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Geobunnik

Le blog d'un enseignant qui prépare au CAPES et au CRPE en géographie à l'ESPE de Corse à Ajaccio et Corte.

Olivier Milhaud, La France des marges

Publié le 27 Mars 2017 par geobunnik in epistemologie de la géographie, La France des marges

Olivier Milhaud, La France des marges, La Documentation photographique, la documentation française, mars 2017.

 

Pour ceux qui passent le Capes les 3-4 avril 2017, il ne vous reste que quelques jours pour lire ce numéro de La Documentation Photographique consacré à la France des marges.

Olivier Milhaud, La France des marges

Un ouvrage en deux parties, comme à l’accoutumée, la première partie étant consacrée à la présentation scientifique du sujet autour de deux axes majeurs : d'une part l'idée que l'espace peut produire de la marge et d'autre part l'idée que la norme produit aussi de la marge en rigidifiant l'espace. La seconde partie étant dédiée à une série d'études de documents classés en quatre sous-parties pour éclairer le sujet et pour permettre une application pédagogique.

Olivier Milhaud propose de définir la notion à partir de deux cas : la forêt guyanaise et les SDF qui habitent le long des murs de la Sorbonne. Cela lui permet de montrer qu'il existe des marges de position (où la distance métrique peut aboutir à créer de la marge) et des marges de relation (où la distance est créée par des éléments de la société). Il rappelle que la marge est souvent définie « en creux », par opposition à un modèle, une norme, un centre. Il nous rappelle qu'il faut aussi penser en terme de marginalisation, donc de processus, ce qui permet de poser des jeux d'acteurs, des actions (et interactions), des choix, des relations de domination et ce qui permet aussi d'éviter un essentialisme.

Un deuxième temps de cette première partie est consacré à l'étude en détail des territoires en marge :

  • d'abord l'outre-mer français. C'est l'occasion de revenir sur deux éléments : d'une part l'importance des échelles et des représentations dans l'étude des territoires en marge ; d'autre part la diversité (administrative mais aussi économique, sociale ou culturelle) de ces territoires.

  • Ensuite les montagnes. C'est l'occasion de montrer qu'il existe des degrés de marginalité et d'en faire une typologie.

  • Enfin, le rural profond (ou hyper-ruralité), ce qui postule de penser à des critères pour définir la marginalité (la densité de population ? L'évolution démographique ? L'accès aux services ?)

    Ces trois types de territoires doivent être étudiés aussi sous l'angle des représentations que la société en a : des territoires en marge du monde urbain, industriel, mondialisé, connecté.

Un troisième temps propose de réfléchir à l'idée qu'il existe des marges subies, d'autres choisies et d'autres cachées (les antimondes). Là encore, trois cas sont étudiés :

  • les banlieues, dont on ne sait pas trop si elles sont marginalisées. Faut-il toutes les mettre dans le même panier ?

  • Les territoires péri-urbains, dont le cas est discuté lui aussi. Si Olivier Milhaud convient que c'est un tiers-espace, cela n'en fait pas forcément une marge.

  • Les marginaux, sous l'angle de leur rapport à la norme et à la normalisation de l'espace.

La bonne conclusion fait elle aussi un point sur des éléments de fond et de méthode : ce sujet est original non seulement par l'approche qu'il a de la France mais aussi par les sources qui sont moins académiques que sur un autre sujet car il faut y intégrer une grande partie de documents et de connaissances produites par des non spécialistes, par des témoignages de personnes parfois non entendues. Sur le fond, Olivier Milhaud rappelle qu'un tel sujet nécessite une analyse systémique et une démarche qui doit inclure une typologie de ces espaces divers (ce qui nécessite toujours de lister en amont vos critères). Enfin, ce sujet à l'avantage de proposer une lecture du territoire français de manière originale : décentrée (on en part pas des centres, métropoles, pôles économiques, comme dans les deux derniers thèmes sur la France au Capes/agrégation), en mosaïque et qui prend en compte des identités marginales.

 

A noter aussi, l'encart de la page 16 qui propose de nombreuses entrées pour insérer ce thème aux programmes scolaires.

 

La deuxième partie de ce numéro de la documentation photographique est dédiée classiquement à des études de documents utilisables en classe. Les quatre thèmes (marges et territoires / marges et marginalités / marges subies, choisies / production et réversibilité des marges) complètent très bien la première partie, autour de doubles pages bien problématisées : l'hyper-ruralité comme un territoire en mouvement lié à d'intenses jeux d'acteurs ; les interstices comme des espaces ressources et sous contraintes ; l'espace périurbains sous l'angle d'un débat sur sa marginalité ; la ségrégation urbaine comme issue de représentations fortes ; les alternatives militantes sous l'angle des réseaux ; les marges éphémères comme une réponse à la normalisation de la société et de l'espace ; les politiques publiques soit sous l'angle de leurs effets positifs, soit sous celui des effets pervers (effet tunnel, polarisation).

 

Pour cette année 2017, à lire absolument avant les écrits comme ultime révision, et pour les oraux pour y trouver de bons documents. Et pour les années futures, une bonne introduction au sujet : claire, précise et complète.

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