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Geobunnik

Le blog d'un enseignant qui prépare au CAPES et au CRPE en géographie à l'ESPE de Corse à Ajaccio et Corte.

Les économies de l'Inde

Publié le 25 Juin 2017 par geobunnik in L'Union Indienne

Introduction :

Comment dépasser le regard préconçu que l'on peut avoir de l'Inde et de son économie ? Comment ne pas limiter l'étude de l'économie indienne à la remarque d'Amartya Sen qui déclare en 2013 que l'Inde tend à devenir « en partie Californie, en partie Afrique subsaharienne » ? Une définition qui utilise une partie de la définition de l'émergence économique d'un pays.

La difficulté d'un sujet / cours sur l'économie indienne est de décentrer notre regard, de le désoccidentaliser pour chercher en Inde les explications des structures, des dynamismes et des enjeux de son économie. Ainsi, il faut dépasser la lecture trop simple de l'émergence (concept occidentalo-centré), de la tertiarisation de l'économie ou encore des inégalités pour chercher dans les conséquences spatiales une problématique propre à l'économie indienne. Il faut donc étudier l'Inde non plus à partir de nos clichés (pauvreté, émergence, …) mais à partir des réalités indiennes, plus complexes que nos représentations initiales. De plus, il faut aussi prendre en compte un élément important de l'économie d'un pays comme l'Union indienne, celui de l'importance du secteur informel qui regrouperait environ 90 % des emplois de l'Inde (75 % si on exclut l'agriculture) mais seulement la moitié du PIB, sa productivité étant très faible. Ce secteur est connecté au secteur formel, il put être considéré comme un tampon entre le travail et le chômage.

Ainsi, on peut axer la problématique autour du rôle de l’État dans les choix économiques opérés en Inde depuis 25 ans et de leurs conséquences économiques et spatiales à plusieurs échelles.

On peut aussi se demander comment ce géant démographique et économique arrive à surmonter les difficultés liées au nombre, aux fractures démographiques ou sociales ou encore aux enjeux écologiques (trop peu pris en compte actuellement).

De même, on peut se demander s'il existe un modèle économique indien qui dépasse les logiques du développement (ou plutôt du sous-développement - une lecture qui date des années 1970-1980 et qui s'arrête à deux éléments majeurs, l'économie et le social) ou du développement durable (lecture des années 2000 qui englobe en plus de l'économie et du social les éléments naturels). Sur quoi repose alors ce modèle indien ? Quels sont les dynamiques propres à l'Inde ? Il ne faut pas s'arrêter à la révolution verte et à ses effets ni à l'ouverture maîtrisée de l'économie indienne mais il faut aussi intégrer dans cette étude les enjeux fonciers, politiques, sociaux (notamment autour des castes ou des jati), culturels (religieux) de l'Inde.

 

Voilà pourquoi, pour ce cours, je demande si l'ouverture récente de l'économie indienne sur le monde (un choix politique qui date de 1991) a transformé la géographie de l'économie du pays.

 

Pour cela, après avoir rappelé la définition de l'émergence, nous verrons :

1- Des changements anciens toujours visibles : la voie indienne du développement.

  1. Le rôle central de l’État dans l'économie indienne
  2. La Révolution verte
  3. L'importance des géants nationaux
  4. Le poids richesses naturelles dans l'économie indienne

2- L'enjeu du développement économique au cœur des préoccupations politiques et économiques

  1. Comment résorber la pauvreté ?
  2. Gérer le poids de la paysannerie.
  3. Un développement des inégalités et de la classe moyenne

3- L'ouverture économique

  1. Un processus qui a permis une forte croissance économique
  2. La mise en place d'un nouveau système productif
  3. Le développement des services : un enjeu national et au cœur de la mondialisation

4- Une polarisation de l'espace économique indien

  1. une métropolisation de l'économie : la libéralisation qui a peu changé les localisations industrielles
  2. des ports peu insérés dans les circuits mondiaux
  3. des corridors de développement au cœur des projets politiques
  4. Croquis de synthèse par les étudiant(e)s.

 

L'émergence : rappels.

Dans La géopolitique des pays émergents, PUF, mars 2012, Sylvia DELANNOY rappelle que la classification des pays émergents a permis de rassurer les occidentaux. Le terme est utilisé la première fois par un économiste de la Banque mondiale (Antoine VAN AGTMAËL) en 1981. Il est alors peu employé jusqu'aux années 2000 (sauf dans la finance) et c'est en 2001 qu’apparaît l’acronyme de BRIC pour qualifier un groupe de pays à suivre de près.

Le critère principal retenu est celui de la croissance économique : une croissance forte et longue. Mais ces pays ont aussi caractérisés par :

  • une forte attraction pour les investisseurs étrangers (les IDE) ;
  • une stabilité politique ;
  • une libéralisation économique dans les années 1985-1995 (« consensus de Washington ») ; Noter que la plupart des pays ont entrepris une libéralisation sous la pression des créanciers occidentaux (FMI, Banque Mondiale) après une crise économique ou de la dette, à l'exception de la Chine dont les réformes ont été internes.
  • un décollage tardif mais qui menace aujourd'hui la suprématie des pays du nord.

Si on y regarde de plus près, ces critères permettent de déterminer un stade précédent celui de pays développé (nous, nord) ; l'émergence reste donc cantonnée dans un discours sur le développement et donc sur le sous-développement, qui veut que chaque pays suive une voie identique : un mode de vie occidental, un système politique occidental, une croissance qui copie le modèle occidental : copier, puis innover (tiens, les innovations)

 

Les pays appelés émergents aujourd'hui semblent rattraper un retard économique et démographique qui s'est creusé à partir du XIX° siècle (relire les travaux de Christian GRATALOUP sur la géohistoire de la mondialisation). Les raisons de ce recul relatif sont connues :

  • Des pays mis sous tutelle par des traités inégaux : la Chine après les guerres de l'opium (1839-42 ; 1856) et les défaites face au Japon ; mais aussi le Siam (Thaïlande ou l'empire Ottoman au XIX° siècle).
  • Des pays colonisés : l'Inde, l'Indochine, l’Égypte, qui ont vu leur économie se transformer pour l'exportation de biens primaires (miniers ou agricoles).
  1. Des pays sous une influence néocoloniale en Amérique latine sous pression d'accords douaniers inégaux (Brésil – Angleterre 1810 ; très faibles tarifs douaniers).

Ce qui relie les émergents :

  1. Les pays émergents sont des pays qui bouleversent l'équilibre mondial ; par leur poids démographique, par leur évolution économique ou parleur évolution politique, ce groupe (qui se vit lui aussi comme tel) change les règles du jeu.

  • Ces pays deviennent des concurrents sérieux dans les pays du sud : La Chine, par son jeu diplomatico-économique influence les choix des pays riches en devenant un partenaire pour les pays du sud, un partenaire qui leur offre du « gagnant-gagnant » et non plus un paternalisme et des leçons de démocratie. L'Inde avec ses capacités informatiques, médicales ou pharmaceutiques (médicaments génériques) apparaît aussi comme un partenaire nouveau pour les pays du sud. Le Brésil quant à lui joue aussi le jeu d'une puissance douce.
  • Ces trois modèles mettent à mal le jeu des grandes puissances également au niveau mondial, puisqu'elles demandent et obtiennent des pouvoirs décisionnels nouveaux, comme leur participation a G20 depuis 2008.
  1. Des pays à la croissance rapide en même temps (idée d'un « take off » collectif) : La place des BRICS dans l'économie mondiale croît fortement : 16 % du PIB mondial en 2001, 27 % en 2011 et peut-être 40 % en 2025 (selon l'agence Bloomberg, Le Figaro du 29 mars 2012).

  • Le PIB de la Chine est passé de 485 millions de $ en 1991 à 953 millions en 1997 puis 1,7 milliards en 2004 et 3,5 milliards de $ en 2011 : un doublement tous les 7 ans et un PIB x8 en 20 ans.
  • Durant la même période, le PIB de l'Inde a été multiplié par 7 (267 millions de $ à 1,7 milliards de $).
  • Celui du Brésil par 5 ; celui de la Russie par 3 ; celui de l'Afrique du sud par 3 (120 à 360 millions de $)
  • PS : pendant ce temps, le PIB de la France, de l'Allemagne sont x 2, celui du Japon x 1,5 et celui des EU x 2,25 (de 6 à 14,5 milliards de $).
  1. Des pays qui peuvent avoir des sous-sols très riches : Brésil (pétrole, minerais), Afrique du sud (minerais, diamants, platine, …), Russie (hydrocarbures, minerais, charbon, …) Inde et Chine (qui couvrent leurs besoins mais qui doivent quand même importer des hydrocarbures)

  2. Des pays exportateurs : ça découle du point précédent, mais il faut y ajouter les exportations industrielles ou manufacturées. Conséquence : ils ont des liquidités (excédents commerciaux : la Chine possède 1/3 des réserves de change mondiales, les émergents 2/3 des réserves de devises mondiales), des entreprises de plus en plus puissantes (surnommées les « global chalengers »). Si puissantes qu'elles peuvent même investir au nord : Tata achète Tetley (thé) en 2000, puis Jaguar et Land Rover en 2008, Mittal achète Arcelor en 2006.

  3. Des puissances régionales : Ces pays investissent aussi beaucoup dans les budgets de la défense (on peut penser à la Chine, avec ses essais spatiaux, à sa marine, au collier de perles, à l'Inde et ses essais spatiaux, ses sous-marins (français), son porte avion(russe), à la Russie bien sûr, à la Turquie, l'Indonésie (qui a doublé son budget). Exceptions : le Brésil, le Mexique.

  4. L'importance de l’État comme acteur politique et économique : bien souvent, il n'y pas de remise en cause de l’État qui peut être autoritaire (Chine, Russie) ou bien installé. Qu'on soit en dictature ou en démocratie, les autorités ont un regard très négatif sur le concept d'ingérence.

  5. Des pays en voie d'occidentalisation ? Reste à savoir quels valeurs on place derrière le terme d'occident. Pour Fernand BRAUDEL, la première référence est le capitalisme. Mais on peut y ajouter l'individualisme, le christianisme, la démocratie. Mais on peut facilement réfuter cette idée par la résistance des nationalismes et surtout du maintien voire du renforcement des cultures nationales.

De plus, si on veut étudier les émergents en géographie, il faut avoir une lecture géographique :

  • comprendre les mécanismes à plusieurs échelles (monde, région du monde, État, infra-étatique, local)
  • comprendre les jeux d'acteurs (l’État, toujours présent, les grandes entreprises nationales ou mondiales, les PME, les habitants) ;
  • comprendre les logiques spatiales qui découlent des deux points précédents (polarisation, littoralisation, mise en réseau, aménagement des territoires) ;

1- Des changements anciens toujours visibles : la voie indienne du développement.

a- Le rôle central de l’État dans l'économie indienne

  • Les plans quinquennaux : 
    • Depuis l'Indépendance du pays, les gouvernements successifs se sont appuyés sur des plans quinquennaux pour organiser l'économie de l'Inde. Les dirigeants veulent remodeler l'espace industriel indien pour tenter d'atténuer les effets de la colonisation : la place des comptoirs est jugée excessive, il faut donc rééquilibrer le développement au profit des territoires peu accessibles par les voies ferrées et mal reliés à ces pôles portuaires (Kolkata, Mumbai, Chennai). De plus, les dirigeants cherchent à proposer un modèle de développement indien, séparé du modèle occidental capitaliste et du modèle soviétique. L'objectif est de proposer un socialisme à l'indienne basé sur l'importance du secteur public (en 1980, ce secteur représente 84% du secteur minier, 88 % de l'énergie, 100 % des transports, 81 % des banques).
    • Trois temps de stratégie d'industrialisation se succèdent, reposant sur le même présupposé théorique selon lequel le développement industriel de l'Inde doit reposer sur les petites entreprises industrielles les petites industries, bien que faiblement productive dégageraient une épargne suffisante pour acquérir des biens d'équipement des grandes entreprises, permettant alors le développement des grandes entreprises. L’État intervient selon deux axes :
      • d'une part un cadre administratif et institutionnel favorable,
      • d'autre part des outils de promotion et de protection. Cette protection se fait d'abord à l'échelle nationale (protectionnisme jusqu'au début des années 1990) mais aussi par des limitations envers les grandes entreprises : certains marchés sont exclusivement réservés aux petites entreprises, spécifiquement les entreprises non exportatrices (47 articles en 1967 – 200 articles en 1977 et même 800 entre 1977 et 1979 durant le temps du gouvernement Janata, d'inspiration gandhienne). C'est le système du 'commanding height'.
    • Ainsi, ces trois temps ont été :
      • Un premier temps (années 1950-1960) voit deux propositions se confronter dans des objectifs déclarés de développement (ou de sortie du sou-développement) : les héritiers du Mahatma Gandhi veulent baser le développement de l'Inde sur l'autonomie villageoise, un développement par le secteur agricole en priorité mais aussi sur des petits industries villageoises. Face à cette vision, Nehru propose une approche centralisatrice et moderniste basée sur des grands secteurs industriels développés autour de pôles de croissance spécialisés et complémentaires. Dans les deux cas, l’État est très présent pour agir et a une vision protectionniste. Il espère des créations d’emplois, une mobilisation de capitaux et de savoir-faire, une dispersion régionale des activités industrielles, et une production de biens de consommation bon marché. On est dans une logique de substitution des importations associée à un développement de l'agriculture.
      • Dans un deuxième temps (années 1960-70), l’État – toujours protectionniste – cherche à développer les petites manufactures rurales pour permettre le développement local. L'objectif prioritaire des plans quinquennaux est alors l’autosuffisance alimentaire, associé à un objectif plus large de développement rural. L'objectif final est de permettre un développement égal sur tout le territoire indien. Pourtant, si la croissance du PIB est de 3,5 % par an entre les années 1950 et le début des années 1980, alors que la croissance démographique est de 2,2 %, cela ne permet pas d’endiguer la pauvreté. Malgré ce protectionnisme, quelques zones franches sont ouvertes, sans grand succès, autour des grandes villes du pays (Delhi, Chennai, …)
      • Un troisième temps, à partir du début des années 1980 prend acte des différences spatiales et de la spécialisation territoriale, donc des inégalités dans le cadre national puis (après l'ouverture de 1991, suite à une crise financière qui a poussé l'Inde à recourir à l'aide du FMI) dans le cadre mondial libéral.

 

  • L’État intervient aussi dans la redistribution des grains depuis longtemps : 
    • Le système est né, pour sa partie « distribution subventionnée », pendant la seconde guerre mondiale à Bombay et Calcutta. Il a progressivement été étendu à toutes les grandes villes de l’Inde, puis à toutes les petites villes et campagnes. Par les ventes des agriculteurs à l’État, le Penjab (bien avant les débuts de la « Révolution verte ») nourrit une bonne partie de l’Inde en blé, mais aussi en riz. Pour na pas que les population ne meurent de faim, le nouvel État indien importe des grains des États-Unis. L'enjeu est donc la redistribution de ces stocks et la lutte contre la pauvreté.
    • Depuis le succès de la Révolution verte (en 1977 l'Inde devient autosuffisante en grain dès 1977), la Food Corporation of India (FCI), créée en 1965 lors du lancement de la révolution verte, achète leurs grains aux agriculteurs, du moins pour ceux qui le souhaitent, à un prix relativement rémunérateur (même si le plus souvent inférieur au cours mondial). Le PDS (Public Distribution System, ou Système de Distribution Public) intègre donc un volet productiviste qu’il a gardé jusqu’à aujourd’hui.
    • L'objectif est à priori simple : il s’agit d’approvisionner toutes les régions de l’Inde, y compris celles qui sont trop éloignées des circuits commerciaux et qui ne pourraient pas bénéficier de la distribution d’argent faute de grain disponible sur les marchés.
    • Cette redistribution se fait à deux échelles ; d'une part l’État fédéral organise la distribution dans tout le pays, d'autre part chaque État organise aussi la distribution de blé ou de riz.
    • L’État a mis en place le PDS, qui gère encore en 1999-2000 12 % des achats de blé et de riz pour les ménages ruraux et 10 % pour les ménages urbain. Un système long et lent parfois : Certains trains circulent ainsi sur 3 000 km, du Penjab au Kerala, selon des itinéraires rendus complexes par la saturation saisonnière des infrastructures de transport. (Frédéric LANDY, Représentation du territoire national et circulation des grains : le Système de distribution publique indien », Annales de géographie 2011/1 (n°677), p. 27). 
    • De leur côté, les États ont mis en place des systèmes complémentaires. L'Andhra Pradesh, mais aussi le Tamil Nadu ou le Kerala, ont tenu à avoir leurs propres stocks, leurs propres politiques alimentaires :
      • ils peuvent acheter aux-même certaines productions,
      • ils ajoutent parfois un bonus pour espérer obtenir la paix sociale dans les campagnes,
      • ils peuvent gérer des stock publics à leur échelle (comme au Tamil Nadu),
      • ils peuvent enfin établir deux listes de ménages aidés : des ménages situés sous le seuil de pauvreté (11 roupies par personne et par jour, soit 0,20 € à la campagne et 19 roupies/personne/jour, soit 0,30€ en ville) et des ménages un peu moins pauvres.
    • Ce système n'est pas monolithique : il a été progressivement diminué pour tenter de s'adapter au marché. Lors de phases de surproduction, les stock sont revendus (à perte souvent) sur le marché mondial. Mais il arrive que la production soit insuffisante, il faut alors importer du blé … au prix du marché mondial (supérieur au prix indien). Le système reste donc coûteux, mais ce coût est de moins en moins supporté par l’État fédéral et de plus en plus par les états. De même, depuis 1997, un autre système a été lancé : le Decentralised Procurement dans lequel l’État fédéral encourage les États fédérés à constituer leurs propres stocks et à organiser un mini système de redistribution à l’échelle de l’État provincial. Le principe reste le même : les régions de surplus produisent pour les régions déficitaires. Désormais, entre un quart et un tiers du grain ne circule plus à l’échelle nationale, mais seulement à l’échelle des États. Ce système comporte évidemment des limites : si au Penjab il n’y a pas de zone déficitaire, au Bihar, à l’inverse, on trouve peu de zones excédentaires. Des transferts entre États voisins pourraient être intéressants, mais les États ont assez peu de relations les uns avec les autres.
    • Le PDS a une fonction productiviste : il permet de maintenir l’intensification des systèmes de culture en prévenant tout engorgement des marchés dans les régions de surproduction. Il a aussi une fonction sociale :
      • les agriculteurs sont les premiers à bénéficier du système, rarement comme vendeurs mais (pour 4/5 des agriculteurs) comme bénéficiaires de l'aide, leurs exploitation état souvent trop petites pour les nourrir.
      • Les pauvres sont très aidés en général à raison d'environ 900 grammes de grains par mois et par pers dans les villes.
    • Ce système est très critiqué pour plusieurs raisons :
      • Les régions les plus déficitaires sont aussi celles qui bénéficient le moins de l'aide … qui disparaît dans les méandres des circuits de distribution et de la corruption.
      • La gauche indienne estime que les ménages pauvres n'en bénéficient pas assez.
      • La droite indienne lui reproche aussi son coût et l'influence de ces aides sur le marché.
      • la principale étant les pertes en route à cause de la corruption. Ainsi, une étude a montré qu'en 1997, 31 % du riz, 36 % du blé, 23 % du sucre et 55 % de l'huile redistribués disparaissent avant d'être distribués !
      • Selon Frédéric LANDY, le système subsiste en grande parti (mais pas majoritairement) pour une raison politique : rappeler l'unité du territoire indien.

 

  • Une troisième intervention de l’État dans l'économie concerne les infrastructures de transport.
    • Le réseau de transport routier est dan un état déplorable (40 % des 750 000 villages indiens ne sont pas desservis par des routes ouvertes toute l’année). L'Inde dispose de 3,3 millions de kilomètres de routes, ce qui représente le troisième réseau routier au monde mais 55 % des routes ne disposent pas de revêtement. De plus, les autoroutes nationales concentrent 40 % du trafic alors qu’elles ne couvrent que 2 % du réseau. Les transporteurs souffrent de la mauvaise qualité du réseau (3 à 4 jours pour relier Delhi à Mumbai) et les accidents sont très nombreux (presque 150 000 morts par an). Pourtant, les routes indiennes accueillent près de 90 % du transport de passagers et 60 % du transport de fret. La situation est d'autant plus préoccupante que le nombre de véhicules augmente très rapidement. Il a ainsi doublé entre 1995 et 2001, passant de 27,5 millions à 54 millions. C’est pour cette raison que l'état indien s’est fixé des programmes ambitieux, dont le National Highways Development Project (construction/modernisation de 50 000 km d’autoroutes sur la période 1999-2015).
    • Les chemins de fer indiens, héritage britannique, disposent du réseau le plus long (63 000 km) et l’un des plus chargés au monde (890 millions de tonnes de marchandises ; 7,2 milliards de passagers transportés en 2009-2010). La vétusté des infrastructures (gares, terminaux de fret, voies) et l’insuffisance des matériels roulants ont pour conséquence des vitesses moyennes inférieures à 30 km/h pour le fret, un défaut de sécurité (plus de 150 accidents/an) et la congestion d’un grand nombre de lignes. Malgré cela, le transport ferroviaire est en expansion, mais l’exploitation est déficitaire suite à la hausse du prix des carburants, l’augmentation des salaires et surtout les pertes d’exploitation dans le transport des personnes (les tarifs passagers sont maintenus bas pour des raisons politiques et sociales). Les autorités ferroviaires se sont dotées d’une stratégie à l’horizon 2020, dont le projet principal est la création de deux couloirs de fret dédiés (3 300 km) entre Delhi et Mumbai à l’ouest et entre Ludhiana et Dankuni à l’est pour améliorer la compétitivité du fret et désengorger les lignes existantes. L’aide japonaise apportera 80% du financement de la ligne ouest qui sera l’infrastructure structurante du projet d’aménagement « Delhi-Mumbai Industrial Corridor », corridor industriel gigantesque (1 500 km de long, 200 km de large, 7 villes nouvelles, 90 milliards d'euros d’investissements envisagés). De plus, 4 lignes à grande vitesse sont envisagées à l'horizon 2020, mais il y a peu de chance que ces projets aboutissent à cette date.
    • Enfin, l’État indien gère 13 ports principaux (dont 12 « Port Trusts » sous tutelle nationale) alors que près de 200 ports secondaires sont gérés par les états. Par manque d’investissements, les ports sont engorgés, manquent de tirant d’eau et sont mal connectés aux autres modes de transport. 23 projets majeurs pour un montant cumulé de 2,5 milliards d'euros devaient être attribués en partenariat public-privé (PPP) en 2011 mais seul 1 projet a été attribué. Ces projets exigent des capitaux importants (70 % sont empruntés), or les banques indiennes prêtent peu à long terme.

Le manque d’infrastructures de transport coûterait de 1 à 2 points de PIB annuellement à l’Inde. De plus, les projets de développement des infrastructures de transport se heurte à l'accès au foncier.

 

Les économies de l'Inde

b- La Révolution verte

 

L'agriculture indienne reste fortement marquée par le choix des années 1965-66 de développer l'agriculture autour d'une « révolution verte ».

  • Objectifs :
    • La Révolution verte a eu pour but de réduire la dépendance agricole de l'Inde en augmentant les rendements par hectare dans un pays déjà rural où les terres à défricher sont rares et où les densités rurales sont déjà fortes. Elle est décidée au milieu des années 1960 après une tentative de réforme agraire et d’extension des terres agricoles (échec car peu de nouvelles terres sont exploitables, celles qui sont défrichées sont de mauvaise qualité, peu fertiles).
    • Le projet d'un développement économique rural et agricole permet aussi de proposer une troisième voie de développement face au capitalisme des États-Unis et de leurs alliés et au communisme de l'URSS et ses alliés. Cette politique est conduite sous la direction de l’État indien en même temps que la mise en place par son administration locale du développement de l’État indien. Elle permet aussi de réaliser trois objectifs de l'économie indienne depuis l'indépendance :
      • celui d'autosuffisance (self-reliance).
      • Celui de transformation d'une économie coloniale en économie permettant le développement du pays. Il reste des plantations de thé, de café, d'épices, de coton, de sucre ou de condiments destinées à l'exportation.
      • Celui de la lutte contre la pauvreté.

 

  • Réalisations : Ainsi, si les agriculteurs sont les principaux acteur de ce développement, l’État est aussi un acteur majeur de cette révolution verte :
    • par la réalisation de gigantesques barrages destinés à produire de l’électricité mais aussi à fournir de l'eau pour l'irrigation. Si 17 % des terres sont irriguées en 1951, 41 % le sont en 2000. 1/3 de ces terres sont irriguées par des canaux alimentés par ces barrages géants. Environ 60 % de l'eau des canaux d'irrigation provient de puits privés (motopompes électriques).
    • Par une intervention scientifique pour améliorer les semences par le choix de variétés à hauts rendements (VHR – de riz ou de blé – des semences mises au point au Mexique et aux Philippines) mais pas des hybrides, permettant ainsi aux paysans de garder une partie de leur récolte pour resemer sans avoir besoin d'acheter de nouvelles graines. L'Etat s'est réservé le monopole de la production des variétés à haut rendement jusqu'en 1988.
    • Par la construction d'usines d'engrais. L'Etat a garanti des prix élevés aux industries publiques ou privées et a subventionné l'achat des engrais pour les agriculteurs. Aujourd'hui, l'Inde est le troisième producteur et consommateur mondial d'engrais.
    • Par une politique d’incitation au crédit auprès des paysans pour mécaniser leur exploitation : mise en place de la NABARD en 1982 (National Bank for Agricultural and Rural Development).
    • Par la lise en place du PDS.
  • L'irrigation par ces canaux publics est particulièrement importante dans le Penjab (le cœur de la Révolution verte) et dans la vallée du Gange comme dans les deltas de l'est de l'Inde. Ailleurs, l'irrigation est issue de l'eau de réservoirs (dans les hautes terres du centre du pays) ou de puits (dans le nord-ouest du pays).

 

  • Les résultats sont impressionnants : 
    • L'Inde est devenu le deuxième producteur mondial de produits agricoles (voir tableau)
    • La production de céréales passe de 82 millions de tonnes en 1960 à 230 en 2009.
    • Ces dernières années, la production de blé s'envole : autour de 36 M de tonnes en 1980 à près de 95 M de tonnes en 2012-2014 faisant de l'Inde le deuxième plus gros producteur de blé au monde derrière la Chine (ou l'UE si on la prend comme un ensemble).
    • La production de blé est passée de 53 Mt en 1980 à 106,5 Mt en 2013.
    • La production de maïs est passée de 7 Mt en 1980 à 25 M t en 2013.
    • La production de protéagineux s'est envolée : 9 M t en 1980 → 33 M t en 2013 (arachide, colza, moutarde, …)
    • La production de sucre a doublé depuis 1980, celle de coton a été multipliée par 5, de lait par 3.
    • Le pays est devenu exportateur net de riz, d'épices, de thé.
    • Des changements récents, lié au développement économique global de l'Inde :
      • La 'révolution bleue' de la pêche (527 000 tonnes pêchées en 2005 → 1 468 000 tonnes en 2010 = + 180 % en 5 ans)
      • la 'révolution blanche' du lait qui repose sur des coopératives et une collecte dans des petites exploitations. Un processus né dans le Gujarat.

 

  • Les limites de la révolution verte : 
    • Une révolution verte limitée dans l'espace : Le cœur de la révolution verte est le Penjab, elle a ensuite été diffusée dans la vallée du Gange et dans les deltas du Bengale et les littoraux. Elle ne touche ni les région s montagneuses du nord du pays ni les plateaux centraux (Deccan).
    • La pauvreté et la malnutrition restent importantes dans les campagnes indiennes :
      • 60 % de la population a des déficits en protéines.
      • 50 % de la population a des déficit en lipides ;
      • 60 % de la population a des déficit en calories, dont la moitié des ruraux ;
    • Les conséquences sociales sont aussi importantes : l'écart ne cesse de se creuser entre les petits paysans (80 % des paysans cultivent moins de 2 ha, ¼ d'entre eux estime que leur exploitation n'est pas rentable – étude de 2005) et les grands propriétaires terriens qui ont les moyens d'investir et ont accès au crédit.
    • De même, à l'échelle du pays, des écarts se son creusés entre les régions agricoles riches (comme le Penjab) et les régions agricoles pauvres : le taux de croissance annuel de la valeur de a production par hectare a été de 6,1 % au Penjab entre 1960 et 1987 mais seulement de 0,2 % au Bihar et en recul de 1 %en Orissa. Trois Inde agricoles apparaissent alors : les régions productrices de blé et de riz qui connaissent une forte croissance (et aujourd'hui des forts rendements) ; les régions rizicoles à croissance faible (Bengale) ; les régions centrales ou arides où sont produites des céréales à petits grains. Trois États (Penjab + Haryana + Uttar Pradesh) = 50 % des procurements de riz et 95 % des procurements de blé en 1999-2001 [procurement = production redistribuée par le PDS].
    • La révolution verte a nécessité des investissements important de la part des paysans, provoquant parfois un surendettement lui même étant la cause de nombreux suicides (autour de 13 – 15 000 par an à l'échelle de l'Inde, soit 1/6 des suicides du pays, principalement dans le sud de l'Inde). Une situation préoccupante pour les petits paysans qui font rarement appel à des banques mais plutôt à des usuriers qui prêtent à des taux pouvant atteindre 100 ou 200 %.
    • Les rendements agricoles des régions qui ont connu la révolution verte (notamment le Penjab) stagnent, entraînant des investissements toujours plus lourds de la part des agriculteurs qui ont l'espoir d'augmenter encore leurs production pour rembourser leurs crédits.
    • La production reste dépendante :
      • De la main d’œuvre : la mécanisation des exploitations reste faible (40 % des exploitations sont mécanisées, contre 90 % dans les pays occidentaux)
      • Des investissements de l’État qui ont tendance à diminuer.
      • du climat et du cycle des moussons : les mauvaises récoltes de 1965-1971-1991 et 2009 sont directement liées à une mauvaise mousson.
      • Des soucis de transport de marchandises, notamment pour les fruit dont on estime que seulement 20 % sont commercialisés, faute de transport rapide et de qualité ou faute de transformation.
    • La hausse de la production s'est faite au détriment de céréales traditionnelles ou moins riches (sorgho notamment mais aussi légumineuses) dans un pays où la population est majoritairement végétarienne et a besoin de ces apports fournis par les légumineuses notamment. A noter que les production ont plutôt stagné ces dernières années (après de fortes hausses) alors que la population augmentait et que la surface occupée par ces cultures diminuait fortement.
    • Des conséquences environnementales entraînant un épuisement progressif des rendements :
      • une surexploitation des nappes phréatiques entraînant des forages plus profonds, donc plus coûteux ;
      • une pollution des sols et de l'eau par les engrais ;
      • une salinisation des sols dans les zones où l'irrigation a été trop forcée ; On estime qu'en Inde, la salinisation des sols réduirait de 63 % le rendement du coton, de 4 5% celui du riz et de 40 % celui du blé.
      • Une baisse du niveau s nappes phréatiques de plus de 4 mètres dans 30 % des districts agricoles entre 1980 et 1998.
      • Une érosion des sols par l'eau et le vent liée au surpâturage ou à la déforestation.
      • Une baisse de la diversité génétique liée à une monoculture de certaines variétés de plantes (blé, riz, …).
    • La construction de nouveaux barrages pour augmenter l'irrigation se fait de plus en plus difficilement, voire violemment, comme pour le barrage sur la Narmada (40 000 à 170 000 familles affectées selon les sources) ou les barrages sur l'Indus qui créent des tensions supplémentaires avec le Pakistan.

 

  • Une agriculture et des campagnes qui ne sont pas limitées à la Révolution verte : On ne peut pas limiter l'agriculture indienne à la révolution verte. L'agriculture représente 17 % du PIB indien et reste très diversifiée, en lien avec ses capacités naturelles et techniques. Ainsi, il existe cinq types de systèmes agricoles en Inde aujourd'hui : 
    • une agriculture irriguée de type « révolution verte » fondée sur le riz dans le Bengale mais aussi et surtout dans le nord-ouest sur le blé (considéré comme une culture de contre-saison en Inde) dans le Penjab, l'Haryana (juste au sud du Penjab) et les deltas du sud-est.
    • Les plantations du nord-est de l'Inde (thé, fruits, coton) et des Ghats (café)
    • la riziculture inondée dans les zones recevant plus de 1 200 mm. C'est de fait une agriculture pluviale car les agriculteurs se contentent de stocker les précipitations au moyen de petites digues limitant les champs (Bihar méridional, Madhya Pradesh, ...)
    • une agriculture sur brûlis plus ou moins itinérante nord-est (dans les montagnes de l'Himalaya, certaines parties des Ghâts, mais aussi dans certains hauts plateaux isolés).
    • des cultures pluviales permanentes entre 500 et 1 200 mm environ dans tout le centre de Inde (soit environ 1/3 du pays). Des cultures sans irrigation ni jachère autre que celle de saison sèche. Les moyens techniques restent rudimentaires (araire, faible traction animale). On y récolte des céréales que les Indiens nomment frustes (coarse) qui ont un rôle essentiel dans alimentation locale (comme le sorgho ou le mil et l'eleusine) auxquelles il faut ajouter des pois et oléagineux soit en culture dérobée soit en culture associée. Ce sont de ces régions que partent les travailleurs migrants circulaires (durant la saison sèche).

 

  • De même, l'agriculture peut rester une source de revenus importante dans certains états : dans le Penjab, l’agriculture contribue en 2010-11 à 24 % du PIB régional, tout comme au Madhya Pradesh (22,3 %), en Uttar Pradesh (21,7 %), en Assam (19,8 %) et au Bihar (19 %). Ces proportions sont plus basses au Maharashtra (6,5 %), au Tamil Nadu (7,4 %) et au Kerala (9,9 %). Si ces proportions sont en diminution constante dans pratiquement tous les États de l’Inde, la dépendance du secteur agricole pour l’emploi des ruraux demeure forte et décroît moins rapidement que la contribution du secteur agricole au PIB.

 

  • Enfin, une étude de l'agriculture en Inde doit prendre en compte un dernier élément, celui des luttes agraires qui secouent l'Inde depuis des décennies. 
    • Le soulèvement de Naxalbari, en 1967 au Bengale occidental, dont les maoïstes indiens tirent leur nom de « naxalites », est communément considéré comme le point de départ de la révolution maoïste en Inde.
    • L’agitation révolutionnaire maoïste se diffusa rapidement dans les états voisins (l’Andhra Pradesh, l’Orissa, le Bihar). Les révolutionnaires chassèrent ou assassinèrent des propriétaires des villages et installèrent des tribunaux populaires pour redistribuer les terres et rendre la justice, juger et condamner des fonctionnaires ou des policiers. Des programmes de mobilisation des paysans pauvres furent lancés.
    • La répression fut menée violemment dès les années 1970 par l’État ou par des forces paramilitaires privées financées par des propriétaires fonciers. Le mouvement se transforma alors en guérilla et essaima vers le centre du pays. Il se pose aujourd'hui comme le plus ardent défenseur des ressources naturelles (forêts, sous-sols), des paysans pauvres et des populations tribales (les adivasis, les 'premiers habitants' en hindi), notamment dans l'état du Jharkhand (littéralement « le pays des forêts ») qui produit 48 % du charbon, 40 % du fer, ou encore 48 %du bauxite de l'Inde et où les grandes firmes indiennes (comme Mittal ou Tata) ou des FTN comme Posco (Corée du Sud) ou Rio Tinto (Australie) tentent d'intervenir.

 

Les économies de l'Inde

On peut regrouper ces informations dans un croquis de synthèse qui reprend différents éléments :

  • des éléments naturels : reliefs, climat ;
  • des éléments humains : densités rurales, pauvreté, suicide, révoltes, ... ;
  • des éléments agricoles : les différentes cultures ;
  • des éléments politiques : les lieux de décision économique internes (Delhi, les capitales régionales) et externes (OMC)
  • des éléments économiques : les infrastructures de transport, les principaux barrages, les centres de consommation urbains (le marché), le marché mondial (importations et exportations régulières ou non).
  • Des éléments environnementaux : les zones polluées, les zones marquées par l'érosion des sols.

 

A partir de ces informations, il faut regrouper les infos, en faire une synthèse autour d'une problématique (le désengagement progressif de l’État) et en tirer un plan.

Les économies de l'Inde
Les économies de l'Inde

c- L'importance des géants nationaux

  • Les choix politiques et économiques du temps de l'indépendance marquent aussi le secteur industriel indien : les élites politique sont favorisé l'émergence de géants nationaux, des conglomérats toujours présents et toujours dominants, soit d'origine privée, soit issus des nationalisations. Le secteur productif (industriel représente aujourd'hui 17 % du PIB).
  • Dès le XIX° siècle, développement d'une industrie moderne et puissante en Inde dans quelques secteurs : textile puis sidérurgie (usine sidérurgique de Tata fondée en 1911), cimenterie, IAA (sucreries). Des industries le plus souvent fondée par des capitaux indiens (et quelquefois aussi britanniques, comme dans l'industrie du jute). C'est à ce moment que sont créées des groupes comme Tata ou Birla (industries lourdes, télécommunications, textile, ... )
  • Avec l'indépendance, le protectionnisme permet de réduire les importations de biens de consommation et de nombreux importateurs se mettent à produire. De plus, l’État investit aussi dans les industries lourdes dont la rentabilité se fait à long terme. L'évolution générale est celle d'une nationalisation progressive de l'économie dans les années 1970 qui aboutit à la nationalisation du secteur pétrolier, des banques et des assurances mais aussi au système surnommé de « licence permis Raj » qui garantit des commandes aux entreprises indiennes.
  • A partir des années 1980, le secteur public recule au profit du secteur privé, suite à une politique libérale de plus en plus assumée. Cependant, ce secteur public représente encore aujourd'hui environ 20 % de la valeur ajoutée des entreprises industrielles. Ce processus libéral s'accompagne aussi d'un mouvement de concentration économique fort : les grands groupes familiaux formés lors de l'indépendance sont rejoint par de nouveaux groupes familiaux plus agressifs, (Bharti, Relince, Pantaloon), des groupes étrangers (Suzuki, Hyundai dans l'automobile ; Hutch dans les télécommunications ; Lafarge dans le ciment ; …) ou encore des joint-ventures (Hero-Honda ; Toyota-Kirloskar, …).

 

  • La majorité de ces grands groupes reste encore de structure familiale même s'ils connaissent un processus de professionnalisation des cadres dirigeants, comme chez Tata où un seul membre de la famille Tata est au conseil d’administration. De plus, ils se basent aussi sur certaines communautés marchandes. Ces entreprises familiales anciennes sont surnommées « le club de Bombay » par les économistes.
    • Ces entreprises ont peu été touchées par la libéralisation de ces vingt dernières années. En effet, un des objectifs des gouvernements indiens est de compter deux ou trois groupes industriels parmi les 50 premiers mondiaux de chaque secteur e t de ne pas se laisser distancer par le voisin chinois.
    • Tous secteurs confondus, 20 firmes dépassent 10 milliards de dollars de capitalisation boursière, principalement das les matières premières et l'énergie (ONGC, entreprise publique : hydrocarbures ; Reliance Industries, premier fabricant mondial de polyester), la finance, les biens de consommation ou l'industrie. Ces groupes forment des conglomérats puissants organisés en filiales autonomes qui permettent de préserver la stabilité du groupe en cas de problèmes financiers d'une des filiales. Ainsi Tata compte plus d'une centaine de filiales.
    • Ces groupes sont bien insérés dans l'économie mondiale. Soit par des joint-ventures avec des entreprises étrangères pour bénéficier de leur avance technologique et des investisseurs étrangers (environ 30 – 40 milliards de dollars d'IDE par an depuis 2009, ¼ du montant des IDE en Chine). De même, ces groupes sont capables d'investir à l'étranger, comme Tata qui a racheté Rover et Jaguar en 2008 ou Tetley en 2000, mais aussi Mittal qui rachète Arcelor en 2006. Un mouvement à relier à l'ouverture économique de l'Inde des années 1990.

 

  • Exemple de groupes :
    • Tata, un conglomérat fondé en 1868 autour de l'industrie textile et qui s'est diversifié dès le début du XX° siècle. Cette entreprise familiale dont le siège est à Mumbay compte aujourd'hui 600 000 employés dans une centaine de pays. Le chiffre d'affaires de l'entreprise est aujourd'hui de 75 milliards de dollars, dont 60 % sont réalisés à l'international. Le conglomérat bat aujourd'hui pavillon dans plus de 80 pays. Ses 31 sociétés cotées représentent une capitalisation cumulée de 67 milliards d'euros. Il est devenu le deuxième producteur de thé au monde, le quatrième constructeur de camions et l'un des dix grands sidérurgistes de la planète Elle s'occupe aujourd'hui de :
      • automobile et transports (Tata motors, aéronautique, … )
      • sidérurgie (Tata steel)
      • chime
      • informatique
      • services (hôtels, finance, …)
      • industries agroalimentaires (thé, café, …)
      • énergies (électricité)
      • services financiers
      • médias
      • construction
      • etc.
    • Aditya Birla Group :  Le groupe a été fondé en 1857 dans le Rajasthan autour de l'activité du négoce du coton avant d'élargir ses activités à d'autres industries textiles (jute, nylon). Le groupe emploie plus de 120 000 personnes dans une quarantaine de pays, principalement en Asie. Son siège est à Mumbay. A partir des années 1960, le groupe diversifie ses activités vers l'industrie lourde (1962, 1° usine de production d'aluminium dans l'Uttar Pradesh) :
      • etc.
      • services informatiques,
      • télécommunications,
      • engrais,
      • ciment,
      • chimie,
      • métallurgie (premier groupe d'aluminium)
      • textile,
    • Mittal :
      • Le groupe Mittal est devenu en une dizaine d'année le premier producteur mondial d'acier dans le monde grâce à une série d’acquisitions menées d'abord en Amérique (années 1992-1995) puis en Europe (1995-2006) ou en Afrique du Sud. Le groupe Arcelor-Mittal, possédé à 40 % par Lakshi Mittal est créé en 2006, une fusion entre deux groupes alors concurrents et complémentaires. 
    • Mahindra :  L'entreprise a été créé en 1945 comme société de négoce dans la sidérurgie et de production automobile (des Jeep indiennes) avant d'élargir ses activités :
      • Automobile (SUV, pick-up, …) : 58 % du chiffre d'affaires [alliance avortée avec Renault-Nissan autour de la Logan]
      • Tracteurs,
      • motos,
      • technologies de l'information (cf campus à Hyderabad ouvert avec l'école centrale de Paris, la Mahindra Ecole centrale)
      • services financiers,
      • immobilier,
      • loisirs,
      • etc.
Les économies de l'Inde

d- Le poids richesses naturelles dans l'économie indienne.

  • Un pays riche en minerais, mais … 
    • Les richesses minières de l'Inde sont considérées comme immenses en Inde. L'Inde est l'un des premiers producteurs mondiaux de fer, de charbon (3° producteur mondial), de mica (utilisé pour ses propriétés d'isolant électrique et de résistance à la chaleur), de manganèse (utilisé dans l'acier, l'aluminium ou les engrais).
    • De même, les réserves du pays sont majeures pour la bauxite (minerais essentiel pour l'aluminium), la chromite (pigment et colorant du verre), le calcaire, …
    • On trouve des lieux d'extraction sur tout le territoire, en particulier dans le sud, l'est et le l'ouest du pays.
    • Si la plupart des minerais est exportée, le charbon, exploité dans tout le pays et présent en surface, est destiné principalement au marché intérieur (dont la production est inférieure à la consommation). En 1972, les mines de charbon ont été nationalisées et regroupées dans la Coal India Limited (CIL) divisée en 7copmagnies qui se partagent le territoire indien. Le débat actuel propose de libéraliser ce secteur pour le dynamiser et tenter de ne plus avoir recours aux importations.
    • La présence de ces ressources et de réserves importantes peut apparaître comme un atout pour l'Union indienne. Cependant, la faible productivité et les faibles capacités de transport limitent leur exploitation, tout comme la corruption. En 2012, 214 concessions de mines de charbon ont été annulées par la Cour suprême : ces mines étaient illégales ou ayant obtenu une licence par corruption ou collusion entre pouvoir politique et économique (notamment dans l'Etat du Karnataka où les dirigeants de l'entreprise minière de la famille Reddy occupent trois ministères).
    • Autre enjeu, lié à la politique passée, les ressources minières et naturelles sont majoritairement situées dans des territoires protégés : celles qui sont habitées par des tribus. Bien souvent, suite à une corruption plus ou moins visible, les tribus sont expulsées, faiblement rétribuées et l'exploitation se fait selon des règles sanitaires et environnementales minimales, entraînant dans ces régions des révoltes.
    • (relier la carte des mines à la carte de la rébellion naxalite).

 

  • Un nouveau pays pétrolier : 
    • L'Inde est aussi un petit pays producteur de pétrole offshore dans le golfe de Cambay et à proximité de Mumbay. La production a démarré en 1965 grâce à une collaboration russo-roumaine. De plus, une exploitation terrestre s'est développée dans le Gujarat. Cependant, la production est très insuffisante, le pays est dépendant à 80 % des importations, il est le 3° importateur mondial après la Chine et les États-Unis et développe un programme pour quadrupler sa production ces prochaines années. Jusqu'en 1999, la compagnie nationale (Oil and Natural Gaz Corporation, ONGC, créée en 1970 par nationalisation) détenait le monopole du raffinage et de la distribution. Elle est fortement concurrencée par Reliance, la compagnie qui exploite les gisements offshore du golfe de Cambay et qui possède la plus grande raffinerie au monde dans l’État du Gujarat à Jamnagar (¼ de la production indienne).

2- L'enjeu du développement économique au cœur des préoccupations politiques et économiques.

  • Comment résorber la pauvreté ?
    • Le paradoxe indien : 
      • Comme tous les pays émergents, l'Inde reste marquée par des écarts sociaux énormes et par la présence d'une très forte minorité de personnes pauvres voire très pauvres alors que le taux de croissance économique de la dernière décennie était de 7 % de croissance annuel du PIB (2000 -2010).
      • Cette pauvreté est complexe : on peut difficilement prendre en compte un seul critère pour la définir.
      • De plus, cette pauvreté est un enjeu politique fort depuis l'indépendance : les politiques publique se suivent pour tenter de la supprimer, avec un succès très limité jusqu'à présent. Avec les pays d'Afrique, l'Inde est la région du monde où se concentrent le plus de pauvres dans le monde. On estime qu'entre 350 et 460 millions d'Indiens sont sous le seuil de pauvreté.
    • Le poids de la pauvreté : une histoire de calculs. 
      • Le calcul de la pauvreté en Inde est un enjeu politique. Il est difficile de donner un chiffre consensuel sur le niveau de pauvreté en Inde.
      • Plusieurs chiffres existent :
        • celui de la Commission économique au Plan de l'Inde (Planing Comission) a fixé deux seuils :
          • 0,38 € par personne et par jour à la campagne et 0,48 € en ville (respectivement 25 et 32 roupies), seuil au dessus duquel les Indiens ne peuvent plus accéder aux plans d'aides gouvernementaux selon une note adressée par cet organisme à la cour suprême en 2011.
          • 2 400 calories par jour et par personne à la campagne et 2 100 par jour en ville, ce qui ramène le taux de personnes pauvres à 27,5 % de la population (mais 80 % de la population du pays souffre de carences alimentaires)
        • celui de la Banque Mondiale, basé sur un critère assez simple : la richesse par personne et par jour. Selon la BM, le seuil de pauvreté est de 1,25 $ par habitant et par jour en Parité de Pouvoir d'Achat (PPA). Ainsi en 2011, 21,9 % de la population indienne était sous le seuil de pauvreté, contre 42 % en 2005 et 60 % en 1981.
        • Ces chiffres sont trop limités. Ils ne prennent pas en compte :
          • la taille des exploitations alors qu'on estime que 4/5 des exploitations agricoles ne nourrissent pas ceux qui y travaillent (nécessité d'un emploi complémentaire, ponctuellement ou régulièrement)
          • les salaires agricoles ou urbains sont faibles : 2 $ par jour en ville, 0,5 $ à la campagne dans les régions d'agriculture non irriguée : le salaire minimal ne garantit pas une sortie de la pauvreté.
          • Amartya Sen propose d'associer au calcul de la pauvreté une mesure de la liberté : les personnes les plus pauvres sont aussi limités dans leurs libertés fondamentales que sont la circulation, la santé, l'éducation. Il ajoute la notion de 'capabilité' pour exprimer cet accès à la terre, l'emploi, etc.
          • Comment calculer les revenus : revenus individuelles ou collectifs ?
          • Pourquoi ne pas prendre en compte des éléments matériels simples et essentiels dans le calcul de la pauvreté, comme l'accès aux toilettes, à l'eau courante, aux services sociaux, aux services bancaires (limités aux plus pauvres, car ne disposant pas de garanties), à l'éducation, …
          • Comment intégrer dans ces calculs l'IDH (Indice de Développement Humain créé par Amartya Sen en 1990 qui repose sur trois critères : le PIB par habitant, l'espérance de vie à la naissance et le niveau d'éducation). L'IDH de l'Inde est de 0,586 en 2013, soit le 135° pays du monde selon la Banque mondiale, il était de 0,369 en 1980.
          • On peut aussi utiliser le coefficient de Gini, de 0,368 en 2013 qui permet de mesurer les écarts sociaux dans un pays (0 = faibles inégalités ; 1 = inégalités très fortes → France 0,330, États-Unis 0,411, Japon 0,224, Chine 0,610).
        • On en est donc arrivé à calculer un Indice de Pauvreté Multidimensionnel (IPM - calcul créé par l'université d'Oxford) à partir d'une dizaine d'indices liés à l’éducation, la santé, le niveau de vie ou l'accès à des biens. Cet indice était de 0,282 en Inde en 2011. Selon ce calcul, 55 % de la population indienne est sous le seuil de pauvreté.

 

  • Quels sont les pauvres et où sont-ils ? 
    • On compte trois grandes catégories de personnes vivant en plus grand nombre que les autres sous le seuil de pauvreté en Inde :
      • les tribus / aborigènes / scheduled tribes / adivarasis : elles aussi exclues de fait de la société car vivant dans des zones rurales isolées. Ils représentent 8 % de la population, ont un taux d'alphabétisation assez bon pour l'Inde (64 %).
      • les intouchables / scheduled classes / dalits qui font eux aussi l'objet de discriminations fortes dans la société mais qui sont protégées par la discrimination positive pour les emplois administratifs (leur part dans l’administration est passée de 12 % en 1960 à 16 % en 1999 - de nos jours, 15 % des places dans les collèges et les universités sont réservés aux castes répertoriées (scheduled castes) et 7,5 % aux tribus répertoriées (scheduled tribes)). Leur taux d'alphabétisation reste très faible (52 %). La majorité de leurs emplois reste cantonnée à des occupations traditionnelles considérées comme dégradantes par les autres groupes sociaux (castes, jatis)
      • les musulmans. Leur pauvreté vient du fait qu'ils sont exclus de fait du système économique et politique de l'Inde. Cela se traduit par un plus faible niveau d'éducation (seulement 60 % de taux d'alphabétisation contre 65 % au niveau national) et par conséquence par un plus faible niveau d'emploi dans les emplois décisionnels, les administrations, le chemin de fer (4 % des emplois pour 14 % de la population), les banques (2 %) ou la poste (3%).

 

Poids dans la population

Taux d'alphabétisation

Musulmans

14 %

60 %

Dalits

16 %

52 %

Adivasis

8 %

64 %

Autres

62 %

70 %

 

  • A côté ou dans ces catégories, il faut prendre en compte d'autres catégories :
    • les femmes (voir cours sur la population)
    • les esclaves ou serfs. L'inde compte entre 13 et 15 millions de personnes considérées comme esclaves. Celui-ci prend différentes formes :
      • Le travail forcé dans des chantiers, dans des usines, dans des mines. Parmi ces forçats, beaucoup d’enfants. 
      • La servitude pour dette. Selon le rapport sur la traite des êtres humains 2013 (TIP), entre 20 à 65 millions d’Indiens travaillent ainsi pour payer leur dû.
      • Le travail domestique. Beaucoup d’Indiens, notamment des femmes et des enfants, sont de véritables esclaves chargés d'effectuer toutes les tâches dans la maison de leur « maître ». Censés être des domestiques, ils ne sont parfois pas payés et victimes de violences.
      • L’exploitation sexuelle. L’UNDP estimait en 2009 que l’Inde comptait plus de 3 millions de travailleurs du sexe. Beaucoup, là encore, sont des enfants.
      • Les trafics humains, dont le trafic d’organes et les adoptions illégales.
      • Le mariage forcé et servile (contre de l’argent).
    • Ainsi, la majorité des pauvres se situent dans les États du Bihar et du Jharkhand dans la plaine du Gange, des régions rurales surpeuplées. En revanche, l’État du Kerala et les régions urbaines sont marquées par cette forte pauvreté, sauf dans les bidonville.
    • Enfin, il ne faut pas oublier que si de nombreux urbains vivant dans des bidonvilles (30 % des urbains de l'Inde en 2009 selon la Banque Mondiale, soit 10 % de la population), la pauvreté reste un phénomène majoritairement rural.

 

Les économies de l'Inde
Les économies de l'Inde
Les économies de l'Inde
  • Les politiques de lutte contre la pauvreté
    • Une différence villes / campagnes : La différence ville-campagne reste forte en Inde malgré la croissance économique de ces dernières années. Si cette croissance a été forte en ville (+ 9 % par an en moyenne), elle n'a été que de 2 % en moyenne dans les zones rurales. De plus, les zones rurales ont été marquées par plusieurs phénomènes en lien avec l'agriculture. La part de cette dernière dans le PNB est passée de 30 % ) 17 % entre 1970 et 2010. Cette baisse est liée à la montée des services dans l'économie, mais aussi à un recul des subventions à l'agriculture depuis la tournant libéral des années 1990. La baisse des subventions aux engrais ou à l'électricité a ainsi fait baisser la productivité et donc les revenus agricoles dans quelques états entre 1993 et 2003(Orissa, Gujarat, Maharashtra, Karnataka, …) Une baisse qui n'a pas été sans conséquences sociales ou politiques : dan les années 1990 et 2000, ces États ont connu une série de vagues de suicides d’agriculteurs surendettés (environ 130 000 suicides par an en Inde, dont 14 000 agriculteurs, soi ¼ du suicide masculin du pays) qui ont marqué les esprits mais qui restent sous les taux de suicides urbains.
    • Ainsi, selon la Banque mondiale, 25,7 % des ruraux sont sous le seuil de pauvreté en 2011 contre 13,7 % des urbains.
    • C'est donc logique que les politiques de lutte contre la pauvreté ont d'abord visé les campagnes et les personnes les plus vulnérables.

 

  • Un enjeu politique fort depuis l'indépendance de l'Inde.
    • Un enjeu politique car le niveau du seuil détermine l'accès à des aides sociales de l’État.
    • Une politique d'abord orientée vers les campagnes avec une politique triple autour de la Révolution verte, d'aides sociales et d'une réforme agraire.
    • Cette politique est accompagnée d'aides directes :
      • Une politique d'aide alimentaire existe depuis les années 1960 avec le PDS et la Food Corporation of India (FCI) (voir plus haut).
      • En 2004, le parti du Congrès lance un autre plan de lutte contre la pauvreté en milieu rural : les personnes au chômage peuvent obtenir un emploi rémunéré durant 100 jours (ou équivalent à 100 jours de travail au salaire minimum) dans le cadre du village pour des actions de développement (adduction au réseau d'eau potable, protection des sols, construction ou entretien des routes, …) Le salaire est payé par le gouvernement central. Le projet coûte à l'Inde 37 milliards de dollars entre 2006 et 2012 pour des résultats inégaux selon les régions.
      • En 2013, le gouvernement crée le Food Security Act (ou Right to food act) destiné à 67 % de la population. Pour un coût de 21 millions de dollars par an, le gouvernement offre 5 kg de blé ou de riz par mois par personne pour 3 roupies le kilo.
      • En tout, environ 2 % du PIB est destiné au programme d'aide alimentaire en Inde.
      • La réforme agraire s'est opérée par le biais des États qui ont aboli les grandes propriétés (les zamindar, grands propriétaires absentéistes sont visés) et limité la taille des propriétés foncières. Ces réformes s'étalent dans le temps : de 1957 dans le Kerala à 1995 dans le Bihar. Des réformes très limitées car seules 3 % des surfaces cultivées sont redistribuées. Ces réformes agraires s'accompagnent de réglementations sur les droits des exploitants face aux propriétaires, de limitation des loyers, d'interdiction de faire-valoir direct.
      • La Révolution verte (voir plus haut) a permis de mieux nourrir la population (plus de famine mais la malnutrition et la sous-alimentation continuent) et d'enrichir certains agriculteurs.
      • Une politique de développement par la microfinance à partir des années 1970 basée par des entreprises privées (comme SKS, SWAYAM KRISHI SANGAM) ou des associations, permettant l'accès au crédit à de nombreuses personnes, en priorité les femmes réunies en coopératives de 15 à 20 personnes qui se prêtent mutuellement caution pour accéder à un crédit bancaire. (système du SHS, Self-help-Group) le mouvement devient important à partir de la fin des années 1990 et concerne aujourd'hui entre 1,2 et 1,6 millions de prêts pour des montants moyens de 120 000 à 180 000 roupies entre 2009 et 2014. [1 600 – 2 500 €]
    • Une politique qui a ensuite ciblé les groupes sociaux défavorisés:
      • Politique de discrimination positive. Si celle-ci a des racines dans l'Inde britannique (British Raj), avec des écoles réservées aux intouchables dès 1892 suivie d'une politique de bourses et d'une politique d'emplois réservés dès 1934, la politique de discrimination positive est reprise par l'Union indienne au moment de l'indépendance et élargie aux populations tribales. Ces quotas proportionnels à la part des intouchables et des tribus dans la population n'ont jamais été atteints (par manque de candidats / par manque de volonté des autorités locales). Lors de la rédaction de la Constitution de 1950 se pose un problème : les castes sont supprimées mais des places sont réservées aux "backward classes" dans les universités et les administrations. En 2008, le système est élargi : en plus des 22,5 % de places réservées aux étudiants des "castes et tribus répertoriées", 27 % sont dédiées aux étudiants issus des "autres classes arriérées", ce qui fait que près de la moitié des places universitaires sont aujourd'hui réservées aux étudiants des catégories défavorisées.
      • Revendications actuelles : Suite à ce cet élargissement, certaines jati se sont considérées comme lésées, comme les Patidars (ou Patels), une jati de fermiers et de marchands qui représente 12 % de la population du Gujarat et qui a manifesté en août 2015 la volonté de faire partie de ce groupe défavorisé : ils affirment ne plus pouvoir intégrer les universités ou les emplois administratifs car ceux-ci sont mécaniquement moins nombreux. En 1995 est lancée une politique de repas gratuit pour les enfants à l'école. Ce programme nourrit chaque jour 105 millions d'enfants (2013). De même, l'accès au soin est progressivement étendu aux populations les plus pauvres par la mise en place de « couvertures santés universelles » par les différentes états de l'Inde.
      • Une politique qui se libéralise, quitte à augmenter les écarts sociaux dans le pays. Avec le tournant libéral des années 1990, le coefficient de Gini n'a fait que s'élever, passant de 31 en 1990 à 34 en 2009-2010 ; cette tendance haussière a été plus particulièrement observée en milieu urbain dès le milieu des années 1980, selon la Planning Commission l’indice y a atteint 38 en 2009-2010.
      • Une politique toujours importante : lors des dernières élections (2014), Narendra Modi a promis un accès facilité aux comptes bancaires ainsi qu'une aide de l’État pour la construction de toilettes pour les femmes à la campagne dans le cadre d 'une politique de lutte contre les violences faites aux femmes.
    • des résultats mitigés :
      • La pauvreté reste importante.
      • La part des intouchables vivant sous le seuil de pauvreté a été multipliée par six entre 1950 et 2005.
      • De même, le nombre de personnes très riches a explosé : les millionnaires en roupies (environ 20 000 €) sont passés de 0,16 % de la population en 1995 à 1,52 % en 2005. L'inde devenant alors le premier pays asiatique en nombre de milliardaires en dollars, devant le Japon. En 2014, le pays est classé 3° derrière les États-Unis et la Chine.

 

b- Gérer le poids de la paysannerie

  • Le poids économique : 
    • En 2011, l'agriculture fait travailler 57 % de la population en Inde (pour 17 % du PIB en 2013) :
      • des paysans (cultivators) : 19 millions en 2011 (53 %), un nombre en baisse depuis 2001.
      • des ouvriers agricoles : 107 millions en 2011 (47 %). ces derniers appartiennent logiquement majoritairement aux Scheduled Classes et Scheduled Tribes, et parfois (moins) aux Other Bckward Classes. Ces ouvriers agricoles sont soit payés à l'heure, soit à la tâche. Comme il n'y a pas de limite légale de la durée de travail, certains peuvent travailler jour et nui t lors des grands travaux agricoles (moissons, récoltes, semailles), entraînant alors une forte hausse des accidents du travail. Les salaires sont versés soit en argent, soit en nature, soit de manière mixte. Il reste une forte discrimination entre hommes et femmes, ces dernières étant payées 1/3 de moins. On estime en 2005 que 91 % des ouvriers agricoles sont moins payés que le salaire minimum de 66 roupies. (exception de l'Himachal Pradesh, du Jammu-et-Cachemire et du Kerala).
    • Avec la mécanisation du travail agricole accéléré avec la Révolution verte, le nombre de jours de travail pour les ouvriers agricoles tend à diminuer (224 jours/an en 1993 → 209 en 2003 chez les hommes et 196 → 183 pour les femmes), incitant ces ouvriers à migrer temporairement vers d'autres régions agricoles ou vers les villes. Ce manque de travail peu aussi pousser les ouvriers à s'endetter, entrant alors dans un système de servitude (esclavage) au profit des plus gros exploitants agricoles. Dans ce système, légal, la personne endettée doit fournir du travail au prêteur à un coût inférieur au prix de l'heure légale, sans être libre de ses déplacer ou de travailler pour un autre employeur.
    • Autre enjeu majeur de la ruralité et de la paysannerie, l'émiettement des biens fonciers lié à la forte hausse de la population. Les exploitations de moins de 1 ha représentaient 51 % des exploitations en 1970 (9 % des superficies cultivées), elles sont 67 % en 2011 (22 % des superficies cultivées). Les exploitations de moins de 2 ha représentent aujourd'hui 85 % des exploitations (44 % des superficies) contre 60 % et 20 % en 1970. Or, on estime à 2 ha en terres non irriguées et 0,5 ha en terres irriguées la superficie minimale nécessaire à la reproduction (= nécessaire aux besoins élémentaires en alimentation, logement, éducation, … pour un ménage de 5 personnes). La taille moyenne des exploitations est aujourd'hui de 1,2 ha contre 2,9 en 1953-1954. Seule le Penjab connaît un phénomène de concentration des terres liés à une mécanisation dans le cadre de la Révolution verte.
    • Les femmes restent exclues de la redistribution des terres.
    • Enfin, 1/5 des paysans ne possèdent pas de terre. Ce prolétariat agricole est de plus en plus nombreux.

 

  • Le poids politique :
    • Le poids électoral des ruraux reste déterminant pour les élections aux échelons fédérales et des états.
    • La question sociale des campagnes reste importante dans le jeu politique indien. Les conflits sociaux majeurs de la campagne ont lieu non pas dans les campagnes touchées par la Révolution verte (Penjab ou Tamil Nadu) mais dans les zones épargnées par celle-ci (Bihar, Madhya Pradesh). Certains évoquent une « contre révolution verte ».
    • Si les campagne sont longtemps été dominées par les castes supérieures, le développement économique des castes de classe moyenne transforme le jeu politique. En effet, cette paysannerie riche revendique plus de pouvoirs (comme les Patels). Dans les années 1980, plusieurs mouvements politiques organisés revendiquant plus de pouvoirs pour ces catégories rurales aisées se développent dans diverses parties de l'Inde.
    • Ce poids se retrouve aussi dans certaines régions où le gouvernement central est mise ne cause, comme dans l'est du pays où sévit a rébellion Naxalite (voir chapitre 3. Géopolitique de l'Inde).

3- L'ouverture économique de l'Inde

a- Un processus qui a permis une forte croissance économique

  • C'est à partir du début des années 1960 que l'Inde entre dans une ère de développement basée sur une économie réglementée où le secteur public tient une place prépondérante. En 1966, Indira Gandhi, premier ministre de l'Inde, décide de nationaliser les banques, des compagnies pétrolières et minières pour orienter la politique nationale vers une industrialisation dont l’objectif est de substituer progressivement les produits d'importation. L'Etat met en place un système de licences qui limite les choix des entreprises privées dans leurs investissements, leur capacité de production ou la diversification de leurs activités. Pratiquement tous les secteurs économiques importants sont réservés au secteur public.
  • Devant l'échec de cette politique (situations de monopoles, faibles investissements, croissance faible autour de 3 % par an contre 4 % dans les années 1950 et 6-8 % après 1990), une libéralisation timide se fait dans les années 1980. Elle permet le début d'une modernisation industrielle mais met les entreprises indiennes en concurrence avec de nouveaux acteurs extérieurs, les importations augmentent fortement et la balance des paiement est déficitaire. En 1991, le pays connait de graves déficits fiscaux et un endettement record. Le FMI lui refuse une aide d'urgence, poussant le gouvernement à changer de politique.

 

  • La politique de libéralisation de l'économie entre en œuvre en 1991 par des réformes structurelles fortes, un travail de démantèlement du système de réglementations établi depuis indépendance.
    • Quatre axes majeurs sont suivis :
      • déréglementation industrielle
      • assainissement des finances publiques
      • aménagement du système fiscal
      • ouverture et modernisation de l'économie
    • La déréglementation est très rapide :
      • Le gouvernement décide d'ouvrir des secteurs à l'investissement privé, espérant que la concurrence pousse le secteur public à se moderniser pour devenir compétitif et moderne. Ainsi, le nombre d'articles pour lequel il fallait une autorisation à produire est passé de quelques centaines à 15 en 1996.
      • Dans le même temps, le gouvernement se dégage du secteur productif, même si aucune politique de privatisation n'est clairement définie.
    • La déréglementation est limitée aux grandes entreprises : l’État a gardé le système du 'commanding height' pour certains produits afin de protéger les entreprises petites ou moyennes.
    • L'ouverture se fait progressivement :
      • par la réduction des droits de douane. Entre 1987 et 1996, ceux-ci passent en moyenne de 96 à 40,7 %. les taux maximum passant de 150 % en 1987 à 50 % en 1996 puis 10 % en 2008 (exception : l'automobile, toujours à 100 %). Cela se fait aussi par l'acceptation des IDE : en 2008, seuls trois secteurs sont interdits aux IDE : les jeux, l'énergie atomique et la grande distribution ; 28 secteurs limitent les IDE à moins de 100 %.
      • par la libéralisation des changes : la roupie devient convertible à 100 %, les banques étrangères et privées font leur apparition, les assurances sont à leur tour déréglementées en 2000.
  • L’État favorise alors le développement de districts industriels, principalement sur des PME et les nouvelles technologies en s'appuyant notamment sur les classes moyennes. Un autre objectif est d'augmenter les exportations afin de ramener des devises dans le pays pour moderniser les outils de production industriels. Les premières zones franches privées sont créées, notamment celle de Mumbai qui se spécialise dans les diamants et celle de Bangalore (informatique / logiciels). Ces Zones Économiques Spéciales (ZES, comme en Chine) sont très dynamiques :
    • Mi-janvier 2007, on comptait 15 SEZ opérationnelles, employant 123 000 personnes (dont 40 % de femmes) dans 927 unités de production ; mais aussi 237 projets de zones acceptés, et 164 «in-principle approvals», soit un total de 416 zones.
    • Elles bénéficient d'une exemption des droits de douane et de TVA, mais aussi d’importantes réductions de l’impôt sur les sociétés (de 100 % les cinq premières années, 50 % pour les cinq années suivantes pour les unités de production, et de 15 ans pour les promoteurs).
    • Un bon niveau d’infrastructures est garanti sur place (entrepôts dédouanés, banques off shore, poste,etc.)
  • Aujourd'hui, l'Inde est assez attractive pour les investisseurs étrangers malgré ses faiblesses structurelles (corruption, poids de l’administration et des règlements).
    • Elle accueille entre 25 et 40 milliards de dollars par an d'IDE, se situant autour de la 13°-15° place chaque année. Les principaux pays qui investissent en Inde sont l’île Maurice, Singapour (qui ont des accords fiscaux particuliers de non double imposition), le Royaume Uni, le Japon et les États-Unis. Le secteur le plus attractif reste celui des services hors télécommunications et logiciels informatiques (environ ¼ des IDE) devant le BTP (11 %), les télécommunications, l'informatique et la pharmacie (environ 5-6 %).
    • Les régions de Mumbai (33 %) et Delhi (18 %) concentrent plus de 50 % du stock d’IDE indien, loin devant les régions du Tamil Nadu (Chennai), du Karnataka (Bangalore) et du Gujarat (Ahmedabad) [entre 4 et 6 %].
    • Les IDE Indiens sont logiquement dirigés vers l'Île Maurice et Singapour et les pays européens ou les États-Unis.

 

b- La mise en place d'un nouveau système industriel.

  • Une spécialisation de l'Inde dans certains secteurs économiques. 
    • Les grands conglomérats tendent à se concentrer par la revente d'activités périphériques et le rachat d'entreprises concurrentes.
      • L'exemple le plus connu est celui de Tata, qui dans les années 1980 a décidé de recentrer ses activités autour de quelques secteurs clés, abandonnant des dizaines de filiales pour investir et racheter dans le secteur sidérurgique.
      • L'exemple le plus marquant est celui de Wipro, entreprise fondée en 1966 dans le négoce des légumes, qui produit des savons ou des cylindres hydrauliques. Dans les années 1990, le groupe quitte progressivement ces activités pour investir uniquement dans dans les services informatiques, encore balbutiants. Le chiffre d'affaires passera en vingt ans de 2 millions d'euros à près de 2 milliards aujourd'hui, faisant du groupe le premier exportateur indien de services informatiques.
    • Aujourd'hui, les principaux secteurs économiques où l'Inde est puissante sont :
      • les industries lourdes, avec des industries anciennes dans la métallurgie mais aussi des secteurs nouveaux comme la cimenterie (UltraTech Cement ; Ambuja Cement)
      • le secteur pharmaceutique, notamment autour des médicaments génériques, vendus dans le monde entier (SunPharmaceutical ; Dr. Reddy's ; Ranbaxy ; Biocon , …) L'Inde est le premier producteur mondial de médicaments génériques mais développe fortement sa recherche et développement.
      • l'automobile (lié aux joint-venture) : Maruti (en lien avec Suzuki), tata, Mahindra, …
      • l'agroalimentaire (United Breweries ; Tata avec Tetley ; …)

 

  • Un glissement de la production : 

La priorité n'est plus l'industrie lourde, comme dans les années 1960-1980, mais l'industrie des biens de consommation pour fournir le marché intérieur. On parle donc d'une forte mutation du système productif indien, marquée par :

  • Une modernisation des méthodes de production pour s'adapter à la concurrence progressive et rapide de groupes étrangers. Cette modernisation s'est faite principalement par l'achat d'entreprises étrangères (comme Tata avec Land Rover et jaguar) ou par des joint-venture (donc l'accueil d'entreprises étrangères disposant de technologies plus avancées, exemple de Renault-Nissan avec Tata)
  • L'apparition de nouveaux groupes nés dans les années 1980 :
    • Des nouveaux groupes familiaux plus agressifs, (Bharti, Reliance,United Breweries)
    • Des groupes étrangers (Suzuki, Hyundai dans l'automobile ; Hutch dans les télécommunications ; Lafarge dans le ciment ; …)
    • Des joint-ventures (Hero-Honda ; Toyota-Kirloskar, …).
  • Un renforcement du système productif autour de la sous-traitance et flexibilité :
    • Les PME jouent un rôle essentiel dans l'économie indienne depuis de longues années. Depuis l'indépendance, ces entreprises ont bénéficié de prêts bancaires à taux bonifiés, de marchés réservés (pour l'administration), d'aides fournies par des agences de services, d'exemptions d'impôts, d'encouragements à la sous-traitance, etc.
    • Si ces aides directes ou indirectes ont tendance à être limitées depuis quelques années, la politique générale n'est plus à la protection mais à la volonté d’accroître la productivité et de favoriser les petites unités de production.
    • Ces entreprises profitent également de la faiblesse de la législation du travail (les grandes entreprises étant soumises à plus de réglementations).
    • Ces PME emploient plus de 110 millions de personnes, elles représentent 90 % des entreprises industrielles indiennes mais 7 % du PIB et 1/3 des exportations.
  • L'apparition des systèmes productifs locaux / clusters / districts:
    • Ils sont liés à l'ouverture économique et au développement du secteur informatique dans les années 1990 (voir ci-dessous). La principale intervention de l’État a été de promouvoir deux types de parcs technologiques :
      • les electronics hardware technology parks (EHTP) destinés à produire du matériel ;
      • les software technology parks (STPI) destinés à la production de logiciels.
    • Le principe de ces parcs est de simplifier les démarches administratives et de faciliter les communications entre entreprises.

 

  • L'Inde des hautes technologies :
    • Le secteur nucléaire : Le programme nucléaire indien est double :
      • D'une part un programme civil lancé dès l'indépendance. En 1956, un premier réacteur expérimental est construit au sud de Mumbai (Trombay), un autre est construit en 1960 au même endroit avec l'aide du Canada. Ce deux réacteurs servent le secteur militaire mais ouvrent aussi la voie à un programme civil. Une quinzaine de réacteurs sont construits en Inde près des métropoles (Delhi, Kérala, Chennai, Ahmedabad, …). L'Inde ne tire du nucléaire que 3 % de son énergie électrique (charbon à 53 %). Un programme actuel prévoit la construction d'une vingtaine de réacteurs d'ici 2020 en lien avec des investisseurs et des technologies étrangères (russe, étasunienne, française, japonaise)
      • D'autre part un programme militaire qui a abouti en 1974 à la conception d'une première bombe atomique (essais dans le désert de Tahr). Ce programme établi hors du traité de non-prolifération nucléaire de 1968 (TNP) a conduit à l 'isolement diplomatique de l'Inde dans les années 1970-1990, poussant les ingéneirus indiens à suivre une voie autonome, accélérée dans les années 1990 lorsque le Pakistan a voulu se doter lui aussi de l'arme nucléaire aidé (officieusement) de la Chine.
    • L'aérospatiale : 
      • Le développement de ce secteur est logiquement lié au précédent : pour utiliser la bombe, il faut être capable d'utiliser des lanceurs. En 1962, le gouvernement crée l'INCOSPAR (Comité National Indien de la Recherche Spatiale), devenue ISRO (Indian Space Research Organisation) en 1969.
      • En 1963, une première roquette est lancée, en 1975 l'Inde lance son premier satellite. Parallèlement, l'Inde développe aussi un programme de satellites conçus comme des outils pour l'aide au développement. Elle lance ainsi des satellites de télécommunication en 1982, de météorologie en 2002 ou d'observation de la la Terre en 1988. Une soixantaine de satellites ont été envoyés de la base de Shriharokota (Uttar Pradesh, côte est) depuis 1980, des satellites de plus en plus lourds.
      • En 2008, l'Inde s'est démarquée en lançant une mission lunaire (Chandrayan 1) qui visait à photographier la surface de la Lune. Elle envisage d'y envoyer un robot mais pas encore des humains . Cependant, elle a testé une capsule le 18 décembre 2014.
      • enfin, en 2008, l'Inde a décidé de lancer un programme concurrent au GPS dénommé Gagan, suite au refus américain de lui vendre des données lors du conflit avec le Pakistan de Kargil en 1999.
      • Cette filière spatiale est entièrement contrôlée par l’État autour de 5 entreprises publiques et d'une soixantaine de sous-traitants privés.
    • Le secteur informatique :
      • Ce secteur a bénéficié à la fin des années 1990 de la conjonction de deux courants : le premier interne, celui de la volonté politique de développer les sciences et les technologie au moment de l'Indépendance (on parle d’un modèle « nehruvien » à la fois élitiste et nationaliste, en vertu duquel des bataillons d’ingénieurs sont formées par l’Inde indépendante, dans les Colleges of engineering, les Universités et les Indian Institute of Technologies) et le second externe, issu du choix des entreprises occidentales d'externaliser leur production. Ainsi, grâce à ses bas salaires, au bon niveau en langue anglaise et en mathématiques de ses ingénieurs et sa position géographique avantageuse en matière de décalage horaire, l'Inde est devenue un territoire privilégié pour développer les services informatiques.
      • A noter, que le modèle de développement du secteur informatique n'a pas suivi la route classique (montée en gamme dans la chaîne de la valeur ajoutée) et qu'il existe un découplage fort entre le marché intérieur et les exportations ; entre les domaines militaires et civils et entre la production de matériel et la production de logiciels.
      • De plus, la présence de NRI dans la Silicon Valley a favorisé les liens entre ce pôle décisionnel et créatif et l'Inde. Entre 1998 et 2011es revenus du secteur TIC sont passés de 1,2 % du PIB à 6,5 % , employant directement près de 2,5 millions de personnes.
      • Enfin, il faut signaler l'importance du rôle de l'Etat dans le développement de cette économie, un État qui subventionne massivement la recherche, notamment sur les supercalculateurs, pour des besoins de sécurité intérieure. Les dépenses ne subventionnent pas directement l'industrie informatique mais cette dernière profite des retombées indirectes.
      • Au début des années 1990, suivant l'exemple donné par Texas Instrument, des entreprises nord-américaines délocalisent leur production informatique en Inde (« infogérance ») : comptabilité, call centers (centres d'appels), développement de contenus (site internet, multimédia), recherche, analyse, finance, légale, etc. De 2003 à 2010, la part des TIC dans l'économie indienne passe de 3 à 11,1 milliards de dollars, représentant près de 9,5 % du PIB en 2015 ou encore 66 % des exportations de services. Le développement de ce secteur est lié à des entreprises locales (Tata Consulting, Wipro, Infosys, …) et que les 750 multinationales présentent en Inde ne produisent que 22 % des revenus indiens de l'infogérance. Malgré les EHTP, l'Inde n'est pas un producteur important d'ordinateurs.
      • Dernier élément : la localisation des services informatiques :
        • Cinq centres majeurs dominent, les métropoles : Bangalore ( siège d'Infosys et de Wipro → solutions dédiées aux entreprises ; production de matériel comme les puces ; conception de semi-conducteurs) , Mumbai (→ production de cartes mères et d'ordinateurs), Delhi (siège d'HCL, trois centres = le centre de Delhi + les deux villes satellites de Noïda et de Gurgaon → surtout de l'infogérance), Hyderabad (→ production de semi-conducteurs ; infogérance) et Chennai (→ ingénierie logicielle).
        • Quatre centres secondaires dans le Gujarat, le Madhya Pradesh, le Bengale occidental et le Kerala.
        • Le développement des NTIC est très lié au développement de villes nouvelles, périphériques, comme Gurgaon et Noida à Delhi, comme Navi Mumbai à Mumbai, Cyberabad à Hyderabad ou comme Whitefield à Bangalore. Des isolats à l'échelle de l'Inde mais des centres connectés au reste du monde.

     

    c- Le développement des services : un enjeu national et au cœur de la mondialisation

    • L'économie indienne est de plus en plus tournée vers le secteur tertiaire. Au delà de l'informatique vue ci-dessus, le secteur tertiaire représente en 2013 66 % du PIB, 28 % de l'emploi et 48 % des exportations. Comme ailleurs, ce secteur est très varié :
      • Il comprend des services liés au secteur informel : petite vente dans la rue, services à la personne (jardinier, femme de ménage, gardien ,chauffeur, cuisinière, livreur, …). Leur organisation est liée à la proximité : ces personnes font des liens entre deux espaces proches ou non et permettent une proximité relationnelle entre groupes sociaux et à l'intérieur des groupes sociaux entre personnes éloignées. Ces services commerciaux peuvent s'organiser en filières parfois complexes, comme la commercialisation de plantes médicinales dans l’État du Kérala dans lequel des réseaux structurés permettent la cueillette, le stockage et la commercialisation de ces plantes à des entreprises nationales. Lucie DEJOUHANET, "Secteur informel et réseaux de commercialisation des plantes médicinales au Kerala (Inde)"‪. [Économie rurale, 5/2014 (n° 343) , p. 53-70 ]  
      • Les services administratifs de l’État et des États de l'Union indienne : santé, éducation, administration.
      • Le tourisme, qui reste limité en Inde.
        • On note toutefois un développement du tourisme médical en Inde depuis les années 2000 (comme dans tous les pays du Sud) : c'est un des trois premier pays d'accueil de touristes médicaux en Asie avec environ 150 000 personnes par an, avec un chiffre d'affaire en hausse de 15 % par an. Ces patients ont soit des indiens de la diaspora, soit des étrangers (États-Unis, Royaume Uni mais aussi voisins Bangladeshis, Pakistanais ou Chinois) qui profitent des prix bas des opérations (une chirurgie cardiaque coûte environ 6 000 $ en Inde contre 20 000 aux États-Unis). Les soins se spécialisent dans les interventions cardiaques, les greffes de moelle osseuse, prothèses de la hanche, mais aussi procréation assistée dont la gestation pour autrui (entre 2 000 et 10 000 € en Inde contre 50 à 90 000 € aux États-Unis).
        • Le tourisme national est en plein essor : estimé à 200 millions de voyageurs en 1998, il est estimé à 1,5 milliards en 2014. Ce tourisme ouche toutes les couches sociales, des couches populaires aux plus aisés qui ne fréquentent pas les mêmes logements mais fréquentent les même lieux, notamment les lieux visités par les occidentaux.
        • le tourisme international se concentre dans les métropoles (tourisme d'affaires) et dans les hauts lieux touristiques créés au XIX° et au XX° siècle : Cachemire (lieu de villégiature des britanniques en Inde), capitales royales (dès les années 1870, dans des maisons royales où l'accueil est gratuit) puis les lieux des « routard », « beatniks », « hippies » des années 1960-70 vers Goa, les plages du Karnataka et du Kérala en hiver, le Rajasthan (Pushkar, Jodhpur, Udaipur) durant la saison sèche (hiver – printemps) Bénarès (Varanasi) le long du Gange.
        • Si le pays reçoit 7,7 millions de touristes internationaux en 2014, cela fait de l'Inde la 41° destination touristique mondiale. Cependant, le tourisme indien se caractérise surtout par un important tourisme intérieur. Le tourisme est également un secteur en plein développement : le tourisme générait 3 milliards de dollars de revenus en 2002, 12 en 2008 et 20 en 2014.

     

    Les économies de l'Inde
    • Les services liés à l'extraversion pour des entreprises occidentales / étrangères : l'infogérance. Ce secteur est également appelé Information Technology par les autorités indiennes (3 millions d'emplois formels en Inde en 2014, 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires, environ 1/3 des emplois des services en Inde). Ce sont les services aux entreprises, les services bancaires et les services de communication. C'est le premier secteur qui a été ouvert à 100 % aux IDE en 1999. Ces activités sont concentrées à Bangalore ; Hyderabad, Chennai et Mumbai-Pune. A partir des années 2000, on parle de l'Inde comme du « bureau du monde » qui bénéficie de la délocalisation de centres d'appels ou de services aux entreprises. 
    • Depuis les années 2000, les services connaissent un double phénomène :
      •  d'une part une croissance rapide : dans le PIB, les services de haute technologie représentent 2 % du PIB en 1995 et 5 % en 2015 et en terme d'emplois : 300 000 ingénieurs et 150 000 informaticiens en 1990 → 3 millions d'emplois en 2014.
      • D'autre part, une précarisation des emplois. De 1999 à 2004, la croissance du nombre d'emplois en Inde (la population active est passée de 397 à 457millions de personnes) a entièrement été absorbée par le secteur informel. Qui est estimé à 90 % du total des emplois du pays.
    • Cette croissance est liée à des avantages et des choix qui s'inscrivent dans le temps long :
      • Le poids des décisions de l’État :
        • au milieu des années 1970, le gouvernement d'Indira Gandhi interdit les co-entreprises et pousse IBM à quitter le pays, laissant sur place ingénieurs et matériel.
        • Les investissements de l’État dans l'industrie militaire et nucléaire
        • l'ouverture libérale des années 1980
        • des investissements et des aides au secteur des services informatiques → liaison satellite entre l'Inde et les États-Unis en 1989 ; mise en place du Software technology Park of India (STPI) en 1990, une agence parapublique qui investit dans les infrastructures des technologies de l'information et des télécommunications en Inde ou à l'échelle des États de la fédération ; création de corridors informatiques (IT Corridors) à Bangalore et Chennai.
      • La présence de personnel bien formé : ingénieurs et informaticiens dont les salaires sont très compétitifs à l'échelle mondiale (150 à 250 € par mois pour un ingénieur en 2005). Des personnels anglophones. Chaque année, près de 165.000 jeunes sortent diplômés d'écoles d'ingénieurs de haut niveau.
      • Le décalage horaire qui permet de travailler la nuit pour les entreprises des États-Unis (10h30 de décalage : quand il est 18 heures sur la côte est des États-Unis, il est 5h30 en Inde … la journée de travail peut commencer ; quand il est 17 heures en Inde, il est 7 heures du matin à New York, même remarque.

     

    4- Une polarisation de l'espace économique indien

    a- Une métropolisation de l'économie : la libéralisation qui a peu changé les localisations industrielles

    • L'ouverture économique de l'Inde a logiquement surtout profité aux métropoles du pays. Cette ouverture a accompagné la tertiarisation de l'économie qui a profité elle aussi aux métropoles, notamment grâce aux IDE, Investissements Directs à l'étranger qui ont bénéficié en priorité à Mumbai et sa région (32 % des IDE reçus entre 2000-2001 et 2012-2013), Delhi (19 %), Chennai (6 %), Bangalore (5,5 %) et les villes du Gujarat (4,5 %).

     

    • Mumbai a ainsi accru son poids économique dans le pays.
      • C'est la capitale financière de l'Inde. En effet, la ville concentre un grand nombre d’institutions financières et de sièges sociaux, de banques nationales ou régionales :
        • Les sièges sociaux de la Reserve Bank of India, de la Life Corporation of India, de l’Industrial Investment Corporation of India, de l’Industrial Development Bank of India, de la Unit Trust of India ou encore de l’Industrial Reconversion Bank of India.
        • Les deux bourses majeures de l’Inde, la Bombay Stock Exchange (BSE) et la National Stock Exchange (NSE),
      • C’est la région métropolitaine la plus riche de l’Union, concentrant 1,6 % de la population active, 19 % de la valeur ajoutée industrielle, 14 % du capital productif (soit plus de 5 000 usines) et 25 % des impôts fédéraux sur le revenu. François DURAND-DASTÈS dépeint Mumbai comme « une capitale économique moderne à l’échelle du monde, un centre de décision présent dans une vieille région industrielle ayant su conserver et même développer ses activités, et tout particulièrement dans les secteurs économiques les plus novateurs » (2002 : 89).
      • La zone économique spéciale (SEZ) de Mumbai (SEEPZ) est la plus dynamique d'Inde, avec un volume d’exportations qui représente à lui seul 45 % du volume total des exportations des onze SEZ en activité en 2006.
      • L'aéroport de Mumbai est le deuxième du pays, avec 30 M de passagers en 2012 (1/3 des échanges) et le port de Mumbai la principale porte d'entrée des marchandises conteneurisées.
      • Enfin, il ne faut pas oublier le poids de l’industrie culturelle à Mumbai, notamment lié à Bollywood (150 000 emplois à Film City, 34 % des 1 966 films indiens commercialisés en 2012).

     

    • Delhi :
      • La capitale de l’État indien concentre logiquement les lieux de pouvoir politiques et économiques :
        • gouvernement central,
        • ministères,
        • bureaux de commandement militaires
        • ambassades,
        • sièges nationaux des institutions internationales (banque Mondiale, FMI, FAO, OMS, PNUD, UNICEF, …)
      • Delhi est également au cœur d'une région riche et productive et accueille 19 % des IDE du pays de 2000-2001 à 2012-2013.
      • L'aéroport de Delhi est le premier du pays, avec 34,2 M de passagers en 2012 (1/3 des échanges)

     

    • Chennai
      • La ville est un port et un centre industriel majeur (industrie automobile, verre, céramique) et un important centre de commerce, mais c'est aussi un centre financier et administratif majeur : 780 banques, selon la Reserve Bank of India.
      • Elle a aussi bénéficié des IDE et de l’ouverture internationale de ces 30 dernières années, par le développement notamment de Zones Économiques Spéciales (ZES) qui ont attiré des activités de la nouvelle économie. Entre Sriperumbudur et Ennatur, sur la route de Bangalore, on trouve par exemple une zone spécialisée dans les activités de télécommunications où se sont installées les entreprises Nokia (qui a produit 25 millions de téléphones mobiles), Flextronics, Motorola, Samsung ou Dell. Dans le sud de la ville, l’ancienne route de Mahabalipuram, (renommée « IT corridor » en 1999, puis « Rajiv Gandhi Salai » en 2007), on assiste depuis 2003 à l’implantation de nombreuses industries et d’instituts universitaires technologiques privés tournés vers les nouvelles technologies.
      • De même, le nouveau pôle urbain de Mahinra World City forme une ville satellite de 6 km². C'est une gated communauty , qui intègre des zones économiques spéciales, avec des industries de TI, de composants automobiles et de textiles (non polluantes) mais aussi des multicomplexes comprenant restaurants, commerces, cinémas, pizzerias, une clinique réputée et une école internationale. Dans la partie résidentielle, où l’on peut voir des centaines de lotissements en cours de construction (immeubles d’appartements, villas...), il est prévu d’accueillir 5 000 familles dont 60 % des membres seront employés dans cette ville satellite. L’entreprise de services informatiques Infosys qui vient d’installer plusieurs bâtiments à côté d’autres entreprises indiennes, accueille déjà plus de 2000 personnes. À terme il est prévu la création de 50 000 emplois.
      • L'aéroport de Chennai est le troisième du pays, avec 8,8 M de passagers en 2012 (9 % des échanges)

     

    • Les métropoles secondaires
      • Bangalore, considérée comme le pôle majeur des nouvelles technologies en Inde qui a connu une croissance démographique très forte depuis les années 1990 (population x 3 entre 1970 et 2000), qui accueille de nombreuses sociétés informatiques indiennes (BEL, Bharat Electroncs Limited), HAL (Hindoustan Aeronautics Limited), Infosys, Wipro. C'est une centre de R&D majeur en Inde, avec la présence d'Accenture, Cisco, Google, HP, IBM, Intel, Nokia, Oracle, Siemens ou Yahoo. Ce pôle se développe actuellement aussi autour des biotechnologie avec l'entreprise pharmaceutique Biocom.
      • Hyderabad, 7 millions d'habitants qui s'est aussi rapidement développée grâce aux nouvelles technologies (présence à Cyberabad ou Cyber City d'Amazon, Facebook, Google, Microsoft, …) et à la recherche pharmaceutique (Genome Valley, cluster avec près de 100 entreprises).
      • Kolkata, avec 15 millions d'habitants, est la troisième ville du pays. Elle est considérée comme la capitale de l'ouest, au point de vue politique, culturel ét économique. Son poids s'est alourdi avec le développement des films de Tollywood (tournés à Tollygunge) et surtout les pôles tertiaires de South City (commerces, parc technologique, …) ou de Uniworld City

     

    b- Des ports encore peu insérés dans les circuits mondiaux

    Première remarque, les ports indiens sont souvent classés selon leur catégorie administrative : les autorités indiennes considèrent qu'il y a des ports majeurs (majors ports), qui sont gérés par l’État central indien. Ce sont surtout des ports importants, il n'y en a que 13. D'autre part, les autorités dénombrent 176 ports mineurs (minor ports), gérés par les États de la fédération. Certains de ces ports mineurs, comme celui de Mundra, premier port indien en tonnage et deuxième en nombre de conteneurs transbordés.

    Deuxième remarque, alors que l'Inde compte 7 507 km de côtes, son littoral a longtemps été oublié par les autorités nationales, préférant un développement endogène à un développement venu de l'extérieur, associé à la colonisation et à ses ports d'exportation, Bombay, Calcutta et Madras.

    • Une modernisation et une ouverture qui date des années 1990. 
      • Comme dans les autres secteurs d'activités, le choix de l'ouverture internationale et de la libéralisation fait dans les années 1980 a impacté l'activité portuaire à partir des années 1990. Ce changement a été associé à des réformes structurelles allant dans le même sens : libéralisation du commerce maritime, accueil de capitaux étrangers et privatisation des infrastructures portuaires. Ces investissements massifs ont été faits aux deux échelles : nationale dans les ports majeurs et régionale dans les ports mineurs.
      • Un des principaux opérateurs de ces changements et de ces investissements a été le groupe indien Adani, un conglomérat né en 1988 pour faire du commerce de produits alimentaires et de matières premières, notamment le charbon. Le groupe gère 7 ports, dont le port de Mundra (et 4 autres ports au Gujarat, Dhamra en Orissa, Mormugao à Goa et Visakhapatnam en Andhra Pradesh)
      • Les réformes de 1991-1996 vont accélérer l'activité des ports qui géraient 220 millions de tonnes de marchandises en 1994-95 puis 522 Mt en 2004-2005 et 1 050 Mt en 2014-2015.
      • Cette modernisation s'est déroulée à l'heure de la conteneurisation des marchandises. Ainsi, en 1994-95 , les ports indiens ont déplacé 1 250 000 evp (l'équivalent des ports du Havre et de Rouen) et en ont géré 11,6 M en 2014-2015.
    • Deux littoraux … 6 complexes portuaires majeurs et des ports secondaires :
      • Le littoral de la mer d'Oman, la côte ouest de l'Inde reste dominant avec 60 % du trafic du pays. On y trouve :
        • Les ports du Gujarat autour du golfe du Kutch : le port de Mundra, celui de Kandla, de Vadina et de Sikka. A eux 4 ; ces ports on géré 288 Mt de marchandises, soit 27,5 % du total indien. Ils ont aussi géré près du quart des conteneurs du pays. Mundra est le port principal (mais reste un port mineur), il est généraliste (conteneurs + hydrocarbures + plus grand terminal d'importation de charbon au monde, du charbon surtout venu des mines australiennes … possédées par Adani). Il est assicié à une zoné économique spéciale de près de 6 500 ha. Dans le golfe se trouvent deux ports spécialisés dans les hydrocarbures : Sikka (avec la plus grande raffinerie de pétrole du monde selon la société indienne Reliance) et Vadinar. Kandla est de plus en plus tourné vers les conteneurs.
        • Les ports du golfe de Khambat (ou Cambay) : Alang (port de déconstruction de navires), Dahej, Hazira et Pipapav ont traité près de 50 Mt de marchandises et près d'un million d'evp en 2014-2015. Ce sont des ports émergents qui sont proches d'Ahmedabad et connectés à la plaine du Gange et au Penjab.
        • Les deux ports de Mumbai, le port historique, colonial, inséré dans la ville malgré ses 8 km de long. Son trafic augmente toujours, de plus en plus vers les hydrocarbures. De l'autre côté de la baie, le port de Nhava Sheva (ou Jawaharlal Nehru Port Trust, JNPT) est devenu un hub pour les marchandises conteneurisées. Les deux ports ont accueilli 125 Mt de marchandises et 4,5 M d'evp en 2014-2015 (respectivement 12 % et 39 % du trafic indien). Le port de JNPT (30 ° port mondial en evp) a pour ambition d'accueillir toujours plus de porte-conteneurs et de s'adapter aux plus grands navires, ceux de plus de 18 000 evp. Pour cela, le chenal de 33 km qui mène au port est en train d'être approfondi de 14 à 17 mètres de profondeur. Il dispose d'une capacité d'accueil de plus de 60 hectares. Ces deux ports sont les ports de Mumbai, mais aussi de toute l'Inde centrale, jusqu'à la plaine du Gange et Hyderabad.
        • Des port isolés :
          • Kochin (Cochin), 365 000 evp et 21 Mt de marchandises (hydrocarbures)
          • New Mangalore, 63 000 evp et 36 Mt de marchandises (hydrocarbures). C'est le port vers les Lacquedives.
          • Mormugao, 25 000 evp et 15 Mt de marchandises (en déclin, port minéralier)
      • Le littoral oriental, du golfe du Bengale :
        • Les ports de Chennai (Tamil Nadu) qui ont géré 115 Mt de marchandises et 2,1 M evp en 2014-2015 (respectivement 11 % et 18 % du trafic national). Des ports généralistes.
        • Les ports de Kolkata (45 Mt de marchandises et 630 000 evp)
        • Les ports isolés :
          • Paradip : 71 Mt et 4 000 evp. Ce port est associé au port de Dharma (15 Mt) dont l'entreprise Adani veut faire le Mundra de l'est.
          • Krishnapatnam : 40 Mt et 92 000 evp
          • Visakhapatnam : 58 Mt et 250 000 evp.
      • Noter aussi la présence entre Mumbai et Mundra d'un système de cabotage et de ro-ro (roll on rol off) qui désert le sports du golfe du kutch et du golfe de Khambat.
    Les économies de l'Inde

    c- Des corridors de développement au cœur des projets politiques

    • Comme dans d'autres pays, le gouvernement de l'Inde est porteur de grands projets d'aménagement du territoire. Le projets actuels sont organisés autour de corridors de développement industriels.
    • Le projet le plus avancé est celui du corridor de développement Delhi – Mumbai, ou DMIC (Delhi Mumbai Industrial Corridor). Il est long de 1 500 km et large de 150 km et permet de relier et d'organiser le développement autour des deux capitales mais aussi de pôles économiques comme Ahmedabad et huit autres métropoles de plus d'un million d'habitants. Le projet prévoit la construction d'une autoroute, d'une voie de chemin de fer dédiée au fret et une ligne à grande vitesse de 1 200 km mais aussi neuf zones industrielles et sept villes nouvelles, le tout pour 100 milliards de dollars financés par l’État indien et le Japon.
    • Autres corridors :
      • le corridor Amritsar – Delhi – Calcutta
      • le corridor Chennai – Bengaluru
      • le corridor Bengaluru – Mumbai
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