océan de 82 millions de km², donc plus de deux fois plus petit que le Pacifique, relativement constant en largeur (entre 3 000 et 5 000 km de large), classiquement coupé en océan Atlantique Nord et océan Atlantique Sud.

    • L'océan est délimité par :

      • au nord, le seuil de Wyville-Thomson, entre Groenland et mer du nord, qui le sépare de l'océan Glacial Arctique et le détroit de Davis entre Groenland et Canada ;

      • au sud-ouest, l'ensemble détroit de Magellan / Cap Horn ;

      • au sud-est, le Cap de Bonne Espérance au sud de l'Afrique.

    • L'OHI me découpe en 18 mers, y compris les mers péri-continentales qui lui sont liées :

      • mer Baltique

      • mer du Nord

      • Manche

      • mer Méditerranée,

      • mer des Sargasses (au large des États-Unis)

      • golfe du Mexique

      • mer des Caraïbes

      • golfe de Guinée

      • etc.

    • Un océan aux côtes très découpées (d'où l'importance des bassins, mers, … ) : plus de 112 000 km de côtes le bordent, contre 136 000 km pour le Pacifique.

 

  • L'océan Indien :

    • Un peu plus petit que l'Atlantique : 73,5 millions de km²

    • le plus fermé aussi : ses limites est et ouest sont assez nettes (Indonésie et détroit de Malacca ; Afrique et Cap de Bonne espérance) mais la limite sud est difficile avec l'océan Glacial Arctique.

    • Il est marqué par une particularité : la mousson qui a longtemps favorisé la navigation.

    • Il est découpé en une dizaine de mers :

      • mer d'Oman,

      • mer d'Andaman,

      • golfe du Bengale,

      • golfe d'Aden ,

      • mer Rouge,

      • golfe arabo-persique,

      • etc.

 

  • L'océan Glacial Arctique

    • 14 millions de km², le plus petit des océans.

    • Il est marqué par les glaces qui figent l'océan durant de longs mois, se transformant en banquise (= eau salée) ou comportant des inlandsis (= eau non salée, ou iceberg). La navigation y est donc rendue beaucoup plus difficile tout comme toute exploitation.

    • La limite conventionnelle est celle du 60° parallèle, soit avant le cercle polaire (66° 33')

 

  • L'océan glacial Antarctique (ou Austral)

    • 20 millions de km²

    • Marqué aussi par le froid. Il entoure un continent, l'Antarctique.

    • Le courants y sont plus fort que dans l'Arctique.

 

 

A côté de ces mers et océans, il ne faut pas oublier les mers imbriquées dans les continents :

  • Les mers péri-continentales, c'est à dire des mers qui sont des prolongements des océans dans un continent (Méditerranée, Baltique, Rouge, mer de Chine méridionale, mer des Caraïbes, …)

    • Elles sont plus petites, mieux connues, plus utilisées et sont aussi l'objet de tensions géopolitiques liées au partage de ces mers, au contrôle des routes commerciales, des richesses naturelles, …

  • Les mers intérieures :

    • mer d'Aral, mer Caspienne, mer morte, mar Chiquita (en Argentine)

    • Ces mers sont parfois considérés comme des lacs si on suit la déclaration de Montego Bay de

 

b- Quelles limites à une géographie des mers et océans ?

 

  • La deuxième limite à trouver dans le sujet est celle du littoral.

    • Une rive ou une côte ne sont pas qu'un trait de côte. Il faut se servir d'éléments de géographie physique pour rappeler ce qu'est un littoral au sens large : C'est un espace en lui même pour le géophysiciens, un espace entre l'espace terrestre et l'espace marin, mais un espace qui appartient aux deux autres espaces. C'est aussi une interface entre l'homme et la nature.

    • On peut distinguer trois bandes parallèles sur le littoral :

      • Le littoral sous-marin (ou avant-pays, submergé de façon constante) où la vie végétale est importante car liée à la lumière du soleil qui s'enfonce à 50 mètres, voire jusqu'à 120-150 mètres de profondeur. Cette lumière permet la présence d'algues, de champs d'herbes, de posidonies. Des poissons s'y cachent : poissons de roches, poissons de sable, voire même quelques poison pélagiques. La pêche y est donc fructueuse et c'est aussi dans cette zone que se produit l'aquaculture. C'est en partie la plate-forme continentale.

      • L'espace intertidal, entre les marées, qui correspond à la zone entre le 0 du cadastre et le 0 des cartes hydrographiques. Là aussi la végétation est importante, surtout dans la zone supérieure (algues) tout comme la vie animale (dans la partie inférieure : poissons, mollusques, crustacés, …) . Dans la zone intertropicale où les eaux sont chaudes (+ de 25 °C), on trouve une forme de végétation particulière : la mangrove (avec ses palétuviers). On y distingue l'estran (espace des marées habituelles), la slikke (zone recouverte à chaque marée et qui se transforme en vasière) et le shorre (recouvert de manière exceptionnelle).

      • Le littoral émergé, (ou arrière-pays, arrière-côte) qui correspond à la partie basse non submergée. On y trouve une végétation influencée par le climat océanique : des vents, de l'humidité (mais pas plus de précipitations, celles-ci tombent plus loin dans les terres) et plus de douceur.

    • C'est une interface entre eau (de mer ou eau douce), terre et air ou encore une frontière ans tous les sens du terme (ligne, limite, rupture ; mais encore lien, passage, front, ...)

    • C'est un espace fragile de manière naturelle (ou « sensible ») car il est soumis à des mouvements permanents :

      • D'une part l'érosion qui est due au sel, aux algues (et autres plantes), aux vagues et aux roches transportées par les vagues. De plus, il ne faut pas oublier le rôle des humains dans l'érosion (les travaux de terrassement nécessitent des sables, des graviers parfois pris sous la mer => exemple au large du Cotentin ou de Quiberon. Cette érosion en concerne pas que es côtes maritimes, mais aussi les côtes fluviales ou des lacs.

      • D'autre part la sédimentation littorale qui permet la naissance de plages, mais aussi de flèches littorales, de lidos, de lagunes, et même de marais maritimes (étang de BERRE, de THAU, de BIGUGLIA)

    • Cette fragilité intrinsèque fait qu'aujourd'hui 70 % des plages sont en recul dans le monde (source PASKOFF) car le niveau de la mer monte, car les barrages sur les fleuves retiennent les sédiments.

    • Une fragilité aussi liée aux activités humaines :

      • pollution atmosphérique

      • pollution des sols par l'agriculture (dystrophisation : excès de nitrates et de phosphates)

      • pollution des eaux liées aux usages domestiques (urbains ou touristiques), aux usages industriels (boues rouges, mercure à Minamata, irradiations à Fukushima, …), aux accidents marées noires ou pollutions accidentelles des rivières), aux déchets ménagers, hospitaliers ou autres.

      • Pollution par les plastiques.

    • Un espace très humanisé bien qu'en bordure de l'écoumène ; puisque 2/3 de la population est concentrée sur une bande à moins de 100 km des côtes. Les activités humaines aussi se concentrent sur ces côtes :

      • pêche

      • agriculture (à noter que ces deux activités sont souvent liées, même si la spécialisation de l'agriculture tend à réduire ces liens)

      • commerce

      • transports

      • industries (Zones Industrialo-Portuaire)

      • loisirs (tourisme, sports extrêmes, …)

    • C'est un espace artificialisé par des choix humains :

      • polders,

      • terre-pleins,

      • îles artificielles.

    • Cette concentration, cette littoralisation et cet artificialisation ont abouti à une concentration des risques naturels et technologiques (transports, industries, …)

    • Enfin, c'est un espace sur lequel les sociétés ont changé de regard au cours des 50 – 100 dernières années : d'un espace répulsif à un espace attractif. (relire les écrits d'Alain CORBIN).

 

  • Ce littoral prend plusieurs formes :

    • des côtes à falaise, à voir comme une forme vivante qui évolue selon deux mouvements : d'une part la mer sape le versant à son pied, d'autre part l'érosion due aux rivières tend à réduire sa taille et à la découper. La ligne de base peut donc être mouvante.

    • Des cotes rocheuses, marquées par une multitudes de rochers, d'îlots.

    • Des littoraux meubles (plages, découpées en avant-plage / plage / dunes) qui ont plusieurs formes :

      • des plages adossées ;

      • des plages accrochées à deux extrémités ;

      • des plages accrochées à une seule extrémité (flèches, tombolos simples ou doubles, …)

    • des littoraux vaseux, c'est à dire des marais maritimes qui ont souvent été anthropisés pour devenir de riches terres de cultures (des polders) ou qui ont été préservés car zones de nidification ou de repos pour les oiseaux migrateurs notamment.

      • Dans les zones tempérées, on distingue deux parties plus ou moins distinctes : la slikke (partie basse, vasière) et le schorre (partie haute, herbue).

      • Dans les zones tropicales, les vasières sont occupées par une végétation forestière et arborescente : la mangrove (peuplée de palétuviers.

 

  • Ces littoraux sont marqués par une dynamique propre, issue de l'action :

    • du vent :

      • Il assèche le sable et l'emporte, créant alors les dunes.

      • Il forme la houle, une onde formée par levent à la surface de l'eau.

    • des vagues

      • qui transportent les sédiments ;

      • qui ont une action abrasive sur l'estran ;

    • de la marée

      • dont le rôle est remarquable surtout dans les marais et les estuaires.

 

 

  • Un autre élément à prendre en compte est l'effet du changement climatique sur les littoraux. Sans entrer dans les détails, il faut noter que le changement climatique entraîne une élévation du niveau de la mer : depuis 1880, le niveau de la mer s'est élevé de 15 cm.
     

  • Enfin, ces littoraux ont tendance à se transformer par l'action humaine :

    • les ports, sous l'effet de la conteneurisation, des supertankers et des croisières, accueillent des navires toujours plus longs, plus larges et surtout plus profonds : cela oblige les ports à s'avancer vers la mer (exemples de Rotterdam Maqasvlakte II et du Havre 2000 celui de Yangshan à Shanghaï, relié à la terre par le pont du Donghaï de 32,5 km de long).

    • l'exemple des aéroports maritimes est aussi à signaler : Ajaccio, Nice, bien sûr, mais aussi les aéroports asiatiques : celui du Kansaï à Osaka, de Tokyo-Haneda, de Nagasaki et du Chubu.

 

  • Ces limites posent la question de l'insularité : quels sont les rapports des sociétés avec les mers et océans ? Ces rapports sont visibles et peuvent être étudiés à travers les pratiques matérielles, l'art, l'habitat, … une série de pratiques qui traduisent des subjectivités, des identités plus ou moins affirmées.

    • La géographe Françoise PERON (F. PERRON et Jean RIEUCAU, La maritimité aujourd'hui, 1996) définit la maritimité comme « un vocable commode pour désigner diverses façons de s’approprier la mer en insistant sur celles qui s'inscrivent dans le registre des préférences, des images, des représentations collectives. »

    • Cette maritimité est une production culturelle : elle se construit par des rites, des événements répétés (fêtes, cérémonies, …) qui constituent un patrimoine vivant local mais aussi un patrimoine immobilier. Ainsi, Bordeaux et Rouen se pensent comme des villes de la mer, les traces de la maritimité y sont fortes alors que ces villes sont à plusieurs dizaines de km de la mer (Rouen-Le Havre = 70 km à vol d'oiseau / Bordeaux-Océan = 45 à 90 km (Arcachon – estuaire de la Garonne).

 

  • Pour en finir avec ces délimitations, reste à évoquer les îles et l'insularité.

    • Les îles sont définies par le droit international : la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982 propose la définition suivante : « Une île est une étendue naturelle de terre entourée d'eau qui reste découverte à marée haute » qui reprenait la définition qu'en donnait, dans son article 10, la Convention sur la mer territoriale et la zone contiguë, signée à Genève en 1958.

    • Cela ne règle pas des problèmes de délimitation :

      • différence entre une île et un continent : il y a environ 300 000 îles dans le monde : Australie (île-continent?), Groenland, Nouvelle Guinée, Grande-Bretagne, …

      • présence de presqu'îles qui sont reliées à la terre plus ou moins en permanence (selon la marée pour certaines d'entre elles)

      • les archipels sont formés de plusieurs îles, les eaux intérieures comprennent alors les eaux entre les îles.

 

    • Une autre géographe, Nathalie BERNARDIE-TAHIR, dans son ouvrage (dir.) L'autre Zanzibar, Kharthala, 2008 propose de définir l'insularité à partir de 4 « i » :

      • imaginaire, (ou plutôt la force de l'imaginaire qui se porte sur les îles en général)

      • immobilité, (à lire comme un cliché, pas une réalité)

      • isolement, (qui est relatif : les îles, bien que séparées des continents sont reliées à celui-ci par des routes maritimes et des réseaux de personnes et d'échanges. De plus, certaines d'entre-elles profitent de leur insularité et de leur position sur une route pour être des nœuds d'échange, comme Singapour ou Malte)

      • identité. (qui se construite paradoxalement avec et face au continent, que ce soit à Zanzibar, en Grande Bretagne ou en Corse. Quelle que soit l'île, la question identitaire traverse souvent la société).

    • Pour François TAGLIONI, l'île n'est pas un objet géographique spécifique et pense qu'il vaut mieuxparler de particularités que de spécificités insulaires.

    • François DOUMENGE a défini des critères physiques pour apprécier le degré d'insularité :

      • l'« indice côtier » qui se définit comme le rapport entre la longueur des côtes et la surface de l'île. Cet indice est maximum, deux ou plus, dans le cas des atolls pour lesquels la présence d'un lagon central augmente sensiblement la longueur des côtes. Selon le relief (massif ou très découpé) et la forme générale de l'île (plus ou moins circulaire ou allongée) cet indice varie fortement. Il considère qu'en dessous de 1/25 (un kilomètre de côtes pour 25 km2), l'île a un caractère fortement continental.

      • l'« indice d'isolement » défini comme le rapport entre la surface de la zone économique exclusive (ZEE) des 200 milles marins et celle de l'île. Dans le cas de Clipperton (2 km2), sans aucune terre émergée dans le rayon des 360 kilomètres, cet indice est très élevé. Il diminue quand des îles sont plus proches. Au-dessous de 1/100, on ne peut plus parler d'isolement insulaire.

      Cet auteur définit aussi un « indice d'endémisme » qui est le rapport du nombre total de taxons (genres, espèces et sous-espèces) du peuplement insulaire par le nombre des taxons endémiques. Cet indice donne une idée de l'importance de l'endémisme végétal et animal, c'est-à-dire de l'isolement biologique, qui caractérise une île donnée.

 

 

5- Quels thèmes, quels sujets potentiels pour une géographie des mers et océans ?

 

  • Des sujets autour des mobilités océaniques et maritimes => géopolitique et géoéconomie : conteneurisation, mondialisation, ports et façades portuaires, migrants, protection des côtes et des mers, piraterie, …

  • Des sujets autour de la représentation des océans, leur image, le tourisme, les arts, …

  • Des sujets autour des conflits maritimes, des frontières, des enjeux politiques : partage des eaux, extension de la ZEE sur le plateau continental, droits de passage, mers fermées, localiser ces zones de tension, …

  • Des sujets autour de l'exploitation des masses océaniques et maritimes (partage des ressources, localisation des ressources, … : pêche, aquaculture, hydrocarbures, nodules polymétalliques, …

  • Des sujets autour de la protection des mers et océans : quels acteurs ? Quels enjeux ? Quels mécanismes ?

  • Des sujets autour de la géographie physique : quels risques, quelles exploitations, quels dynamiques maritimes propres, …

 

 

6- Quelles sont les attentes du jury ?

 

Extraits du texte d'accompagnement des nouvelles questions inscrites au programme du CAPES 2015 du 18 juillet 2014. (source complète : http://cache.media.education.gouv.fr/file/_capes_externe/49/4/p2015_capes_ext_hist_geo2_340494.pdf)

 

Géographie des mers et des océans

 

" Retenir une question consacrée à la géographie des mers et des océans :

  • suppose que l’on décentre le regard (en renonçant à l’approche continentalo-centrée souvent privilégiée, au sein de laquelle la dimension maritime est traitée comme un appendice, un prolongement des territoires terrestres littoraux) et que l’on envisage mers et océans comme des objets scientifiques à part entière, traversés par des logiques territoriales, paysagères, économiques, sociales, politiques et culturelles spécifiques ;

  • impose que l’on mesure que les enjeux pesant sur ces territoires (qui couvrent plus des deux-tiers de la planète) sont majeurs et s’expriment tant au niveau global qu’à des échelles régionales et locales.

 

Cette question amène à considérer, sur le plan thématique, tous les espaces maritimes, mers côtières et espaces hauturiers, dans leur diversité physique et humaine. Elle appelle à mobiliser les grandes catégories de la connaissance géographique pour une compréhension intégrée de l’ensemble de leurs aspects : géographie physique et environnementale des milieux marins, géographie économique, sociale et culturelle, approches de géopolitique et de géostratégie. Les mers et les océans sont notamment à étudier comme des réalités culturelles appréhendées différemment selon les lieux et les cultures.

 

La diversité des situations rencontrées et des contextes socio-écologiques est très élevée : il ne s’agira pas de les étudier de manière exhaustive mais d’identifier, à partir d’exemples précisément analysés, les interactions entre les différents éléments, processus et acteurs d’un espace animé de logiques territoriales multiples et originales, porteur d’enjeux majeurs pour les équilibres environnementaux, sociaux, économiques, culturels et politiques de l’humanité.

 

La question « Géographie des mers et des océans » s’articule ainsi avec les problématiques des programmes de l’enseignement du second degré, telles que les dynamiques géographiques des territoire s et la gestion et le partage des ressources. »

 

 

9 points à retenir de ces demandes officielles :

 

  1. Décentrer le regard : ne plus avoir un regard de terrien mais un regard de marin : les mers et océans ne sont pas périphériques mais centraux au sujet ;

  2. Lire le sujet au sens large (physique, paysages, économie, société, politique, culture) ;

  3. Jouer avec les échelles ;

  4. Bien déterminer les enjeux liés au sujet ;

  5. Ne pas négliger les aspects physiques, même s'ils ne sont plus forcément déterminants dans tous les cas ;

  6. S'intéresser de près aux aspects culturels = la relation des sociétés, des acteurs avec les mers et océans, avec le littoral, …

  7. Être capable de montrer la diversité du sujet ;

  8. Montrer des interactions ;

  9. Relier le sujet aux programmes scolaire du secondaire.

 

 

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