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Geobunnik

Le blog d'un enseignant qui prépare au CAPES et au CRPE en géographie à l'ESPE de Corse à Ajaccio et Corte.

Paul CLAVAL, De la Terre aux Hommes, La géographie comme vision du monde, Armand Colin, Le temps des idées, 2012.

Publié le 27 Décembre 2014 par geobunnik in epistemologie de la géographie

Pour bien comprendre comment la géographie actuelle s'est formée et quels sont les objets majeurs de la géographie, voici une synthèse magistrale , très riche, très bien organisée et surtout très claire.

 

En fait, tout (ou presque) est dit dans le titre de l'ouvrage de ce géographe qui a tant apporté à la géographie, notamment par ses réflexions et ses écrits sur la géographie culturelle et par le pont qu'il a fait entre les idées des géographes nord-américains et ceux de la vieille Europe dans les années 1960-70.

Ce rôle de passeur, il le continue par cet essai qui, comme le titre l'indique, rappelle comment les géographes sont passés d'une lecture naturaliste de leur environnement à une lecture plus riche des sociétés humaines :

  • comment les géographes ont intégré progressivement (comme le reste de la société, il ne faut pas l'oublier) des découvertes territoriales et techniques qui ont élargi l'horizon humain et intellectuel, mais qui a aussi rendu notre lecture du monde plus complexe et plus complète.
  • Comment ces mêmes géographes sont devenus des spécialistes, des techniciens de l'environnement (naturel et humain) des humains, comment ils se sont forgés des lois. Bref, comment la géographie est devenue la science qu'elle est aujourd'hui.

 

C'est ainsi que la première partie (Terre des Hommes, bel hommage à Claude Levy-Strauss) rappelle les objets majeurs de la géographie :

  • Un savoir qui reste ouvert à tous, qui est créé par tous et pour tous : on ne peut pas enlever cela aux géographes : une volonté de gagner l'intelligence du plus grand nombre pour rendre accessible la connaissance du monde.

  • Un outil d'orientation (ce qui à l'heure de la montée en puissance de la Chine est assez logique, hahaha).

  • Un outil politique, à travers la géopolitique, bien sûr, mais pas seulement : le savoir spatial est nécessaire à toute décision politique, on peut le rappeler.

  • Un outil social qui permet d'expliquer les rapports sociaux autrement que par de simples lectures économiques ou de rapport de force uniscalaires.

  • Une science qui pense le rapport à l'autre, ce qui dans ces temps de crise et de crispations soit-disant identitaires ne peut être que bénéfique : les géographes ont pu pousser à des politiques coloniales mais leur apport majeur reste la découverte de mondes exotiques, de territoires différents et l'analyse des rapports entre les sociétés dans leur variété et la diversité de leurs environnements.

Cette première partie se termine par deux belles parties qui rappellent les racines historiques de la géographie actuelle : les racines antiques (principalement grecques) et de la Renaissance, puis les racines des XVIII° et XIX° siècles avant de décrire efficacement les bouleversements de la fin du XX° siècle pour finir sur la période actuelle.

 

La deuxième partie appelée sobrement Le paysage des géographes vise à réhabiliter cette notion que l'on a trop souvent liée à l'école classique de la géographie française (et inhumée avec elle) pour rappeler combien elle a été importante pour la géographie mais aussi combien elle reste importante de nos jours, notamment pour des sociétés un peu perdues face à la complexité d'un monde urbain aux codes et aux habitudes qui changent rapidement (je pense aux changements de l'occident depuis 30-40 ans, mais aussi à ceux des autres sociétés humaines, qu'elle soient appelées émergentes ou non).

 

La troisième partie, Trois images du monde, est elle aussi très intéressante, notamment pour appréhender le monde selon trois lectures que l'on a eu ou que l'on a de celui-ci : un travail de géohistoire qui nous pousse à mieux comprendre ces trois temps (1900 – 1950 – 2000) à la fois pour leurs sociétés mais aussi pour leur lecture du monde, forcément liée au monde qu'elles composaient. Une partie qui poussera les géographes (et apprentis géographes) à mieux réfléchir aux enjeux des recherches actuelles, aux problématiques et aux représentations de l'espace et de la Terre qui nous animent.

 

 

Ce livre très facile à lire permet donc de découvrir cette histoire et ces objets de la géographie qu'il est parfois difficile d'appréhender lorsqu'on est béotien. Ce beau travail de simplicité et de clarté constitue donc une belle introduction à des lectures plus complexes et plus complètes sur les thèmes abordés ici. Des ouvrages qui aborderont aussi des géographes contemporains, parfois oubliés ici.

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