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Geobunnik

Le blog d'un enseignant qui prépare au CAPES et au CRPE en géographie à l'ESPE de Corse à Ajaccio et Corte.

Inégalités, disparités et exclusion en Inde au début du XXI° siècle

Publié le 26 Juin 2017 par geobunnik in L'Union Indienne

1- Comprendre le sujet :

  • Inégalités = un aspect économique :
    • les inégalités à voir comme une différence d'accès aux ressources (principalement économiques) : revenus, salaires, patrimoine.
    • des différences riches-pauvres qui sont marquées mais qui ne sont pas si fortes que cela : le coefficient de Gini y est moins fort qu'au Brésil, en Chine , aux États-Unis, en Russie ou au Mexique, même s'il est plus fort qu'en Europe occidentale.
    • Un nombre de pauvre très important : environ 30 % de la population (250 à 400 millions de pauvres?)
    • Ces inégalités économiques sont à mettre en relation avec les inégalités sociales, car le lien est très fort en Inde.
    • Il faut aussi penser que ces inégalités sont issues de choix politiques : il y a donc des acteurs politiques et économiques qui ont conscience de ces inégalités et qui luttent pour ou contre le renforcement de cet état.
  • Disparités = un aspect social
    • les disparités sont à voir comme des différences marquées, qu'elles soient économiques ou sociales.
    • L'Inde est marquée par de fortes disparités :
      • répartition de la population inégale dans le pays,
      • diversité culturelle (langues, religions, modes de vie, …),
      • diversité naturelle dans le pays (climats, reliefs, paysages, …),
      • différences villes – campagnes,
      • différences hommes – femmes,
    • C'est à relier avec les discriminations, puisque là encore, ces disparités sont à relier avec des choix politiques et sociaux faits par des acteurs actuels ou passés : l'ouverture économique, l'émergence favorisent-t-elles l'augmentation de ces disparités ?
  • Exclusion = un processus socio-spatial
    • L'exclusion induit l'idée d'isoler, de mettre de côté des personnes. Il s'agit bien d'un processus qui vise à séparer.
    • Cela induit de penser aux logiques de ségrégation dans la société indienne, tant à la ville (bidonvilles et quartiers fermés) qu'à la campagne (avec des quartiers spécialisés dans les villages, voire des villages ethniques, et bien sûr les tribus dans le monde « sauvage »). Cela pose aussi la question du travail informel, non déclaré, dans l'économie de l'Inde.

Donc : ce sujet ne se limite pas à une description de la pauvreté en Inde ou des différences sociales. Il faut penser en géographe et se pencher sur :

  • des jeux d'acteurs : ces inégalités, disparités et exclusions sont à prendre comme des résultats de choix effectués par des acteurs politiques, économiques et sociaux. Il faut faire émerger ces acteurs et ces choix.
  • Les représentations que peuvent avoir ces acteurs car ces représentations sont porteuses de projets de société. Elles sont bien sûr individuelles, mais elles sont aussi collectives, dans un pays où le poids du groupe social (varna et surtout jati) reste important dans les décisions individuelles.
  • Le rôle d'un acteur essentiel dans la gestion de ces inégalités, disparités et exclusions : l’État. Ce dernier est à la fois à l'origine de cet état de fait (par son inaction, la corruption, le système politique actuel entérine ces différences, parfois les renforce et surtout en joue). Mais paradoxalement, et sous l'influence des électeurs ou des rebellions, l’État essaye aussi de limiter ces différences par des programmes particuliers. Mais ce n'est pas le seul acteurà agir en Inde (États, provinces, ONG, entreprises privées, …).

Cela nous amène à réfléchir à une problématique qui permet d'organiser ces idées :

  • une pbq autour de la question du vivre ensemble dans une démocratie de 1,2 milliards d'habitants ?
  • Une pbq autour de l'action de l’État et des acteurs politiques contre des inégalités, disparités et exclusions ?
  • Une pbq autour de l'émergence et de l'ouverture économique (et ses csq spatiales : littoralisation, urbanisation) qui favoriserait l'augmentation des écarts sociaux et économiques ?
  • Une pbq autour du poids du collectif dans les choix des acteurs face à ces différences et ces processus (cf les travaux de Frédéric Landy sur le rôle des représentations, notamment religieuses, et surtout hindouistes, dans la représentation de l'Inde et de l'organisation spatiale de l'Inde par ses dirigeants politiques, dont ceux du BJP).

Cela nous pousse aussi à réfléchir au croquis de synthèse à réaliser pour ce sujet :

  • un croquis qui reprendra la même problématique que celle de la composition ;
  • un croquis est effectué à l'échelle nationale (donc accompagné dans la copie de croquis à l'échelle régionale ou urbaine ou locale)
  • un croquis qui reprend les éléments de la copie et son plan de préférence.

2- Introduction :

  • l'accroche : (en lien avec ce qui suit dans l'introduction + en lien avec l'actualité ou des structures longues)
    • L'Inde actuelle reste un pays sous tension. Certes, les tensions géopolitiques y sont assez fortes (concurrence de leadership asiatique avec la Chine ; enjeux frontaliers avec le Pakistan ou le Bangladesh), mais les enjeux sociaux et économiques y sont aussi très forts. Les rares faits divers indiens qui sont relayées par les médias internationaux montrent une Inde soumise à des processus d'exclusion des pauvres dans des bidonvilles ou de violences faites aux femmes dans les bus des grandes villes, voire à des suicides liés au surendettement. Un pays où le poids de la religion hindouiste a également un poids important, comme le montre la victoire du BJP, parti politique nationaliste hindou, lors des dernières élections législatives en avril-mai 2014.
  • la définition du sujet : (à relier à l'accroche et à la problématique)
    • Ce sujet nous invite à réfléchir aux inégalités, disparités et exclusion en Inde en ce début de siècle. Les inégalités sont à comprendre comme des différences d'accès aux ressources économiques (revenus, salaires, patrimoines). L'usage du pluriel nous pousse à penser celles-ci dans la plus grande variété. De même, le terme de disparités inclut une dimension sociale. Ces différences marquées sont nombreuses en Inde : disparités de genre, diversité naturelle, culturelle, répartition de la population très inégale, différences ville-campagne très marquées, etc. Ces inégalités et ces disparités sont vues comme un état à un moment donné (même si elles sont le résultat de choix passés), alors que la notion d'exclusion est elle un processus socio-spatial qui impose de penser le sujet non seulement comme un constat mais aussi comme le résultat d'actions politiques, culturelles et sociales qui ont amené à cet état mais qui tentent aussi de changer cet état.
    • Ce sujet nous permet de réfléchir aux jeux d'acteurs, qu'ils soient individuels ou collectifs, dans la prise de décision dans la gestion de ces inégalités, disparités exclusions dans l'Inde actuelle, deuxième pays le plus peuplé au monde et puissance politique et économique en émergence. Parmi ces acteurs, l'un d'entre eux joue un rôle déterminant, il s'agit de l’État indien.
  • la problématique :  (à relier au reste)
    • Les choix politiques de l’État indien depuis une vingtaine d'années (libéralisation et ouverture économique) ou depuis plus longtemps (volonté de réduire la pauvreté) parviennent-il à réduire les fractures fortes qui marquent la société indienne ?
  • l'annonce du plan :  (à relier à ce qui précède)
    1. Gérer l'immensité : un défi toujours important en Inde aujourd'hui.
    2. Des structures sociales héritées qui marquent fortement les mentalités.
    3. L’État, un acteur majeur dans la lutte contre les inégalités.

3- Le développement :

1- L’État, un acteur majeur dans la lutte contre les inégalités

Rappeler la problématique (Un État qui intervient encore dans l'économie pour résorber ces inégalités et réduire l'exclusion) + annoncer le plan de la sous-partie : Par ses actions (ou pratiques) et ses choix (issus de représentations parfois divergentes entre partis, mais aussi souvent convergentes, comme la lutte contre la pauvreté et la discrimination positive), l’État central indien apparaît comme l'acteur majeur de la lutte contre les inégalités, les disparités et l'exclusion en Inde de nos jours.

a- Le paradoxe : un pays sans castes … mais avec des classes : la lecture économique au dessus de la lecture socio-religieuse.

  • La Constitution de 1950 abolit le système de castes : volonté de réduire voire de supprimer les inégalités liées à ce système socio-religieux. Sous l’impulsion du parti du Congrès et de Nehru et de la famille Gandhi, l'Inde se définit alors comme un état laïc sans caste.
  • Si les castes disparaissent officiellement, elles restent présentes dans le quotidien, avec des interdits alimentaires, une hiérarchie sociale fortement liée à la structure des varna (les brahmanes, les prêtres / les Kshatrya, les guerriers et rois / les vaisya, les commerçants et agriculteurs / les sudra, les artisans). Les meilleurs emplois et les fonctions dirigeantes restent occupés par des brahmanes, sauf exception (Selon Christophe Jafferlot, la part des brahmanes députés en Inde du nord est passée de 52 % en 1971 à 33 % en 2004 – l'exception la plus notable étant Kurami Mayawati, femme intouchable devenue premier ministre de l'Uttar Pradesh de 1995 à 1997, en 2002-2003 puis de 2007 à 2012.
  • De plus, l’État indien reste un État multiconfessionnel où certaines religions (animistes ou musulmane) sont considérées comme inférieures par les autres habitants, entraînant toujours des ségrégations de fait. L'arrivée au pouvoir du BJP dans les années 1998-2004 puis depuis 2014 a renforcé ce sentiment d'exclusion des personnes non hindouistes.
  • Cependant, considérant les écarts sociaux liés à ces castes, l’État indien a mis en place une politique de discrimination positive envers les classes sociales les plus défavorisées de la nation, non pas sur des critères uniquement économiques, mais sur des critères sociaux, transformant les dalit (ou intouchables) en « Backward Classes » (castes arriérées) ou les tribus en « tribus répertoriées » (Scheduled Tribes). De fait, une partie de la population est donc considérées comme défavorisée et dispose de droits supplémentaires pour accéder à une certaine égalité, ou à une moins forte exclusion.

b- Un État interventionniste : La volonté de redistribuer les grains et d'intervenir dans l'économie pour compenser les écarts économiques et sociaux ;

  • La pauvreté en Inde est depuis longtemps le souci majeur des dirigeants. On estime à environ 30 % la population du pays vivant sous le seuil de pauvreté (des chiffres difficiles à vérifier et qui dépendent des critères de choix : pauvreté, accès aux soins, accès aux emplois, conditions de logement, accès aux transports, …) Cependant, le critère économique le plus utile pour déterminer le nombre de pauvres en Inde peut être celui du seuil de pauvreté de la Banque Mondiale (1,25 $/hab/jour), qui concerne 22 % de la population en 2011.
  • Les salaires indiens sont faibles en ville mais ils le sont encore plus à la campagne où il n'est pas rare de trouver des personnes employées pour 0,50 euro par jour. De plus, on estime que 80 % de la population du pays souffre de carences alimentaires. En 2011 (recensement de la population), 67 % des ruraux n'ont pas de toilettes et 32 % n'ont pas d'eau à leur domicile, alors qu'ils sont 98 % et 78 % dans les villes de plus de 3 M d'habs.
  • L'État a montré sa volonté de réduire les fractures économiques par la mise en place du Public Distribution System (PDS) en 1965 pour organiser le commerce du grain des régions excédentaires vers les régions déficitaires. Un système lourd et coûteux à l'efficacité relative (pertes dues aux conditions de transport, aux vols et à la corruption) qui a le mérite d'éviter les famines et de permettre un accès à une alimentation minimale à une grande partie de la population.
  • De même, malgré la libéralisation entamée dans le milieu des années 1980, l’État reste très présent dans l'économie du pays. Le secteur public représenterait encore environ 20 % de la valeur ajoutée des entreprises industrielles de l'Inde. L'Etat reste aussi un acteur important dans les secteurs du charbon et du pétrole.

c- Une ouverture économique récente présentée comme un outil de lutte contre les inégalités et la pauvreté ;

  • C'est pour des raisons économiques et face à l'importance de la pauvreté en Inde que les dirigeants indiens ont décidé de transformer leur économie dirigée où la planification jouait un rôle important dans le « Raj system » (un système dans lequel l’État favorisait les petites et moyennes entreprises par des commandes publiques privilégiées).
  • L'Etat s'est donc désengagé de ses participations dans des entreprises (l'entreprise nationale qui produisait et distribuait la houille a été divisée en 7 entités).
  • Dans cette logique, la création de zones économiques spéciales (ZES), des zones franches urbaines (80 % des ZES) ou portuaires dans les années 2000 montre comment l’État, par des exonérations de charges ou d’impôts et par une concentration des activités dans certains pôles intervient dans l'économie pour réduire la pauvreté et favoriser la création d'emplois. En 2011, plus de 500 000 emplois auraient été créés dans les 143 ZES en Inde.

d- Des choix qui ont pu renforcer les inégalités à l'échelle nationale

  • Cette action de l’État dans l'économie du pays s'est traduite spatialement par des changements assez classiques.
  • D'une part, on a assisté à une littoralisation des activités, sous l'effet des ZES. Celles ci sont situées dans les grandes villes et surtout les villes portuaires comme Mumbai, Chennai ou les villes du Kérala. Parallèlement, les villes ont continué de concentrer les emplois, tant dans les zones spéciales que dans d'autres zones d'activités. Ainsi, les métropoles comme Bangalore, Hyderabad, Delhi. Les zones les mieux reliées, comme la vallée de la Palar entre Bangalore et Chennai, tirant elles aussi leur épingle du jeu.
  • A ce jeu, Mumbai qui allie port, ZES, voies de communication et pôles de commandement économique, semble la métropole la plus gagnante (sièges de Tata et d'autres qui forment le « club de Bombay ») grâce aux nouvelles technologies, la bijouterie ou encore les industries lourdes.
  • Ainsi, à l'échelle nationale, certaines zones se sont renforcées : les littoraux de l'océan indien, les villes, alors que les régions les plus rurales de la vallées du Gange, des États du Nord-est ou du plateau du Deccan se sont marginalisées.

CROQUIS : l'action de l’État dans l'économie indienne, des métropoles renforcées et des inégalités régionales toujours marquées.

 

    2- Des structures sociales héritées qui marquent fortement les mentalités

    Rappeler la problématique (Même si l’État intervient pour réduire les inégalités et limiter l'exclusion économique, il reste des structures sociales et culturelles héritées qui font que les inégalités se basent sur des disparités qui mènent souvent à l'exclusion : le nombre de personnes invisibles est trop fort pour qu'on ne puisse par en tenir compte, d'autant plus qu'il sont présents sur tous les territoires de l'Inde, les campagnes comme les villes.) + annoncer le plan de la sous-partie

    a- Une inégalité forte : la répartition de la population en Inde

    • Trois foyers de concentration de la population :
      • 10 états (sur un total de 35) comptent plus de 50 millions d'habitants en 2011 alors que 5 états ou territoires en comptent moins d'un million. Ainsi, l'Uttar Pradesh et ses 200 millions d'habitants est plus peuplé que le Brésil.
      • la plaine du Gange, 400 millions de personnes, avec des densités rurales supérieures à 500 voire 1 000 habitants par km².
      • La pointe sud à partir de la côte du Kérala vers le Tamil Nadu, aux densités plus faibles : 105 millions de personnes sur 168 000 km² (autour de 62 hab/km²).
      • Le Golfe de Cambay ou de Khambhat, du Gujarat jusqu'à Mumbay et Pune, autour de 90 millions de personnes.
    • Deux périphéries :
      • La périphérie externe : les bordures montagneuses du Nord (Cachemire, Himalaya) et le désert de Thar (nord-ouest)
      • La périphérie interne (Durand-Dastès, 1995) : du Rajasthan à l'Odisha (des plaines sèches au nord-ouest, des collines et moyennes montagnes très arrosées mais aux sols médiocres au sud-est => le plateau du Deccan et les moyennes montagnes qui le bordent).

    CROQUIS

    • Les raisons de la répartition de la population sont bien connues.
      • Ce sont d'abord des raisons agricoles : la plaine du Gange est une région extrêmement fertile (riziculture dans la plaine du Gange, plantations sur les contreforts de l'Himalaya ou le Kérala).
      • Mais ces raisons agricoles ont été renforcées par des choix politiques : le choix de ne pas favoriser les villes qui, même si elles peuvent paraître tentaculaires restent minoritaires dans le poids total de la population du pays (70 % de ruraux), mais aussi le choix de la révolution verte dans les années 1960-70 qui a permis d'une part l'autosuffisance alimentaire de l'Inde mais aussi une productivité agricole renforcée (principalement dans le Penjab).
      • Des raisons physiques qui limitent les densités de population : les régions périphériques externes et internes sont celles des hautes montagnes du nord, l'Himalaya, des montagnes ou des collines (plateau du Deccan), des déserts dans le nord-ouest, notamment le désert de Thar dans le Rajasthan.

    b- Le poids des religions qui pèse encore sur les choix individuels

    • Une très grande variété de religions. Une dizaine est reconnue officiellement par l’État. Des religions porteuses d’inégalités en leur sein ou entre elles.
    • Inégalités en leur sein : l'hindouisme. Un groupe majoritaire marqué par l'hétérogénéité :
      • La religion hindoue est loin d'être unie : le système des castes (varna + jati) est très hiérarchique.
      • L'hindouisme regroupe 80 % de la population du pays. C'est un polythéisme complexe qui intègre l'idée d'un dieu unique mais aussi de millions d'autres dieux et de déesses : Vishnou (le sauveur) et ses avatars (Krishna, Rama), Brahma (le créateur), Shiva (le destructeur), Lakshmi (femme de Vishnou, déesse de la chance) ou Ganesh (divinité bienveillante, associée à l'abondance matérielle). Des millions de temples permettent de recevoir prières et offrandes destinées aux dieux. Le Gange est le fleuve sacré, lien entre la montagne et la mer, il permet de purifier les fidèles, d'enrichir les champs.
      • Une religion sans clergé structuré ni règles générales : chacun choisi ses divinités, ses règles. Des dieux nouveaux apparaissent.
    • des groupes minoritaires issus d'influences intérieures ou extérieures :
      • Le bouddhisme
      • le jaïnisme est né lui aussi d'une volonté de se démarquer de l'hindouisme, mais dans une voie plus stricte (végétariens, non-violents, refus d’attenter à toute vie animale). Ils regroupent 0,5 % de la population, principalement dans l'ouest du pays (Gujarat, Rajasthan, Maharashtra). On en trouve un grand nombre dans le commerce des diamants.
      • Le sikhisme est plus récent (XV° siècle), une religion monothéiste qui s'oppose au culte des idoles. 75 % des sikhs habitent au Penjab.
      • Les musulmans minoritaires partout sauf au Cachemire. Ils regroupent 14,4 % de la population au recensement de 2011. Les musulmans sont majoritaires dans le Lakshadweep (îles Laquedives), et dans l’État de Jammu-et-Cachemire. Le pourcentage de musulmans est important dans l’Assam (30,9 %), le Bengale occidental (25,2 %), le Kerala (24,7 %), l’Uttar Pradesh(18,5 %) et le Bihar (16,5 %)
      • Le christianisme, majoritaire dans le Nagaland, le Mizoram et le Meghalaya. Elle est également importante dans le Manipur (34 %), à Goa (26,7 %), dans les îles Andaman et Nicobar (21,7 %), dans le Kerala (19 %) et l’Arunachal Pradesh (18,7 %)
    • Cette diversité pose la question de l'identité nationale indienne : la loi de 1992 sur la Commission nationale pour les minorités (National Commission for Minorities Act), considéré les musulmans, sikhs, chrétiens, parsis ou zoroastriens et bouddhistes comme des minorités religieuses. Les jaïns ont été par la suite ajoutés à la liste. Les tribus et peuples indigènes ont été regroupés avec les hindous.
    • Cela pose aussi la question de l'identité des individus indiens qui est bien souvent corrélée, voire réduite à leur groupe ethnique ou religieux.
    • Cette question de l'unité indienne se pose de manière plus acerbe depuis l'arrivée au pouvoir du BJP à la fin des années 1990. En effet, si le parti du Congrès prônait l'égalité entre les citoyens et une laïcité de l’État, les lignes ont bougé et la religion est devenue centrale dans le jeu politique indien actuel. Les tensions sont fortes entre hindous et musulmans (incendie de la mosquée d'Ayodhya en 2002, suivie d'émeutes ou de pogroms faisant près de 2 000 morts).

    CROQUIS religions en Inde

    ou celui-ci :

    (Source : Philippe Cadène, Atlas de l’Inde. Une fulgurante ascension, Éditions Autrement, 2008)

     

     

     

    c- une diversité culturelle qui reste forte

    • Les disparités régionales sont très marquées aussi parce que l'Inde est composée de centaines de langues (863 langues sont officiellement répertoriées, dont 30 langues parlées par plus d'un million de locuteurs et un peu moins de 200 langues tribales, souvent uniquement orales). Cela crée donc des disparités grandes entre ceux qui parlent les langues commerciales, les langues officielles et les autres qui n'ont pas accès à la connaissance.
    • Deux groupes de langues dominent :
      • les langues indo-européennes ou indo-iraniennes : (¾ de la population) = L'hindi (nord-ouest) qui partage avec l'anglais le statut de langue officielle. On estime qu'elle est comprise par la moitié de la population du pays et parlée par 30% des indiens. L'anglais quant à lui serait parlé par 7 % des indiens ; l'ourdou qui est la même langue que l'hindi mais qui s'écrit avec un alphabet différent ; le benagli, etc...
      • les langues dravidiennes dans le sud du pays (¼ de la population) ; au sud d'une ligne qui va du petit état de Goa jusqu'à 500 km au SO de Calcutta : le tamoul, le Kannada, etc.
      • Plus d'autres langues très minoritaires, comme les langues sino-tibétaines, l'arabe, …
    • En Inde, le multilinguisme est une habitude. Le système scolaire indien lui-même a intégré ces langues locales : sur les douze années d’études du primaire et secondaire, l’enseignement se fait d’abord dans la langue maternelle ou officielle de l’État de la première à la cinquième année, et la formule trilingue est introduite à partir de la sixième année. Les trois langues enseignées sont généralement la langue maternelle ou la langue régionale + une des langues officielles de l’Union (l’hindi ou l’anglais) + une autre langue indienne ou étrangère.
    • Cependant, il semble que cette variété de langues se réduise au profit des langues les plus parlées et les plus utiles (l'anglais, langue des affaires, de la justice, de la politique et l'hindi, langue des emplois dans la fonction publique). Ce sont principalement les 197 langues tribales qui sont en danger (13 % des locuteurs utilisaient des langues tribales en 1961, 3 % en 2011).
    • L'Etat indien tente de réduire ces disparités par le biais des langues officielles (le pays en compte 22) ; De même, chaque État a sa (ou ses) propre(s) langue(s) officielle(s) : jusqu'à 6 dans l’État du Manipur., mais il existe aussi des langues officielles à l'échelon municipal ou local, afin que chaque citoyen accède aux documents et aux renseignements administratifs de base.
    • Même diversité dans l'alimentation en Inde : La base de l’alimentation au Nord est le blé sous forme de galette de farine complète (les chapatis), alors qu’il s’agit du riz au Sud où la cuisine se fait à l’huile, alors qu’au Nord, ils emploient le ghee (du beurre clarifié). Au Nord, le thé, ou Chai, est la boisson principale, alors qu’au Sud, les habitants consomment plus de café au lait sucré. Dans le Sud, la cuisine tourne autour du poisson, des fruits de mer, du poulet et du mouton. Les plats à base de sauce sont souvent très épicés, notamment au Kérala. De nombreuses préparations sont faîtes à base de yaourt comme les raitas et les dhals.

    CROQUIS langues en Inde

    d- la ségrégation sociale et culturelle qui marque les territoires à l'échelle régionale (tribus) et locale (ville et villages) :

    • La place des femmes dans la société indienne. Les femmes sont souvent considérées comme inférieures en Inde. Cela a des conséquences importante sur leur vie :
      • En 1990, l'économiste Amartya Sen (prix 'Nobel' d'économie 1998) invente l''expression de « femmes manquantes », qu'il estime à 100 millions alors. 43 millions selon Christophe Z GUILMOTO en 2012). Une situation liée à l'avortement des femmes enceintes de filles. Au delà de l'avortement (en 2011 : 914 filles pour 1000 garçons de moins de 6 ans) ; il faut aussi noter comme causes de ces absences la surmortalité féminine liée à des carences de soins et d'alimentation, liée aussi à la dureté des travaux imposés mais encore liée aux maltraitances et violences faites aux femmes (rappeler l'émoi national et international en 2012 lors des agressions sexuelles de femmes dans les bus, considérés jusqu'alors comme normal ou acceptable).
      • De plus, La situation de la femme est historiquement mauvaise (on peut rappeler les campagnes de lutte contre l'infanticide féminin menés par les autorités britanniques dans leur colonie du Gujarat au Penjab mais aussi les mariages d'enfants), elle semble être associée à la pratique de la dot qui pénalise les familles où les femmes sont nombreuses. De plus, 37 % des femmes ont déclaré être victimes de violences domestiques selon une enquête de 2007. On peut aussi rappeler les viols faits aux femmes qui ont fait l’actualité dans le monde en décembre 2012 (viol collectif dans un bus).
      • Là encore, l’État est à la fois observateur et acteur de cette situation. Depuis 2012, la pression internationale pousse les autorités à agir et à réduire les violences faites aux femmes. Ainsi, une des mesures phares du programme politique du BJP en 2015 était de construire des toilettes réservées aux femmes dans les campagnes pour réduire les violences faites à ces dernières.
    • La place des minorités tribales. Environ 104 millions de personnes sont comptabilisées comme appartenant à une de 705 tribus (soit 8,6 % des Indiens). Des tribus confinées dans les espaces les plus éloignés, les plus ruraux et les plus pauvres.
      • Deux tribus sont particulièrement nombreuses : les Bhils (17 millions de personnes) et les Gonds (13 millions de personnes).
      • Quelques régions accueillent une majorité de personnes classées dans une tribu : Le Lakshadweep avec près de 95 % de la population ; Le Mizoram, 94 % ; Le Nagaland , 87 % ; Le Meghalaya , 84 % ; L'Arunachal Pradesh, 70 % ; Le Dadra et Nagar Haveli, 52 % ; Le Manipur, 41 % ; Le Sikkim, 34 % ; LeChhattisgarh, 31 % ; Le Tripura, 32 % ; le Jharkhand , 26 % ; L'Odisha, 23 % ; Le Madhya Pradesh, 21 % ;
      • Ces tribus sont soumises à une ségrégation de fait par les autres parties de la population. Vivant dans des zones considérées comme impures ou dangereuses (la forêt, le bush), on porte sur elles des représentations très négatives. De plus, comme les autres minorités (religieuses), elles sont soumises à des discriminations fortes.
      • Ces tribus sont soutenues par un programme de discrimination positive (comme les dalits ou intouchables) :
        • programmes de développement économique et social.
        • postes réservés dans le système scolaire
        • postes réservés dans les assemblées électorales
        • postes réservé »s dans la fonction publique ;

    CROQUIS tribus en Inde

    e- Dans les villes, certains lieux concentrent l'exclusion : ce sont les bidonvilles. Ce sont dans ces lieux que les plus pauvres tentent de se construire un futur moins précaire que dans la rue.

    • Ce sont des lieux de la précarité et de la pauvreté mais aussi de la concentration très forte sur des territoires qui n'étaient pas destinés à l'urbanisation (marais, bords de routes, rives de cours d'eau, forêts, voies ferrées …). Des territoires qui concentrent des risques industriels ou naturels (glissement de terrain, inondation, fortes marées, …) mais qui concentrent aussi des risques sanitaires liés au manque d'hygiène (eau courante, évacuation des eaux sales déficients) et qui sont aussi des lieux de l'insécurité.
    • Ces territoires sont aussi des lieux de construction d'autres identités et d'autres urbanités. Ils apparaissent pour certains chercheurs comme une synthèse ou un passage entre le monde rural (par le rôle des communautés, des traditions, des langues, des solidarités villageoises) et le monde urbain (par l'habitat, les emplois, les nouvelles habitudes, la consommation, les mobilités quotidiennes ou les mobilités sociales). Ce sont des quartiers du mouvement permanent.
    • Entre 65 et 93 millions de personnes habitent dans les bidonvilles indiens en 2011. Mumbay et Dehli, les deux villes qui accueillent le plus de bidonvilles (slums) au monde, notamment avec Dharavi, 600 000 habitants sur 2 km². Pour ce dernier, comme pour les autres grands bidonvilles, on parle désormais de « mega-bidonvilles ». Selon Mike Davies (Planet of slums, 2008), 94 % de la population des villes vit sur ¼ du territoire urbain.
    • Là encore, une grande diversité marque ces territoires :
      • dans leurs noms : Juggi-Jhopri à Delhi, Zopadpati à Bombay, Basties à Calcutta, Cherries au Tamil Nadu et au Kerala, ...
      • par leur taille
      • par leur statut légal : Le recensement de 2011 sépare en effet : les « Informal settlements » (quartiers illégaux, non reconnus par le gouvernement), les « Slum designated areas » (les bidonvilles reconnus par le gouvernement) et les « Resettlement colonies » (des quartiers réhabilités par le gouvernement).
    • L'Etat est encore une fois un acteur important de la gestion de ces lieux de l'informel, ainsi que les municipalités. Dans années 1990-2000, le gouvernement reconnaît pour la première fois la problématique de la pauvreté urbaine, différenciée de la pauvreté rurale, avec la création de l'Urban Basic Service for the Poor (UBSP) et celle de la National Housing Policy (NHP) destinée à éradiquer l’habitat précaire (1992). Par la suite, en 2005, un autre programme est lancé, le Jawaharlal National Nehru Urban Renewal Mission. Il cherche à améliorer la qualité de vie et les infrastructures dans les villes pour créer des villes productives, efficaces et responsables en améliorant les infrastructures économiques et sociales, en particulier pour les plus pauvres (accès aux infrastructures de base, pourvoir un bail assuré à des prix abordables, amélioration des logements et de fournir aux pauvres urbains un logement près de leur lieu de travail). Ce programme a sélectionné trois types de villes : les méga-villes (comme Chennai ou Mumbai), les villes de plus d’un million d’habitants (ex. Agra ou Varanasi) et les villes de moins d’un millions (Chandigarh ou Mysore).
    • L'enjeu de la réduction de ces bidonvilles se heurte à plusieurs problèmes :
      • celui de l'accès aux terrains : il est très réduit dans les villes, et surtout dans les mégapoles ou les métropoles indiennes.
      • Celui de la construction de logements dans un pays où l'exode rural est relativement faible mais où la croissance urbaine (liée notamment à l'accroissement naturel) est rapide.
      • Celui de l'accès au logement pour les populations les plus pauvres qui n'ont pas forcément de compte en banque ou de revenus réguliers pour payer leur loyer.
      • Celui des mobilités : les transports en commun ou individuels restent soit trop chers soit bondés pour des populations qui travaillent en ville et n'ont pas les moyens (en temps ou en argent) de loger en périphérie.
      • Celui de l'absence de logements sociaux.

    CROQUIS bidonvilles à Mumbay

    Credit: Paul Smith/Panos (voir le site : https://oxfamblogs.org/fp2p/even-it-up-big-global-campaign-on-inequality-launched-today/#prettyPhoto)

    Credit: Paul Smith/Panos (voir le site : https://oxfamblogs.org/fp2p/even-it-up-big-global-campaign-on-inequality-launched-today/#prettyPhoto)

    3- Gérer l'immensité : un défi toujours important en Inde aujourd'hui

    Rappeler la problématique. (Malgré l'action de l’État, le poids des traditions reste fort et les disparités comme les inégalités poussent encore souvent les habitants de l'Inde vers l'exclusion. Ces différences restent difficiles à surmonter par le poids du nombre mais aussi par le poids de l'immensité et le poids de la variété du pays).

    a- Une variété régionale renforcée par l'émiettement administratif du pays.

    • Variété climatique et des milieux à la source de la diversité et des disparités régionales : l'Inde est marquée par l'immensité (3,288 millions de km², soit 6 fois la France ;
      • 1 600 km entre le nord du Cachemire et la pointe sud du Tamil Nadu, le cap Comorin ; 1 400 km entre l'extrême ouest, le golfe de Kuch et l'extrême est, les montagnes himalayennes de l'Arunachal Pradesh – le Kanchenjunga à 8 598 m.)
      • La présence d'îles tropicales (Andaman, Laquedives, Nicobar), isolées du continent, avec des langues et des coutumes particulières liées à cet éloignement.
      • L'existence de climats et de milieux naturels variés : montagnard sec au nord-ouest et montagnard humide voire très humide au nord-est, humides et tropicaux dans les îles et sur les littoraux, plus secs à l’intérieur, désertique au nord-ouest (désert de Thar)
      • Une mousson qui frappe le pays à différents moments (entre début juin et début août, du sud au nord)

     

    • Un État fédéral : de nombreux États …
      • L'Inde est un État fédéral qui compte 29 États et 7 territoires.
      • L'article 1 de la constitution de 1950 rappelle ce choix politique issu de l'indépendance : « L'Inde, c'est à dire Bharat est une Union d’États ».
      • Ces 29 États et 7 territoires sont marqués par leur grande diversité :
        • diversité de taille : 3 États de plus de 300 000 km² (la moitié de la France) : le Madhya Pradesh, le Maharashtra et le Rajasthan, mais aussi 9 États et les 7 territoires comptent moins de 50 000 km² (soit la taille de la nouvelle région Grand-Est) : les États du nord-est (sauf Assam), les îles et les villes-États comme Goa ou Pondichéry.
        • de population : Uttar Pradesh 166 M d'habitants / 5 États de moins de 500 000 habitants (Andaman, Nagar, Laquedives, Daman, Sikkim), et 6 autres entre 500 000 et 2 M d'habitants.
        • de richesse : trois États ont un PIB > 4 000 $/hab/an ( Delhi, Chandigarh et Goa), alors que la majorité est entre 1 500 et 2 000 $/hab/an, et que le Bihar ne produit que 545 $/hab/an. (chiffres de 2001)
        • de mode de gouvernement : des villes États, comme Delhi, Chandigarh ou Goa et des États très ruraux. Certains États sont communistes depuis plus de 50 ans (Kérala) alros que d'autres restent doiminés par le Parti du Congrès et que d'autres ont choisi le BJP ou des partis locaux.

     

    • . mais un émiettement fédéral qui se renforce :
      • Pour certains analystes, comme Jean-Luc RACINE (repris pas Jean-Christophe JAFFRELOT, L’Inde contemporaine, 2006), on assiste ces dernières années à « une balkanisation de l'Inde ». En effet, les revendications territoriales de groupes ethniques poussent à une division toujours plus forte de l'Inde (carte de l'Inde en 2040 par le magazine Outlook, 6 fevrier 2012, In Lucie DEJOUHANET, l'Inde, puissance en construction, La Documentation Francaise, janvier-fevrier 2016).
      • En effet, si l'Inde ne comptait que 16 États lors de son indépendance, elle en compte aujourd'hui 29, le dernier né, le Telangana ayant été créé en 2014.
      • Ce processus est fait officiellement pour donner plus de représentation aux minorités tribales, mais la création de ces nouveaux États apparaît plus comme une instrumentalisation de la revendication identitaire par des intérêts économiques et politiques d'une élite qui aspire a s'assurer une position dominante dans les nouvelles entités créées.
      • Ainsi, dans les territoires du Nord-est, la politique de reconnaissance des minorités tribales s'est accompagnée d'un processus de revendications autonomistes et territoriales : la frontière entre Assam et Nagaland est remise en question par des mouvements politiques Naga qui militent pour la création d'un « eastern nagaland ». En Assam, la minorité Bodo a obtenu la création d'un Conseil territorial du Bodoland en 2003, la minorité Gorkha a été reconnue dans le Bengale Oriental (création d'une Administration Territoriale du Gorkhaland en 2011).

    CROQUIS Etats en Inde

    b- Relier les indiens entre eux, un projet majeur

    • Cette immensité du pays est une des sources des disparités régionales.
    • Enjeu des transports en Inde :
      • Au delà de la redistribution des grains (riz et blés),un des enjeux majeurs de l'Inde actuelle pour gérer sa diversité, ses divisions et ses inégalités est bien de prendre en compte les distances et surtout les distances-temps à l'intérieur du pays. Ainsi, l'annexion du Sikkim par l'Inde en 1975 a été justifié par la sécurisation de l'axe de transport reliant la plaine du Gange aux « Seven sisters », les États du nord-est.
      • Le réseau de transport routier est dans un état déplorable :
        • 40 % des 750 000 villages indiens ne sont pas desservis par des routes ouvertes toute l’année.
        • 3,3 millions de kilomètres de routes, ce qui représente le troisième réseau routier au monde mais 55 % des routes ne disposent pas de revêtement.
        • Les autoroutes nationales concentrent 40 % du trafic alors qu’elles ne couvrent que 2 % du réseau.
        • Les transporteurs souffrent de la mauvaise qualité du réseau (3 à 4 jours pour relier Delhi à Mumbai) et les accidents sont très nombreux (presque 150 000 morts par an).
        • Pourtant, les routes indiennes accueillent près de 90 % du transport de passagers et 60 % du transport de fret. La situation est d'autant plus préoccupante que le nombre de véhicules augmente très rapidement. Il a ainsi doublé entre 1995 et 2001, passant de 27,5 millions à 54 millions.
      • Le réseau de chemins de fer indiens est le plus long (63 000 km) et l’un des plus chargés au monde (890 millions de tonnes de marchandises ; 7,2 milliards de passagers transportés en 2009-2010).
        • La vétusté des infrastructures (gares, terminaux de fret, voies) et l’insuffisance des matériels roulants ont pour conséquence des vitesses moyennes inférieures à 30 km/h pour le fret, un défaut de sécurité (plus de 150 accidents/an) et la congestion d’un grand nombre de lignes.
        • Malgré cela, le transport ferroviaire est en expansion, mais l’exploitation est déficitaire suite à la hausse du prix des carburants, l’augmentation des salaires et surtout les pertes d’exploitation dans le transport des personnes (les tarifs passagers sont maintenus bas pour des raisons politiques et sociales).

    CROQUIS axes de communication en Inde

    • Enjeu de la modernisation des axes de transport :
      • La modernisation des axes de communication est présentée comme un objectif de développement économique destiné à insérer les territoires indiens dans la mondialisation. Cela va certainement permettre de mieux relier les métropoles entre elles, mais cela risque aussi d'augmenter les contrastes (ou disparités et inégalités) entre régions et entre villes et campagnes.
      • Le National Highways Development Project (construction/modernisation de 50 000 km d’autoroutes sur la période 1999-2015).
      • Les autorités ferroviaires se sont dotées d’une stratégie à l’horizon 2020, dont le projet principal est la création de deux couloirs de fret dédiés (3 300 km) entre Delhi et Mumbai à l’ouest et entre Ludhiana et Dankuni à l’est pour améliorer la compétitivité du fret et désengorger les lignes existantes. L’aide japonaise apportera 80% du financement de la ligne ouest qui sera l’infrastructure structurante du projet d’aménagement « Delhi-Mumbai Industrial Corridor », corridor industriel gigantesque (1 500 km de long, 200 km de large, 7 villes nouvelles, 90 milliards d'euros d’investissements envisagés). De plus, 4 lignes à grande vitesse sont envisagées à l'horizon 2020, mais il y a peu de chance que ces projets aboutissent à cette date.

     

    • Relier par la démocratie : résorber les violences internes
      • Malgré le fait que l'Inde soit une démocratie, les violences inter-communautaires sont assez nombreuses en Inde :
        • violences contre les musulmans, au cœur de la politique actuelle du BJP et de la relation entre l'Inde et le Pakistan, notamment autour du Cachemire, mais aussi de la gestion interne par les Indiens de ces 160 millions de musulmans. Les attentats de novembre 2008 (188 morts à Mumbai), par des extrémistes musulmans n'a fait que raviver les tensions.
        • violences entre classes (notamment les « basses castes » et les « autres classes arriérées »). Une des raisons de ces violences serait la discrimination positive, vue comme un frein au développement et à l'enrichissement des plus pauvres des non dalit.
      • De même, les violences contre les femmes (viols, dots, mariages arrangés, …) représentent un enjeu politique fort depuis 2011.
    • La rébellion naxalite : Croquis les États touchés par la rébellion naxalite en 2014.
      • C'est un mouvement de défense des intérêts des groupes socio-économiques les plus défavorisés de type guérilla maoïste qui existe depuis 1967. Son but est de redistribuer les terres plus équitablement et de lutter contre les élites au pouvoir considérées comme corrompues et défendant leurs propres intérêts au dépens des intérêts du peuple. Au delà du programme politique communiste, cette guérilla repose aussi sur des revendications religieuses entre des castes défavorisées et des tribus d'une part et des castes supérieures d'autre part. Le conflit se déroule principalement dans les zones rurales sous forme d'embuscades, destruction de routes, chemin de fer, lignes téléphoniques, usines, … Il est localisé dans les états de l''est de l'Inde, une zone surnommée parfois « le corridor rouge ».
      • Le mouvement a pris un second essor dans les années 1990-2000 lorsque l'ouverture économique de l'Inde s'est accompagnée de projets de développement liés à l'exploitation de richesses naturelles (mines, forêts) situées sur des territoires tribaux. Face aux pertes de terres et aux déplacements forcés imposés par les autorités au nom du développement économique et sous pression de multinationales, le mouvement a repris de l'ampleur autour du Parti Communiste Indien_maoïste (CPI-Maoist) face à l'armée, la police et des milices privées formées par des grands propriétaires fonciers (opération Green hunt en 2009, + de 50 000 paramilitaires).
      • Les États du Jharkhand, du Chhatisgharh et de l'Orissa sont les plus touchés, et dans une moindre mesure ceux de l'Andhra-Pradesh, du Madhya Pradesh, du Bihar et le Telengana. Ces violences ont fait des milliers de morts (entre 600 et 1 200 par an entre 2002 et 2011) et de déplacés.
    • D'autres violences internes menacent l'unité du pays. La principale insurrection concerne le peuple naga, peuple de 2 millions de personnes de langue tibéto-birmane. Elle a commencé dès l'indépendance dans l’État d'Assam et a abouti à la création d'un État naga (le Nagaland) en 1963. Cependant, la création de cet État et de ces frontières n'a pas réglé la perception négative de nombreux groupes naga situés hors de l’État et qui revendiquent soit leur intégration dans cet état (et non plus leur appartenance à l’État d'Assam), soit la création d'un nouvel État (le Nagaland occidental). Certains demandent aussi la création d'un État naga indépendant, plus large que le Nagaland actuel. Depuis 1955 l'armée indienne est présente massivement dans la région. Un cessez-le-feu a été signé en 1997. L'objectif pour le gouvernement indien est bien sûr de renforcer la cohésion nationale et la frontière du Nord-est, une zone convoitée par le voisin chinois.

     

    • Les frontières, zones de protection / les zones protégées, nouvelles frontières ?
      • Exemple du Sikkim ou de l'Assam, des franges himalayennes en général mais aussi les îles Nicobar et Andaman, régions de concentration des parcs naturels pour protéger la nature et développer un tourisme associant protection de la nature et découverte de modes de vies différents.
      • Au contraire, les zones tribales, frontières intérieures également sont aussi des zones protégées pour leur nature ou leur biodiversité, même si elles peuvent être aussi l'enjeu de convoitises de la part d'entreprises, exemple de l’État d'Odisha mais aussi du parc urbain de Sanjay Gandhi (SGNP) à Mumbai, qui abrite (en 2011) 1 795 familles d’Adivasis réparties dans 43 padas disséminés principalement en bordure du Parc. L’urbanisation qui n’a cessé de progresser vers le nord de la ville a abouti à un encerclement des terres qui se trouvent aujourd’hui sous statut protégé et sous la pression urbaine.

    d- Gérer le secteur informel

    • Le poids du secteur informel dans l'économie indienne reste un défi pour lutter contres les discriminations et les inégalités.
    • Hors agriculture, le secteur « non organisé » assure 80 % des emplois non agricoles et 99 % des emplois agricoles (soit près de 400 M de personnes en Inde), mais aussi 45 % de la production du pays. .Cet écart entre ces deux chiffres est lié à la faible productivité du secteur informel. Dans l'industrie, cette productivité est estimée à un dixième de celle du secteur organisé.
    • Selon Christophe JAFFRELOT, la libéralisation économique décidée par l’État a été un des moteur de l'augmentation du nombre d'emplois non déclarés en Inde depuis 30 ans. Celui-ci a mis en place en 2004 la National Commission for Enterprises in the Unorganized Sector (NCEUS) chargée d’étudier l’état du secteur informel au pays et les législations s’y rapportant. Un rapport de la NCEUS de 2007 montrait que 36 % de ces individus recevraient un salaire, alors que 64 % seraient considérés comme travailleurs autonomes (souvent dans le cadre d'une entreprise familiale intégrée dans un réseau de sous-traitance). Selon les estimations du NCEUS, le travail informel contribuerait à 60 % du PIB indien, ainsi qu’à 40 % des exportations du pays.
    • Ce travail informel touche en priorité des personnes illettrées, des femmes mais aussi des enfants malgré l'interdiction qui est faite de travailler avant l'âge de 14 ans.
    • La lutte contre les fraudes et le secteur informel : l’État tente de faire changer les mentalités et d'intégrer le plus possible cette économie informelle dans le secteur formel, mais cela reste difficile. La mesure la plus récente et la plus spectaculaire (ou médiatisée) a été la démonétisation brutale des billets de 500 et de 1 000 roupies en novembre 2016.
    • Enfin, on peut aussi noter le rôle des organismes de micro-finance (principalement des PNG) qui permet à une partie non négligeable de la population d'accéder au crédit bancaire, notamment les femmes. Le système dit du self help group (SHG) créé dans les années 1990 permet depuis les années 2006-2007 de prêter des petites sommes à plus d'un million de groupe par an. Des banques privées spécialisées dans le microcrédit, comme SKS y jouent aussi un rôle majeur. Si l'accès au crédit permet souvent de sortir de la précarité, il ne règle pas tous les problèmes et peut même créer des risques de surendettement lors de crises ou d'échecs.

    4- La conclusion :

    • Réponse à la problématique :
      • Les choix politiques de l’État indien depuis une vingtaine d'années (libéralisation et ouverture économique) ou depuis plus longtemps (volonté de réduire la pauvreté) parviennent en partie à réduire les fractures fortes qui marquent la société indienne. Cependant, on peut s'inquiéter des violences inter-religieuses. 
    • Ouverture (sur un sujet proche, sur un autre territoire marqué par les mêmes logiques, sur le même territoire marqué par des logiques complémentaires)
      • La diaspora, facteur d'unité ? Par ses remises (= une aide au développement familial), par les représentations qu'elle porte sur l'Inde, par son unification de fait de l'hindouisme, …
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