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Geobunnik

Le blog d'un enseignant qui prépare au CAPES et au CRPE en géographie à l'ESPE de Corse à Ajaccio et Corte.

Les espaces forestiers français, des territoires en marge ? (correction)

Publié le 27 Juin 2017 par geobunnik in La France des marges

1- Penser avant d'agir (ce que l'on sait sur la question pour garder un esprit critique sur les documents)

  • Les forêts = des territoires ruraux, donc à insérer dans les logiques des marges rurales, c'est à dire des espaces en déclin parfois, des espaces à préserver, des espaces à exploiter. Faut-il relier cela aux représentations (la forêt est porteuse de fortes représentations d'isolat) ? Comme l'écrit Alain Génin (« La forêt française : permanence d'une marge ? », in E. gresillon, F. Alexandre et B. Sjaloli, La France des marges, Armand Colin, pages 397-411), l'étymologie renvoie à un monde du dehors (foris). On le représente comme un espace extérieur, non civilisé, impénétrable, lieu des déviants (sorcières, …) ou des exclus (souvenez vous de Blanche neige et de ses petits amis)
  • mais les forêts sont aussi urbaines (on parle alors plutôt de « bois » ou de parcs) = à relier aux problématiques de la nature et les marges en ville = un tiers-espace, des refuges, des zones où se cacher, des zones de commerce illicite,...
  • La forêt est aussi un espace naturel particulier, avec son rythme (lent), décalé par rapport au rythme urbain et humain, avec des interactions homme-faune-flore, avec des enjeux de préservation, de protection mais aussi d'exploitation.
  • C'est un territoire mis en tourisme ces cent dernières années, avec des aménagements pour les chasseurs, les visiteurs, les promeneurs, les cueilleurs, les artistes, etc.
  • 17 M d'ha, soit 30,5 % du territoire français, mais une grande diversité :
    • forêt méditerranéenne
    • forêt de plaine (océaniques ou continentales),
    • forêts de montagne
    • forêts tropicales
    • 8 000 ha de mangrove en Guadeloupe aussi.
  • Régions (au sens large du terme) les plus boisées :
    • La Guyane,
    • Les Landes,
    • Les Vosges,
    • Le massif des Corbières (Méditerranée),
    • Les Cévennes,
    • Les Alpes du sud,
    • La Corse du sud
  • Penser aussi à la relation humains-forêts qui est très forte : représentations, pratiques, usages, ce qui a des conséquences dans les choix d'aménagement (= pour qui ? Pour quoi faire ?)
  • Des forêts qui peuvent appartenir à l’État (gestion ONF, Office National des Forêts), à des collectivités locales ou à des particuliers (¾ des superficies des forêts).
  • Enfin, les forêts, comme tout espace rural est soumis à la pression urbaine, non seulement par des usages motorisés ou piétons (= penser tensions, conflits d'usages, partages), mais aussi par le front urbain (exemple de la forêt de Fontainebleau, de la forêt de Haye à Nancy, …

Bon, ça ne donne ni un plan ni une problématique, mais cela permet de regarder sereinement les documents.

2- Un premier regard sur le dossier (les sources, les documents vus de loin = la liste de la première page + une première lecture)

Faire ressortir dans les documents :

  • La forme = deux issus de revues scientifiques (2+5), un de l'IGN, deux de quotidiens nationaux ; ces documents intègrent parfois de l'infographie (doc 3) et des cartes ou plans (docs 2+4+5). → une grande variété de supports. 
  • Les dates = 2012-2015, rien à dire, si ce n'est que les infos peuvent remonter (doc 3) à 1980. 
  • Les échelles entre local (1+4+5), régional (2) et national (3). On peut insister sur le doc 2 : une forêt qui n'est pas que métropolitaine.
  • Les thèmes = évidemment la forêt, mais à travers des entrées variées : les activités (1-2-3-4), les aménagements (1-4-5), l'habiter (1-2-4-5), une marginalité plus ou moins forte (tous), l'évolution, les dynamiques internes ou externes qui influent sur les espaces forestiers (1-2-3-4-5) ; la protection ou l'exploitation ; les ressources des forêts ; … Donc là encore une grande variété de thèmes. A vous d'en déterminer les principaux, ce qui vous semblent les plus importants ou les plus intéressants selon la problématique que vous voulez suivre.

A ce stade de réflexion (15-20 minutes maximum), une première problématique et une esquisse de plan doivent se dessiner : des forêts entre protection et aménagement ? Des territoires en transformation (un peut court comme problématique) ? Des espaces périphériques que l'on tente d'intégrer malgré leur éloignement ? Etc.

3- Analyser les documents un par un (lire, décrypter, commenter, analyser, faire ressortir les faits saillants)

C'est de la géographie, donc il faut chercher des logiques spatiales, des acteurs, des représentations, des pratiques, des contraintes naturelles et humaines, des aménagements, etc.

C'est un commentaire de documents, il faut donc aussi apporter votre regard issu de vos connaissances sur le sujet (la France des marges)

Les espaces forestiers français, des territoires en marge ?  (correction)

Pour mémoire, la forêt de Fontainebleau, c'est 25 000 hectares autour d'Avon et Fontainebleau. Elle est située juste au sud de Melun , dont une partie est classée réserve de biosphère. C’est un lieu emblématique du tourisme (promenades à pied ou à cheval), du sport (escalade, marche, course à pied, …) ou des arts (notamment peinture avec l'école de Barbizon).

Les espaces forestiers français, des territoires en marge ?  (correction)
Les espaces forestiers français, des territoires en marge ?  (correction)
Les espaces forestiers français, des territoires en marge ?  (correction)
Les espaces forestiers français, des territoires en marge ?  (correction)

4- Poser ses idées avant de rédiger.

Vous avez déjà passé une heure :

  • 15-20 minutes pour un premier regard qui vous a donné un cap :
    • idées de problématique et de parties
    • analyse du dossier (pour sa présentation succincte dans l'introduction)
    • regard critique sur les documents
  • 40-45 minutes pour une lecture approfondie des documents à l'aide d'un surligneur, de stylos de couleur, d'un brouillon pour :
    • extraire les infos
    • commencer à les classer,
    • finaliser son plan et sa problématique

Vous avez donc concrétisé vos premières intuitions et vos remarques ou bien vous les avez changées pour en tirer un plan et une problématique.

Ici, je propose une étape supplémentaire (car c'est une correction) qui récapitule les infos trouvées. Dans une soucis d'être efficace en examen, je poserais tout cela dans un brouillon, rapidement(10-15 minutes maximum).

L'objectif est de vérifier que son plan est équilibré et que sa problématiques est adaptée.

 

Document

Infos des documents

Analyse, commentaire

Lien avec les autres docs

1

- Enjeu des activités, ici principalement le tourisme, avec risque de surcharge ? (11 millions de visiteurs par an !)

 

- Des acteurs nombreux = visiteurs (touristes) ; l’État (ONF, ses agents)

 

- un enjeu majeur ici : les parkings, donc la connexion de la forêt

 

 

- la gestion de la forêt est pensée de manière durable par l'ONF. Il y a des enjeux financiers importants

- Un tourisme pour qui ? Par qui ? Quelles sont les autres activités (chasse, exploitation) ? Un partage de la forêt ?

(presque autant de visiteurs qu'Euro-Disney : 15 M)

- des acteurs plutôt urbains : une forêt périurbaine ; quid du front urbain ? (Melun, ville nouvelle juste au nord)

- est-ce réellement une marge ou une périphérie ? C'est bien un espace extérieur, différent, mais pas exclu : volonté de la part de tous les acteurs de connecter … tout en restant naturel, différent, extérieur à la ville.

- la forêt est un territoire dynamique, non stable, contrairement aux représentations que l'on peut en avoir. Penser aussi aux tempêtes, aux risques ?

Docs 2-3-5

 

 

Docs 2-3-4-5

 

 

 

 

 

Docs 1-2-4-5

2

- De nombreux acteurs en présence : État, Parc, communes, habitants, orpailleurs

 

 

 

- Un lien forêt-climat important = des contraintes, une fragilité, des interactions. C'est bien un espace naturel.

- Une densité de population très faible … →

 

- Une gestion durable de la forêt

 

 

 

- la taille de la forêt + l'Amazonie

 

- Le parc naturel = des zones classées, un cœur et des territoires habités.

- des acteurs nationaux, extérieurs (les touristes, l’État) ou locaux. Donc des enjeux différents. Parmi ces acteurs, certains sont bien dans la marge (orpailleurs illégaux ; minorités pauvres, isolées)

Ce sont des habitants = un territoire habité.

- C'est un territoire en stock ?

 

donc une marge, peu accessible, peu de routes ou pistes, transport en pirogue ou sur des sentiers.

- cette gestion durable se heurte aux orpailleurs, au climat mondial, à l'exploitation de la forêt. Penser au lien (conflit parfois) entre exploitation et préservation, donc aussi entre représentations de la forêt.

- une forêt sur plusieurs pays, avec une frontière poreuse, entre une pays de l'UE et des pays pauvres.

- Ce parc est un acteur, mais aussi un projet, des négociations, des tensions. On reprend l'idée d'exploitation vs préservation.

Docs 1-2-3-4-5

 

 

 

 

Docs 1-2-3-4-5

 

Docs 1-2-3-4

 

 

Docs 1-4

 

 

 

 

 

 

 

Docs 1-5

3

- des chiffres, toujours utile pour argumenter

- une évolution, à limiter dans le temps (20-50 ans?) et à commenter : → → → →

 

 

 

- des localisations possibles : les grands massifs + les autres

 

 

- l'accroissement se fait surtout dans les zones les moins boisées (agricoles), dans des zones rurales profondes ou non. Mais il y a aussi un recul face à l'urbanisation (artificialisation des sols)

- Noter l'échelle nationale qui n'intègre pas les autres forêts, outre-mer (Guyane, Caraïbes, Nouvelle-Calédonie) : des forêts qui abritent d'autres espèces. Expliquer les raisons des localisations : l'histoire, la nature mais aussi l'action des sociétés ; Enfin, relier la forêt aux marges = ces espaces boisés sont-ils tous des marges ?

En bref, un document qui pousse à une typologie.

 

 

 

 

 

 

Docs 1-2-4-5

4

- Une marge : un territoire peu peuplé, isolé, en forêt, en moyenne montagne, dans une commune pauvre.

 

 

- Des enjeux de connexion par le tourisme, des aménagements = sortir de la marge ?

- Un conflit, des tensions fortes autour d'une ZAD potentielle.

- A relier avec d'autres forêts en marge identiques, où tourisme et aménagement sont vus comme des moyens de s'extraire de la marge (des parcs naturels ? L'arrière pays niçois ? L'Ardèche ? L’Ariège ? …)

- Des connexions non visibles sur les docs = autoroutes, LGV, aéroports, …

 

- ce conflit se joue entre de (très) nombreux acteurs : entreprise privée / État / commune / conseil général / associations / urbains-touristes / habitants-locaux / ONF-gérants de la forêt.

- la sortie de crise : arrêt du projet confirmé par la cour administrative d'appel de Lyon en décembre 2016.

Docs 2-3

 

 

 

 

Doc 1

 

Docs 1-2-5

5

- Des bois urbains = dans la ville, à différencier du péri-urbain (voir Fontainebleau, doc 1)

 

- Un territoire habité par les sdf, les visiteurs, les touristes, les ouvriers.

 

 

- une marge dans la ville

- D'autres forêts similaires = Boulogne, bien sûr, mais aussi tous les parcs urbains des métropoles et grandes villes. La forêt est aussi présente dans les villes.

- Idées d'aménagement, d'appropriation du territoire par les habitants par l'habitat mais aussi les activités. Ici, on a l'exemple des SDF, mais on peut élargir aux autres habitants.

- A relier aux autres marges, non pas de la ville, mais des espaces forestiers.

Docs 1-3

 

 

 

Docs 1-2-4

 

J'en tire donc le plan suivant, qui répond à une problématique simple : La volonté d'intégrer les espaces forestiers dans le monde urbain se heurte-t-elle à des pratiques qui ne sont pas prises en compte ?

  1. Des marges naturelles à l'écart du monde urbain.
  2. Des espaces dynamiques aux usages variés
  3. Une intégration complexe

Avant de rédiger le développement, je rédige mon introduction et ma conclusion :

 

Introduction :

Depuis longtemps, comme le racontent les contes (de Blanche Neige à la Belle au bois dormant) la forêt a été assimilée à un territoire extérieur au monde civilisé, urbanisé. C'est un « extérieur » dont on retrouve le sens dans l'étymologie du mot (qui pourrait venir du latin « foris », en dehors de). Notre société urbaine ne porte le même regard sur ces espaces forestiers mal connus, porteurs de fortes représentations liées à la sauvagerie, à l'animalité, à l'anormalité ou au refuge, des espaces qui ont échappé à l'action humaine, vierges de tout aménagement. Cette représentation se heurte à des pratiques nombreuses de ces espaces forestiers : des pratiques de promenade, cueillette, chasse, sports, etc. Ces espaces forestiers sont cependant beaucoup plus variés et complexes qu'il n'y paraît de prime abord. Au delà des différences de taille, d'essences ou de localisation, il faut relever la diversité des relations que les sociétés entretiennent avec ces territoires plus ou moins ouverts, plus ou moins accessibles. En effet, si certaines de ces forêts, bois ou parcs peuvent apparaître comme intégrés à des territoires centraux, appropriés par les sociétés de manière plus ou moins forte, de nombreux espaces forestiers restent à l'écart des centres urbains, mal connectés à ceux-ci. Ils peuvent apparaître comme des confins, des tiers-lieux entre deux territoires urbanisés. Ici, la forêt n'est pas forcément le facteur créant la marginalité (comme pourrait l'être l'insularité ou le relief), il s'ajoute à d'autres facteurs plus importants : la faiblesse (voire l'absence) d'un peuplement humain, une dépendance vis-à-vis de territoires centraux, une situation excentrique (au sens propre du terme, c'est à dire hors du centre), un isolement plus ou moins fort. Enfin, comme le montre ce dossier, ces territoires sont porteurs, en tant que marge, d'expériences ou d'expérimentations dans lesquelles les acteurs, nombreux et concurrents peuvent entrer en conflit. Voilà pourquoi on peut se demander si la volonté d'intégrer les espaces forestiers dans le monde urbain se heurte à des pratiques qui ne sont pas prises en compte. Pour répondre à cette problématique, nous nous intéresserons dans une première partie à expliquer que ces marges sont à l'écart du monde urbain. Une deuxième partie montrera que, cependant, ces territoires ne sont pas atones : il s sont porteurs de dynamiques et d'usages très variés. Enfin, une troisième partie expliquera que l'intégration de ces marges se fait de manière très complexe.

 

Conclusion :

Nous avons donc pu voir à travers les exemples de ce dossier documentaire qu'en ce début de XXI° siècle, les espaces forestiers français sont souvent vus par les acteurs locaux ou nationaux comme des territoires en stock, utiles pour installer une infrastructure ou pour développer des usages urbains (très souvent touristiques, comme à Roybon ou Fontainebleau), des territoires qui se transforment parfois en frontière du monde urbain, dans lesquels les acteurs se confrontent dans des pratiques mais aussi des représentations parfois antagonistes (Roybon, mais aussi Guyane) ou non prévues par les aménageurs (le bois de Vincennes). Ainsi, au delà d'une vision trop simple d'une forêt isolée, refuge, en stock ; il faut bien voir les espaces forestiers comme des espaces très variés, habités de manière variable selon les lieux voire les saisons,des espaces également régis par des temporalités variables. C'est certainement cela que l'ont peut souligner pour conclure : les espaces forestiers peuvent être des marges, non pas par leur caractère boisé, mais celui-ci est un élément complémentaire, comme peuvent l'être l'insularité, le relief ou la ruralité profonde, qui renforce la marginalité d'un lieu … tout en étant un atout pour se connecter aux lieux centraux de notre société urbaine, les métropoles.

 

Plan :

1- Des marges naturelles à l'écart du monde urbain.

  • Des espaces marqués par l'importance de la nature (paysages, …) 
  • Une diversité de forêts en France (typologie = essences, taille, usages) = un gradient de marginalité ?
  • Des urbains très présents dans les forêts

2- Des espaces dynamiques aux usages variés

  • Des espaces exploités pour leurs richesses naturelles
  • Le tourisme, un espoir fort
  • Des usages non prévus, illégaux ou marginaux (sdf, orpailleurs, refuges, …)

3- Une intégration complexe

  • Connecter les espaces forestiers, un pari à double tranchant (risque de surexploitation)
  • Des tensions entre acteurs sur les aménagements et leurs conséquences
  • Un zonage qui vise à la fois à l'intégration et à la séparation (parcs, center parc)
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