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Geobunnik

Le blog d'un enseignant qui prépare au CAPES et au CRPE en géographie à l'ESPE de Corse à Ajaccio et Corte.

Méthodologie de l'épreuve d'Analyse de Situation Professionnelle (2017)

Publié le 20 Mai 2017 par geobunnik in epistemologie de la géographie, Didactique et pédagogie

1- Ce que disent les textes officiels :

 

(voir principalement le rapport de jury 2016 (CAPES-CAFEP ext HG) pages 111 à 127)

 

Ils disent d'abord « cours après moi que je t’attrape » : en trois ans (2013-2016), les textes ont permis de produire trois versions différentes du même exercice. Ce qu'il faut en retenir aujourd'hui (pour juin-juillet 2017), c'est que :

  • L'épreuve d'analyse de situation professionnelle (ASP) porte sur la partie (histoire ou géographie) n’ayant pas fait l’objet de la première épreuve d’admission. Elle porte sur l’ensemble des questions des programmes d’histoire ou de géographie dispensés en classes de collège et de lycée, et pas seulement sur les questions du programme du concours.
  • Elle prend appui sur sur un dossier fourni par le jury. Le dossier est constitué de documents scientifiques, didactiques, pédagogiques, d’extraits de manuels, de productions d’élèves, et présente une situation d’enseignement en collège ou en lycée. Ce dossier, fourni par le jury, comprend quatre types de documents :
    • des extraits de programmes (déterminant le niveau de la situation professionnelle analysée) et des fiches ressources ;
    • deux doubles pages extraites de deux manuels différents (du même niveau scolaire) ;
    • un texte de réflexion méthodologique et/ou une production issue de la recherche ou de la vulgarisation savante ;
    • un document sur les valeurs civiques ou morales susceptibles d’être concernées par cette situation professionnelle - valeurs qui feront l’objet d’un temps de questionnement spécifique lors de l’entretien.
  • Ce dossier est introduit par un libellé simple définissant la situation d’enseignement à un niveau donné, « Enseigner …. en classe de ... » Le rapport de jury 2016 impose deux temps :
    • un premier temps (1/3 de l'exposé) qui associe l'analyse des documents didactiques (extrait de programme en vigueur / fiche ressource éduscol = le « document 1 ») et des extraits de deux manuels différents (= le « document 2 »)
    • Un deuxième temps (2/3 de l'exposé) qui demande une analyse à partir des pistes (idées, notions, ..) du document scientifique, épistémologique (= le « document 4 ») de l'ensemble du dossier, mais surtout des documents 4 et 5 (ce dernier étant un texte de réflexion civique ou morale).
  • Le candidat en propose une analyse. Son exposé est suivi d’un entretien avec le jury, au cours duquel il est conduit à justifier ses choix didactiques et pédagogiques. Le candidat est amené à réfléchir sur les choix gouvernant cette situation d’enseignement. Ces choix qui relèvent de la liberté et de la responsabilité pédagogiques de l’enseignant sont scientifiques et épistémologiques dans la mobilisation de savoirs, la connaissance de leur fabrique et la réflexion sur leurs usages, didactiques et pédagogiques dans leur mise en œuvre devant les élèves, civiques et philosophiques enfin dans les prolongements possibles pour la compréhension des valeurs démocratiques de la République et l’enseignement laïc de la morale. Le rapport du jury de Capes 2016 rappelle qu'il faut « articuler une réflexion pédagogique, scientifique et civique » (Rapport de jury 2016, page 111), qu'il faut « croiser les trois dimensions de toute situation d'enseignement : scientifique, didactique et civique » (idem page 111) ce qui veut dire ne pas faire de paraphrase ni prendre les documents les uns après les autres.

 

  • Lors de son passage devant le jury, le candidat expose pendant trente minutes son analyse de la situation proposée, les enjeux qu’elle soulève tant au point de vue des connaissances disciplinaires que de leur transmission pédagogique, les questions qu’elle peut poser au point de vue des finalités civiques et des implications sociales de cet enseignement. Cet exposé peut amener le candidat à adopter une position critique, au point de vue scientifique et didactique, vis à vis des choix repérables dans l’exposé de la situation qui lui est soumise, et montrer ainsi sur quelles bases intellectuelles il entend exercer sa liberté et sa responsabilité pédagogiques.
  • De plus, durant ces trente minutes, il faudra présenter un diaporama (PPT) de trois diapositives : une qui présente le plan ; une qui présente un des pages de manuel ; une qui montre le document 5 ou un extrait de celui-ci.
  • L’entretien permet aussi d’évaluer la capacité du candidat à prendre en compte les acquis et les besoins des élèves, à se représenter la diversité des conditions d’exercice de son métier futur, à en connaître de façon réfléchie le contexte dans ses différentes dimensions (classe, équipe éducative, établissement, institution scolaire, société), et les valeurs qui le portent dont celles de la République.

 

  • Donc en trois lignes :
    • Durée de la préparation : quatre heures ;
    • durée de l’épreuve : une heure (présentation du dossier : trente minutes ; entretien : trente minutes) ;
    • coefficient 2.

 

2- Rappel : l'esprit du concours

La lettre de cadrage d'avril 2013 écrite par Laurent CARROUE précise que la maîtrise disciplinaire se comprend dans trois dimensions, toutes trois relevant également de la compétence professionnelle des enseignants d’histoire et géographie :

  • la maîtrise des savoirs propres aux disciplines enseignées en histoire et en géographie (dimension scientifique). La maîtrise des savoirs est la condition indispensable à la maîtrise des contenus des programmes de l’enseignement ainsi qu’à celle de leur mise en œuvre dans le cadre d’une culture disciplinaire qui donne sens à l’enseignement assuré.
  • la maîtrise des processus d’élaboration de ces savoirs (dimension épistémologique) est la condition de la compréhension des apprentissages méthodologiques et intellectuels dont les matières enseignées sont porteuses.
  • la maîtrise enfin des processus de transmission de ces savoirs dans le cadre de l’élaboration des savoirs scolaires (dimension didactique) est la condition de l’intelligence des phénomènes d’apprentissage de l’histoire et de la géographie par les élèves, de la capacité de l’enseignant à adapter son enseignement en fonction des publics auxquels il peut se trouver confronté.

Pour le reste de l'esprit : lisez et relisez le dernier rapport du jury !

 

3- Comment préparer l'épreuve :

a- Gérer le temps :

4 heures de préparation, c'est suffisamment long pour aboutir à :

  • Une introduction écrite en grande partie dans laquelle on peut attendre :
    • une accroche
    • la présentation du sujet
    • la présentation succincte des documents (nature, auteurs, dates, … ne rentrez pas dans les détails des thèmes)
    • la reprise de la problématique qui annonce le plan.

 

  • Une conclusion écrite qui :
    • répond à votre problématique de départ
    • peut ouvrir sur les enjeux épistémologiques récents ; 
    • et montrer les limites et difficultés de l'application didactique et pédagogiques du sujet ;

 

  • Un plan détaillé mais pas rédigé avec des idées posées, sans qu'elles soient rédigées mais il faut qu'elles soient argumentées. Le plan se construit à partir de deux parties simples :
    • La partie didactique et pédagogique dans laquelle on peut répondre à ces questions :
      • Que demandent les programmes officiels (là, il suffit de les lire et de surligner le document) ? On s'attardera sur le temps, les notions, les logiques (ou problématiques) des séances et séquences proposées pour faire ressortir les notions les plus importantes (4-6?). On peut faire le lien avec d'autres séances/séquences déjà étudiées.
      • On replacera aussi le cours dans la logique d'une année spécifique (6° et 2de : entrée dans un cycle et des locaux nouveaux, des attentes nouvelles, une complexification du savoir et des avoir faire) (3° et Terminale : fin de cycles marqués par des examens, le DNB et le baccalauréat. La nature des épreuves demandées aux élèves, les repères, des connaissances, des savoir-faire, …)
      • A partir de ce document officiel ou Eduscol, il faut mettre en relation et critiquer les deux doubles-pages de manuels : Il faut donc avoir un double regard : regarder la forme et le fond.
      • Que peut-on construire comme savoir et comme savoir faire avec ces documents ? Comment les utiliser en classe. Le questionnement proposé par les manuels convient-il ? Comment pourrait-on le changer ?
      • Peut-on attendre d'autres types de documents ? (penser aux TICE, aux films, aux cartes murales, aux cartes, aux émissions de télévision, …)
      • Quelles sont les limites des documents présentés ? (longueur, complexité, vocabulaire, notions, …)
      • Quel message diffuse chacune des doubles pages (une problématique ? Est-elle conforme aux attentes officielles ? …)

Cette partie est destinée à tester non seulement votre esprit critique, mais aussi à savoir si vous êtes capables d'organiser vos idées : il faut donc proposer une analyse qui ne sera pas linéaire (un doc après l'autre) mais thématique : il faut dégager trois ou quatre thèmes (que ce soit sur la forme ou sur le fond, sur les documents, la problématique, le questionnement proposés) qui serviront de fil conducteur à votre démonstration. N'oubliez pas qu'IL EST TOUJOURS NECESSAIRE DE PROBLEMATISER UNE REPONSE ! 

 

  • La partie scientifique et épistémologique, civique et philosophique qui fait le point à partir du document scientifique et épistémologique sur le sujet :
    • De même, de document 5 sera lu dans cette logique, à partir des thèmes développés dans le document 4 (scientifique) afin de ne pas le séparer du reste du dossier.
    • Avant cela, il faut se poser les questions suivantes :
      • Depuis quand s'intéresse-t-on à ce sujet en géographie ?
      • Le regard des géographes a-t-il changé ? Comment ? Pourquoi ?
      • Quels auteurs ont écrit sur ce sujet ? Quel est leur apport scientifique ou épistémologique ?
      • Quelles sont les difficultés auxquelles sont soumis les scientifiques sur ce sujet ?
      • Quels liens existent avec d'autres sciences humaines ou non autour de ce sujet ?
      • Quelle est la place de ce sujet dans notre société ? Cela interfère-t-il sur le travail des scientifiques ?
    • Cela ne se fait pas en deux temps (épistémo-scientifique puis civique-philosophique) : vous êtes plus malins que cela. Il faut plutôt trouver les thèmes qui organisent le dossier, principalement donnés dans le document scientifique.
    • A partir des thèmes trouvés (3-4), on peut organiser ses idées dans un plan ,autour d'une problématique. Cette deuxième partie de 20 minutes environ sera donc organisée en trois ou quatre grands thèmes définis par le document 4 (scientifique). Ces thèmes seront développés grâce à vos connaissances + à des informations trouvées dans les documents 4-5 et aussi 1-et 3.

Ce qu'il faudra éviter :

  • De la paraphrase, se contenter de répéter les documents sans apporter de regard extérieur issu de vos connaissances précises de l'histoire, des tendances, des oppositions, des débats qui ont existé ou qui existent dans la communauté scientifique des géographes (principalement français).
  • Se limiter aux documents : il faut amener son propre regard. Certes on peut difficilement critiquer les programmes : ils sont établis par des scientifiques et des pédagogues qui ont réfléchi aux tenants et aux aboutissants du programme, en les problématisant. On peut bien sûr se positionner tel Henry THOREAU dans une logique de désobéissance civique … mais peut être pas un jour d'oral pour entrer dans la fonction publique.
  • Se contenter de stéréotypes sur les élèves, les programmes, les enseignants et le système éducatif.
  • Oublier de faire fonctionner ses capacités d'analyse, de réflexion.
  • Une mauvaise gestion du temps. Le principe est simple : quoi qu'il arrive, la deuxième partie de l'oral ne dure que 30 minutes (même si on a parlé que 10 minutes en exposé). La note est établie sur l'ensemble des deux parties.

 

b- Quelles connaissances faut-il activer ?

  • Des connaissances scientifiques sur l'épistémologie de la géographie et son histoire et toutes les notions propres aux sciences sociales que l'on retrouve dans les programmes de géographie du secondaire :
    • Habiter / le développement durable (et le développement tout court) / la mondialisation / l'aménagement des territoires / les risques naturels / la géographie de la santé / la géographie des conflits / la géopolitique / la géoéconomie / la géohistoire / la géographie culturelle / les liens entre la géographie et les autres sciences ou arts (littérature, cinéma, peinture, musique, …) / la prospective en géographie / etc.
  • Des connaissances sur des thématiques propres à la géographie : la région / les territoires / l'espace / centre et périphéries / la carte – la cartographie / la démographie (répartition, évolution, …) / les paysages / les échelles / les indicateurs utilisés par les géographes (IDH, ICF, PIB, IPH, PUB, …) / la métropolisation / la littoralisation / inégalités – fractures socio-spatiales – ségrégation - … / contraintes et ressources
  • Des connaissances sur les pays ou régions qui ne sont pas au programme des écrit mais qui sont dans les programmes de l'éducation nationale (villes, pays, régions, continents dans les programmes) → l'oral est aussi un teste de votre culture.

 

c- Quels livres faut-il avoir lu ?

  • Pascal Clerc (dir.), Géographies, Sedes-CNED, 2012
    • un ouvrage en quatre parties : une sur l'histoire de la géographie (12 chapitres courts : 80 pages) ; une sur les champs de la géographie (10 chapitres, une cinquantaine de pages sur les notions d'espace, de développement durable, d'économie, de santé, culture, postcolonialisme, ….) une troisième patrie sur les pratiques géographiques (12 chapitres, 70 pages sur le raisonnement géographique, les cartes, les méthodes) et une quatrième partie sur les objets de la géographie (14 chapitres, 75 pages sur des notions comme l'échelle, la distance, la ruralité, la région, …)
  • Stéphanie Beucher, Magali Reghezza, La géographie : Pourquoi? Comment?, Initial, Hatier, 2005.
    • Un ouvrage un peu vieux maintenant, qu'il faut donc compléter avec d'autres lectures, mais qui a l'avantage de faire le point sur 13 notions (espace, territoire, milieu et environnement, … ). 
  • Jacques Scheibling, Qu'est ce que la géographie ?, Carré géographie, Hachette, 2011.
    • Même remarque … un ouvrage que tous les candidats des années 1990-2000 ont lu. Un classique, donc mais à compléter.
  • Philippe Sierra (dir), La géographie, concepts, savoirs et enseignement, Armand Colin, 2011.
    • Comme son nom l'indique, l'ouvrage est organisé en trois temps : un premier sur l'histoire de la géographie ; un deuxième sur les notions (la planète habitée, l'urbanisation, le développement durable, les ressources, la mondialisation, les territoires) et un troisième temps sur l'enseignement de la géographie, ses outils (lecture et construction de cartes, utilisation de photos aériennes et d'images satellitales, traitement de données statistiques, usage de l'outil informatique).

 

  • Au delà de ces ouvrages, il faudra aussi connaître (c'est à dire les avoir eu au moins une fois dans votre vie dans les mains, les avoir ouverts et feuilletés) :
    • des dictionnaires de géographie :
      • Roger Brunet, Robert Ferras, Hervé Théry, Les mots de la géographie, RECLUS, 1993
      • Jacques Lévy et Michel Lussault (dir), Dictionnaire de la géographie et de l'espace des sociétés, Belin, 2013
      • Jérôme Dunlop, Les 100 mots de la géographie, Que-Sais-Je ? PUF, 2012.
    • Des ouvrages (récents) de géographes : ceux de Michel Lussault, de Denis Retaillé, d'Yvette Veyret, ... 
    • Quelques textes de géographes anciens : Paul Vidal de la Blache, Elisée Reclus, ...
    • Des revues de géographie (voir la fiche)
    • Des sites ou blogs de géographes.

 

Commenter cet article

NGK 30/05/2017 16:36

Merci beaucoup pour votre article. J'ai seulement une petite question. J'ai entendu qu'il est conseillé de faire le lien entre les questions d'ordre épistémologique et didactique en analysant par exemple la prise en compte des avancées scientifiques dans les manuels et les programmes. Cette réflexion doit-elle plutôt être inclue dans la première partie pédagogique ou plutôt dans la seconde partie scientifique et civique?

Teissier 20/05/2017 18:36

Un grand merci pour votre site ! sur lequel j'ai passé une bonne partie de la journée.
J'ai appris à ma grande surprise mon admissibilité et ce dernier article que vous venez de publier va être d'une aide précieuse pour essayer de préparer au mieux des 2 épreuves orales. Encore merci.