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Geobunnik

Le blog d'un enseignant qui prépare au CAPES et au CRPE en géographie à l'ESPE de Corse à Ajaccio et Corte.

Les transformations récentes du système productif agricole français.

Publié le 18 Mars 2015 par geobunnik in La France : mutation des espaces produtifs

1- Les termes du sujet :

  • "les transformations récentes ..." : les bornes chronologiques sont larges : jusqu'où remonter ? A priori, il faut se baser sur :

    • les politiques agricoles françaises et européennes (création de la PAC en 1962) ;

    • l'évolution des méthodes de production (mise en place du modèle breton dans les années 1960) ;

    • l'évolution globale de la société (on peut remonter aux années 1980) et du regard de celle-ci sur le système agricole, la prise de conscience environnementale ou la volonté de certains consommateurs de privilégier la qualité face au prix ;

    • L'intégration dans un système productif de plus en plus complexe (souvenez vous du trajet de la viande pour fabriquer des lasagnes industrielles) depuis les années 1980 aussi : les modes de production ont été touchées par les nouveaux modes de production et les nouvelles manières de consommer (surgelés, plats préparés, …)

  • "... du système productif agricole ... " :

    • Il faut dépasser la simple lecture de la définition de Félix DAMETTE et Jacques SCHEIBLING définissant un système productif comme « l'ensemble des acteurs et acteurs concourant à la production, la circulation et la consommation de richesses ». Pour ces géographes, il existe deux sphères : celle de la reproduction sociale (qui exerce son pouvoir via l'administration publique, l'enseignement, la santé, les services aux particuliers, le commerce de détail, …) et la sphère productive (plus discriminante, qui se rapproche de la hiérarchie urbaine et qu'ils coupent en deux : la sphère de la production matérielle d'un côté, soit l'agriculture, le bâtiment et l'industrie, et la sphère péri-productive, qui fait fonction d'intermédiation, c'est à dire les services aux entreprises, la finance, la commerce, le transport, la logistique, …

    • On doit adapter la définition au sujet : ici, il faut donc prendre en compte non seulement l'agriculture au sens strict (vue comme une production de biens primaires, non transformés), mais aussi les transformations industrielles subies par les produits de base et encore ce qui se passe en amont et en aval = recherche scientifique, commercialisation, intégration dans des logiques productives de grands groupes, etc. Il faut donc évoquer la sphère de la production matérielle et la sphère péri-productive mais sans les séparer : elles sont intimement liées.

    • Comme les autres système productifs, le système agricole est régi par des logiques propres et par des logiques communes à tous les autres systèmes (concentration, financiarisation, spéculation, spécialisation, libéralisation, mondialisation, …)

    • agricole = pas de pêche mais cultures + élevages + sylviculture.

  • " ... français" :

    • si l'échelle de base est le territoire français, il ne faut pas oublier les régions ultramarines qui ont aussi soumises à ces logiques productives (notamment autour des plantations de canne à sucre)

    • de plus, il ne faut pas négliger les échelles plus petites (Union Européenne et monde), tant pour les marchés qu'elles représentent que pour les choix politiques qui sont effectués à ces échelles.

    • Enfin, il ne faut pas oublier les échelles régionales ou locales pour montrer la diversité des situations et des systèmes productifs en France.

 

2- Problématiser le sujet :

Je propose (au choix) :

  • un questionnement autour des logiques de concentration des productions / spécialisation des territoires → les logiques récentes (depuis les années 1960) de concentration et de spécialisation des territoires productifs poussent-elles à la division des formes de production agricole en France ? (problématique que je suis ci-dessous)

  • un questionnement autour de la diversité des systèmes productifs (j'en propose trois : intégré-mondialisé ; intensif-périurbain ; extensif du rural profond).

    → Assiste-t-on à une division forte du système productif agricole français en trois modèle parallèles aux logiques spatiales et sociales complémentaires et divergentes ?

  • Un questionnement autour de la marginalisation de ce système productif (complexe : car si les agriculteurs semblent être de plus en plus marginalisés économiquement et socialement, on assiste à un phénomène inverse quand aux grandes structures industrielles)

    → la concentration des activités et l'ouverture du secteur agricole à des marchés plus larges provoquent-elles une marginalisation de la sphère productive agricole au profit de la sphère péri-productive ?

  • Un questionnement autour de l'ouverture des marchés et de ses conséquences sur le système productif (cela revient à poser la question des acteurs politiques ou économiques, de leurs choix et des conséquences spatiales et sociales de ceux-ci)

    → L'ouverture progressive du marché agricole (France, puis Europe puis monde) depuis 50 ans a-t-elle provoqué une concentration spatiale des productions ?

 

3- Plan : (qui suit la première problématique)

  1. Des logiques de production qui échappent de plus en plus aux agriculteurs

    (quelles sont les logiques économiques et politiques qui influencent le système productif agricole en France?)

  2. Un monde agricole qui connaît de nouvelles logiques sociales

    (quelles sont les logiques sociales qui marquent les agriculteurs + quel sont les attentes de la société vis-à-vis de ces producteurs ?)

  3. Le développement de trois systèmes productifs agricoles parallèles.

    (comment ces choix se traduisent dans l'espace : typologie autour des idées de spécialisation, d'ouverture, d'intégration dans des systèmes productifs plus ou moins complexes?)

 

 

  1. Des logiques productives qui échappent aux agriculteurs.

a- Des enjeux de production qui ont changé d'échelle depuis cinquante ans.

Ici, je reviens sur les logiques des politiques françaises, européennes et mondiales : d'un monde protectionniste à une ouverture des marchés. Ces choix sont le fait d'acteurs clairement identifiables : les élus nationaux (députés), les gouvernements successifs, les commissaires européens, l'OMC.

  • Avant 1962 :
    • échelle nationale dans une France encore rurale marquée par l'exode rural ;
    • logique protectionniste :
      • recherhce d'une autosuffisance alimentaire ;
      • une production sur tout le territoire national ;
      • une réduction du nombre de paysans au profit des ouvriers, exode rural.
    • 1962-1984 :
      • échelle européenne réduite (de 6 à 12 membres) dans le cadre de la Communauté Économique Européenne (CEE) ;
      • un cadre libéralisé entre pays où le protectionnisme se fait aux frontières de la CEE => premiers conflits et tensions entre producteurs français et producteurs britanniques (ovins) ou méditerranéens (fruits, légumes, vins) ;
      • Une forte hausse de la production et de la productivité qui aboutit à une surproduction aidée par la Politique Agricole Commune (PAC) qui subventionne les productions pour permettre aux agriculteurs d'élever leur niveau de vie + la production. L'agriculture représente la moitié du budget de la CEE.
      • Vers une spécialisation des territoires dans un cadre concurrentiel fort.
    • 1984-2015 :
      • ouverture maximale : l'Union Européenne (qui passe de 12 à 28 membres) impose une libéralisation des marchés en lien avec l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) : baisse des droits de douane, baisse des subventions à l'exportation, …
      • nombreuses réformes qui aboutissent au découplage des aides :
        • des aides aux agriculteurs pour garder un maillage d'exploitations dans toutes les régions, même les plus difficiles pour l'agriculture (notamment montagnes et îles).
        • des aides à la production pour rester compétitif au niveau mondial ;
      • De plus, prise en compte des enjeux environnementaux et sociaux.
      • Une plus grande spécialisation des territoires agricoles ;
      • Une plus grande intégration dans un système productif industriel pour viser des marchés européens ou mondiaux.

b- Une mutation des méthodes de production

(= l'intégration dans des systèmes productifs plus complexes) On a assisté à une révolution agricole dont l'objectif a été d'augmenter la production et la productivité :

  • par la mécanisation et la motorisation de toutes les productions, qu'elles soient végétales (tracteurs, moissonneuses, vendangeuses, …) ou animales (trayeuses) :
    • 680 000 tracteurs en 1960 → 1,2 millions aujourd'hui (alors que le nombre d'agriculteurs a été divisé par 4)
    • des machines plus puissantes (50 → 80 → 150 chevaux), plus rapides, plus efficaces.
  • Par l'intensification des cultures ou de l'élevage :
    • par la chimisation de l'agriculture : plus de pesticides, insecticides, engrais.
    • Cela s'est traduit par une forte hausse de la productivité par hectare ou par exploitation (blé : 10-15 q/ha de 1900 à 1950 → 70 q/ha à partir des années 1990)
    • Le nombre de bête par exploitation augmente (environ 60 têtes pour les bovins, mais mise en place d'une vingtaine de projets de « fermes à mille vaches » depuis le début des années 2010)
  • Par la mise en place du modèle breton pour développer cette région : une agriculture plus performante, intensive, bien intégrée dans un système productif complexe :
    • un cœur productif français et européen : 6% de la Surface Agricole Utile française mais 57 % de la production de porcs, 46 % des dindes, 40 % des poules pondeuses, 22 % de la production de lait, 80 % des choux-fleurs, …
    • une mécanisation forte ;
    • Une concentration forte : 20 000 agriculteurs en 2012 (120 000 en 1954) ; une concentration spatiale forte aussi, le long des axes, des littoraux et près des villes.
    • Une spécialisation des territoires (croquis)
    • Une intégration forte : 600 entreprises agro-alimentaires, 75 000 emplois (soit 40 % des emplois industriels de Bretagne).
    • Des problèmes liés à cette concentration (pollution des eaux et des terres, algues vertes dès 1964).
    • Des salaires qui ont augmenté … mais qui restent faibles (12 000 €/an par éleveur).

Croquis du modèle agricole breton : une production de masse aux conséquences déséquilibrées

(en référence aux trois piliers du développement durable : les piliers environnementaux et sociaux ont été sacrifiés au profit du pilier économique)

 

 

 

 

Les transformations récentes du système productif agricole français.
  • Par l'importance de la commercialisation des produits :
    • les MIN (Marchés d'intérêt national), comme celui de Rungis ;
    • l'importance des grossistes, des traders (blé, viandes) ;
    • l'intégration dans des circuits longs, avec vente dans des supermarchés.
  • Par une concentration et une augmentation de la taille des exploitations :
    • une baisse de 62 % du nombre d'exploitations entre 1979 et 2011 ;
    • des exploitations plus grandes : 15 ha en moyenne en 1955 → 30 ha en 1990 → 55 ha en 2015.
    • des grandes exploitations plus nombreuses :
      • Entre 1979 et 2010, le nombre d'exploitations de plus de 100 ha a été x 2,3 ; le nombre d'exploitations de moins de 50 ha a été divisé par 2,5.
      • ¼ > 100 ha ; ¼ entre 50 et 100 ha ; ¼ entre 20 et 50 ha et ¼ de moins de 20 ha en 2010.
      • des champs plus grands par le remembrement et surtout la débocagisation : 70 % de haies en moins entre 1960 et 1980, soit plus de 1,4 millions de kilomètres de haies arrachées. 16 millions d'hectares ont été redécoupés pour former des champs plus grands et plus géométriques, plus facilement exploitables par les machines agricoles.
  • Par l'importance de la recherche dans les choix productifs :
    • recherche agronomique avec notamment le rôle de l'Institut National de la recherche Agronomique (INRA) depuis 1946, un établissement public de recherche qui travaille sur des nouvelles semences, des variétés plus résistantes, plus performantes.
    • Idem pour les poules pondeuses, le maïs (même s'il n'est pas génétiquement modifié), les céréales en général, les fruits, …)
    • On peut citer la domination de deux races bovines en France aujourd'hui : la Prim'Holstein (4 000 litres de lait par an ou plus), la Charolaise (pour la viande) recherche commerciale et des produits par les entreprises industrielles qui proposent des produits à des consommateurs qui demandent des produits plus rapidement consommables : innovations dans les surgelés, les plats préparés, les produits frais (salades ou légumes découpés et lavés, par exemple).
    • Ces deux logiques ont abouti à une normalisation des produits (taille, couleur, forme, goût) et un réduction de la diversité des produits pour répondre à la demande des supermarchés notamment.
    • Ces recherches se font aujourd'hui, comme pour le reste de l'industrie, dans un des 12 pôles de compétitivité agricoles (comme Végépolys à Angers, IAR-pôle en Champagne-Ardennes ou encore céréales-vallée en Limagne)

 

c- Une intégration croissante à des logiques industrielles.

Les agriculteurs sont entrés dans le système productif pour devenir un maillon de la chaîne, dans le cadre d'une division du travail dans laquelle ils sont en amont mais de moins en moins décisionnaires.

  • Il faut en effet penser le système productif agricole aussi sous l'angle d'une filière complète et complexe qui intègre les producteurs aux industriels et aux commerçants mais aussi (comme nous l'avons déjà vu) à la recherche et au développement de nouveaux produits, nouvelles variétés.
    • Une filière complète qui intègre production de matières premières agricoles + la transformation de ces produits (ateliers, usines) + la commercialisation des produits transformés (circuits courts ou longs) + la conception de nouveaux produits ou de nouvelles techniques de fabrication.
    • Une filière qui s'est extraordinairement complexifiée, comme en atteste les questions liées à la traçabilité des produits, notamment depuis l'affaire de la présence de viande chevaline dans des lasagnes au bœuf en 2013 :
      1. un abattoir roumain 
      2. un courtier (trader / négociant) en viande chypriote qui transporte la viande par conteneurs frigorifiques (congélateurs) et qui stocke la viande congelée aux Pays-Bas soit selon des logiques de flux tendu (stock zéro), soit en stockant pour profiter des cours.
      3. une entreprise de transformation de la viande française (Spanghero)
      4. une usine de plats préparés au Luxembourg
      5. une marque qui vend ses plats surgelés (Findus)
      6. En tout, 7 pays européens touchés par ce produit : 5 pour la production (Chypre, Roumanie, France, Luxembourg, Pays-Bas) et 3 pour la commercialisation (France, Suède, Grande-Bretagne)

 

Les transformations récentes du système productif agricole français.
  • L'apparition et le développement de groupes industriels puissants.
    • On compte 14 000 entreprises agro-alimentaires en France, soit 412 000 salariés.
    • mais ... de nombreuses petites entreprises locales (62 % de ces entreprises comptent moins de 10 salariés)
    • et seulement quelques grandes entreprises et même des FTN aux logiques plus complexes (3% des entreprises comptent plus de 250 salariés). 
      • Danone, 2° groupe agroalimentaire européen (derrière Nestlé qui produit aussi en France),
      • Lactalis (3°) 
      • Sodiaal (11°)
      • Entremont (12°)
      • Terrena
      • Socopa
      • Doux
    • Ces groupes imposent à leurs producteurs des cahiers des charges stricts pour la livraison et la production des produits (exemple des frites Mac Cain dans les usines de Harnes et Béthunes, dans le Nord-Pas-de-Calais [37 % de la production française de pommes de terres dans la région, devant la Picardie 27 % ou usine de Matouge dans la Marne]. Il y a 60 points recommandés par Mac Cain aux 1 000 producteurs : variété (Bintje), taux de sucre, taille de pomme de terre imposées, comme le jour et l'heure de livraison). L'objectif est de rationaliser la production et de proposer des produits standardisés au goût et à la qualité constants.

Ces deux courtes vidéos sur la culture des pommes de terre m'ont poussé à faire le croquis qui les suit. 

(vidéo 1 - Remarquez l'absence d'usage direct des produits phytosanitaires dans le reportage ... On voit bien en revanche la mécanisation ; la fourniture des pommes de terre par l'entreprise industrielle ; la productivité ; l'irrigation ; les parasites et maladies ; )

(vidéo 2 sur leur transformation : Pour des élèves, expliquer ce qu'est une "étroite collaboration avec nos agriculteurs") 

Rappel : Mac Cain représente 27 % des frites surgelées vendues en France. 

Les transformations récentes du système productif agricole français.

Croquis des logiques productives de lactalis :

Les transformations récentes du système productif agricole français.
  • Des enjeux financiers de plus en plus grands :
    • Les exploitations sont devenues de véritables entreprises gérées comme telles, avec des besoins de financement de plus en plus importants, soit en investissements (machines, entrepôts, … ), soit en consommation d'intermédiaires (intrants, énergie notamment).
    • Ainsi, l'endettement moyen des exploitations a été multiplié par 2,6 depuis 1980, rendant les exploitants agricoles dépendants des banques, des subventions et/ou des industriels qui peuvent imposer plus facilement leurs choix (notamment la grande distribution).
    • Ces enjeux ont poussé les agriculteurs à s'associer de plus en plus, soit pour mutualiser leur matériel, par la création de Groupements Agricoles d'Exploitation en Commun(GAEC) soit sous forme d'Entreprises Agricoles à Responsabilité Limitée (EARL) dans laquelle les agriculteurs s'associent pour investir.
    • De plus, on assiste aussi, notamment dans les entreprises viticoles, et principalement dans le vignoble bordelais, à la présence d'investisseurs extérieurs (français ou étrangers) qui investissent dans des entreprises agricoles, un modèle financier très différent du modèle classique familial.

 

2- Un monde agricole qui connaît des nouvelles logiques sociales.

a- Une mutation sociale profonde : la fin des paysans ?

  • Des agriculteurs aux exploitants agricoles :

    • la mécanisation a provoqué une baisse forte du nombre d'agriculteurs. Une baisse qui a commencé au début du XX° siècle, mais qui a continué par la suite : depuis 1960, le nombre d'agriculteurs a été divisé par 4.

    • Cette baisse a eu lieu en même temps qu'une baisse du nombre d'exploitations : on est passé de 1,260 millions d'exploitations en 1979 à 480 000 en 2011 (une baisse de 62 %). Certes la SAU a légèrement baissé, mais ce sont surtout les exploitations qui ont changé :

      • On a donc assisté à une augmentation générale de la taille des exploitations (de 42 à 55 ha entre 1988 et 2010) par une baisse des petites et moyennes exploitations au profit des plus grandes qui nécessitent plus de matériel mécanique et plus d'investissements. Une baisse qui touche surtout l'élevage et la polyculture-élevage : les petites exploitations bovines ont quasiment disparu au profit des grands élevages, voire aux « fermes de 1000 vaches » (laitières), comme celle de Ducrat, à côté d'Abbeville (Somme) – 14 emplois.

      • de même les exploitations de taille moyenne (50 à 100 ha) sont moins nombreuses elles aussi, passant de 128 000 à 97 000.

      • le nombre de petites exploitations (moins de 50 ha) s'effondre, passant dans la même période de 845 000 à 299 000 (divisé par 3, ou presque)

      • les grandes exploitations (plis de 100 ha) sont plus nombreuses : 44 000 en 1988 → 93 000 en 2010.

    • Un changement du profil des exploitants :

      • La baisse du nombre d'exploitations et d'exploitants s'est accompagnée d'un vieillissement des agriculteurs : ¾ des exploitants agricoles ont plus de 50 ans et 20 % plus de 60 ans (contre 15 % en 1988).

      • Ce mouvement est allé de pair avec un changement de la propriété des terres : les agriculteurs sont de moins en moins les propriétaires des terres qu'ils cultivent : le faire-valoir direct diminue, il ne représente plus qu'un tiers du mode d'exploitation contre la moitié en 1988.

  • Dans le même temps, d'autres changements ont affecté les agriculteurs : 

    • une hausse du niveau scolaire, grâce notamment à la création des lycées agricoles (1960) : si 25 % des agriculteurs avaient un diplôme agricole en 1988, ils sont plus de 60 % en 2010.

    • une hausse du nombre de femmes : celles-ci étaient déjà à la ferme mais n'étaient pas considérées comme personnel ou comme salariée. Désormais, leur place est reconnue, soit comme salariée, soit comme chef d'exploitation.

    • une augmentation du salariat non familial : le nombre d'ouvriers agricoles augmente régulièrement (environ 17 % des emplois), que ce soit comme emploi permanent dans les grandes exploitations ou comme emploi temporaire dans les exploitations plus petites ou dans des exploitations spécialisées (vendanges dans les vignobles, cueillette pour les vergers ou les légumes de saison, etc.)

  • Un poids politique toujours assez fort :

    • Cependant, les agriculteurs gardent un poids politique assez fort : le système de représentation favorisant les zones rurales (élections municipales, départementales et sénatoriales notamment).

    • Les agriculteurs ont aussi appris à se regrouper :

      • syndicats ; la FNSEA qui compte 300 000 adhérents ou la Confédération paysanne (12 000 adhérents).

      • GAEC et EARL ; partage de matériel

      • chambres d'agriculture ; volonté de faire reconnaître leur poids économique et politique, revendications sectorielles.

  • Ces changements ont abouti à une forte division sociale entre agriculteurs, avec :

    • des agriculteurs riches dans quelques régions : le grand Bassin parisien, le Poitou, les Charentes (voir Laurent CARROUE, La France, les mutations du ssytème productif, A. Colin, 2013 page 142) → 18 % des agriculteurs concentrent 50 % des revenus agricoles en France.

    • des agriculteurs plus pauvres, en difficulté financière, avec des revenus autour de 10 000 euros par an => dans les régions de montagne (Alpes, Corse, Massif Central), dans les régions de polyculture, mais aussi dans des régions d'agriculture intensive, comme la Bretagne.

 

b- Un regard de la société sur les exploitants agricoles qui a aussi changé.

  • Un éloignement ?

    • En effet, si la France était déjà majoritairement urbaine il y a 50 ans, elle l'est encore plus et le lien entre les agriculteurs et la société semble s'être distendu : les racines paysannes des français sont de plus en plus lointaines.

    • Cet éloignement a changé le regard des français sur l'agriculture : celle-ci est vue comme une source de maux :

      • On estime que l'agriculture produit 20 % des gaz à effet de serre émis dans l'atmosphère en France.

      • risques sanitaires liés aux produits phytosanitaires utilisés dans les champs, etc.

      • érosion des sols liés à la débocagisation des années 1960-1980 (-70 % de haies en France, soit 1,4 millions de km de haies),

      • nuisances sonores liées aux machines agricoles lors des récoltes ou du labour,

      • nuisances olfactives à côté des fermes ou des unités de production porcines,

      • pollution du littoral breton par des algues vertes,

      • pollution de 80 % des cours d'eau par des nitrates ou des pesticides,

      • pollution, notamment des nappes phréatiques (Bretagne, Beauce, …),

    • Ce qui est dénoncé est alors lié aux dérives du productivisme :

      • On reproche aussi à l'agriculture une baisse de la biodiversité, notamment avec le recul des haies mais aussi des prairies (600 000 hectares en moins entre 2000 et 2010).

      • ou des crises liées à la complexité du circuit de production de certains plats préparés (comme en 2013 autour de la crise des lasagnes à viande de cheval vendus par la marque Findus) : on a alors un renforcement de la demande d'une meilleure traçabilité des produits au nom de la sécurité alimentaire.

      • mais encore crises sanitaires (vache folle des années 1990, grippe aviaire, …)

      • pollution.

  • Une demande sociale sur les paysages.

    • La loi de 1993 sur les paysages montre cette évolution:les agriculteurs sont vus comme des « gardiens » des paysages, des jardiniers de la France : la société attend d'eux une conservation de paysages plus ou moins rêvés … tout en restant productifs, de qualité et peu chers.

    • Cette évolution se traduit aussi par une valorisation des terroirs par les collectivités territoriales locales ou les entreprises agro-alimentaires, répondant ainsi à une demande des consommateurs et des citoyens. L’État a alors mis en place une série de labels garantissant les origines locales (Appellation d'Origine Protégée – Appellation d'Origine Contrôlée, mais aussi Indication Géographique Protégée). On compte en 2014 83 AOP ou AOC (principalement des vins et des fromages) et 109 IGP. D'autres appellations complètent ce dispositif institutionnel : produits fermiers, produits de montagne, produits de pays par exemple.

 

3- Trois systèmes productifs agricoles en France.

a- Le système productif agricole mondialisé spécialisé.

  • Ses caractéristiques :
    • une forte intégration dans la sphère péri-productive :
      • transformation par des processus industriels,
      • commercialisation dans des circuits longs, notamment par des grossistes et des supermarchés
      • importance de l'innovation commerciale et technologique dans la valorisation des produits grâce à la recherche, aux pôles de compétitivité.
    • une intégration aux marchés mondiaux
    • une spécialisation territoriale forte, voire même une déterritorisalisation de la production (notamment dans l'élevage hors sol)
    • une forte concentration économique :
      • concentration des capitaux (par des FTN, comme dans la production de produits laitiers : Danone, Sodiaal, …), exemple de Lactalis dont le siège social est à Angers :
        • 54 000 employés
        • 194 sites industriels
        • 23 000 producteurs de lait dans 76 départements
        • de nombreuses marques, dont Roquefort Société, le camembert Président, le lait Lactelll, la mozzarella Galbani, ...
      • concentration du personnel dans des usines assez grandes,
      • concentration de la production dans des étables ou des fermes toujours plus grandes (voir carte Confédération paysanne)
      • des agriculteurs plutôt riches (sauf en Bretagne) parfois subventionnés pour l'exportation (notamment les céréaliers)
  • Productions :
    • vignes
    • céréales
    • élevage bovin laitier
    • élevage bovin pour la viande (embouche)
    • vergers
    • oléagineux
    • betteraves à sucre
  • Localisation :
    • le grand Bassin parisien (y compris Loire, Champagne)
    • Le Bassin Aquitain
    • Le Nord (Nord-Pas-de-Calais et Picardie)
    • l'Alsace (vins + céréales)
    • Le Grand Ouest (Bretagne, Pays de la Loire, Normandie)

 

Question de méthode et de fond : doit-on séparer la Bretagne et son modèle (donc le Grand Ouest) de cette sous-partie pour en faire une sous-partie isolée ?

 

b- Le système productif agricole périurbain.

  • Caractéristiques :

    • une intégration assez forte dans des circuits de distribution ou de transformation mais aussi des circuits courts (AMAP notamment, mais aussi vente à la ferme ou cueillette) ;

    • un marché plus local ou national ;

    • des petites exploitations très nombreuses : ½ des exploitations agricoles françaises ;

    • le choix d'une agriculture bio, comme à Nantes où 1/6 des exploitations situées dans l'aire de Nantes Métropole sont classées bio ;

    • une menace : le front urbain, l'artificialisation des sols (60 000 ha par an, un département tous les 10 ans environ).

  • Production

    • maraîchage, c'est à dire des fruits et légumes destinés à la consommation courante

    • horticulture

    • pépinières

    • petit élevage (lapins, poules, …)

    • élevage aussi (1/2 des exploitations autour de Nantes, par exemple).

  • Localisation :

    • facile : autour des villes, qu'elles soient grandes ou petites.

    • On peut citer les exemples de Nantes, de Lyon ou d'Aubagne qui ont intégré dans leur SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale) le développement de ce type d'agriculture au nom de la diversité paysagère ou de la mixité socio-spatiale.

 

Pour justifier mon choix, je vous invite à lire l'article de  Paula NAHMAS et d'Yvon LE CARO, Pour une définition de l'agriculture urbaine : réciprocité fonctionnelle et diversité des formes spatiales, Environnement urbain, volume 6, 2012, pages a-1 à a-16. Dans cet article, les deux auteurs définissent l'agriculture urbaine (et donc aussi périurbaine, mais l'agriculture dans la ville est plus de l'ordre du jardin, sauf exceptions : expériences, cultures ur les toits, ...)

Leur  croquis comme la définition se basent sur

  • les territoires (urbains, périurbains, ruraux ; mais aussi intercommunalité : une limite utile pour limiter le périurbain notamment)

  • les circuits de commercialisation (auto-consommation, non concernée par notre sujet ; circuits courts ; circuits longs)

  • l'insertion économique (agriculture de loisirs et jardins privés ; agriculture professionnelle)

 

Les transformations récentes du système productif agricole français.

Croquis de l'agriculture périurbaine autour de Nantes (Nantes-métropole)

Les transformations récentes du système productif agricole français.

c- Le système productif agricole rural en difficulté.

  • Caractéristiques :

    • Productions plutôt faibles, car terrains difficiles, faible productivité ;

    • Faible intégration dans des système péri-productifs ; 

    • Importantes aides et subventions nationales ou européennes pour garder un système productif agricole local dans des zones qui se vident ; des agriculteurs plutôt âgés et peu formés ;

    • Forte importance de la labellisation, notamment autour du concept de terroir (de montagne, de pays, AOC, …) ;

    • Nécessité de développer des activités complémentaires (on parle de pluri-activité), notamment le tourisme (dans des stations de sport d'hiver, par le tourisme vert, à la ferme, par des gîtes ruraux, …).

  • Production :

    • polyculture et élevage principalement ; 

      • élevage bovin dans les Alpes ou le nord-ouest du Massif central (Limousin)

      • élevage ovin et caprin dans le sud (Alpes du Sud, sud du Massif Central, Corse, …)

    • quelques zones de spécialisation (noix de Grenoble, clémentines de Corse, plantations de bananes de Martinique ou de Guadeloupe, canne à sure dnas les ANtilles et à la Réunion) 

  • Localisation :

    • les régions de moyenne montagne

    • le rural profond (ce qu'on a appelé la diagonale du vide : Ardennes, Lorraine, Bourgogne, …)

    • les îles : Corse, Réunion, Guadeloupe, Martinique

 

Reste à faire un joli croquis de synthèse ...

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AJMB 13/07/2016 11:22

Plan Interessant.
J'ai noté une grosse lacune: l'emergence du secteur de la bioeconomie (ie l'intégration de agriculture-chimie-energie-matériaux qui bouscule la notion, désormais ancienne, de système productif). POur aborder l'enjeu, cf les recherches tournant autour des bioraffineries, rupture ou continuité avec le mimétisme de la pétrochimie

Laurence 20/06/2016 11:03

Bonjour
Je prépare l'agrégation interne et je voulais te remercier pour cet apport très très utile pour moi !
Merci pour le partage !

geobunnik 20/06/2016 15:22

Bonjour Laurence,

Merci pour le petit mot.
Bonne préparation et bon courage. Si tu vois des choses à améliorer, n'hésites pas à m'en faire part.

Benoit BUNNIK