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Geobunnik

Le blog d'un enseignant qui prépare au CAPES et au CRPE en géographie à l'ESPE de Corse à Ajaccio et Corte.

Une très courte bibliographie sur la France des marges

Publié le 4 Juillet 2017 par geobunnik in epistemologie de la géographie, La France des marges

La question de la France des marges est au concours du capes depuis un an (mai 2016), l'occasion pour les étudiants comme pour les géographes de réfléchir à ce qu'est la France et ce que sont ses marges. En effet, la France des marges n'est pas qu'une question sur la marginalité de territoires ou de personnes (ce que de nombreux géographes appellent la marge sociale et la marge spatiale). C'est d'abord une question sur la France, ce qu'elle est, son organisation territoriale et spatiale, ses pratiques urbaines et rurales, bref sa géographie.

 

Il a fallu une bonne année pour que trois manuels soient produits spécifiquement pour cette question par trois équipes différentes. Ces trois ouvrages au titre identique (la France des marges) sont parus respectivement et successivement :

  • chez Armand Colin (dirigé par Étienne Grésillon, Frédéric Alexandre et Bertrand Sajaloli – 25 euros),
  • chez Ellipses (dirigé par Gabriel Wackermann – 29 euros)
  • et aux Presses Universitaires de Rennes (dirigé par Martine Candelier-Cabon et Solène Gaudin – 22 euros).

Trois ouvrages qui s’attellent aux mêmes objectifs, à savoir faire comprendre la notion de marge(s), de marginalité, de marginaux (ce qui constitue les premières parties des trois manuels) puis d'expliquer les lieux, les espaces, les territoires en marge ou de la marge.

La grande force de ces trois ouvrages est donc de produire un grand travail de théorisation du sujet, une théorisation qui prend beaucoup de place, mais qui sera toujours utile de lire et de comprendre pour bien apprécier ce sujet.

Désolé pour les ouvrages d'Aleandra Monnot (Bréal), de Raymond Woessner (Atlande) et de Samuel Depraz (Aramnd Colin aussi) que je n'ai pas lu en profondeur.

 

Parmi ces trois manuels, l'ouvrage dirigé par Gabriel Wakermann se distingue par sa problématique générale : il est centré sur une géopolitique des marges et amène donc le lecteur à des considérations géoéconomiques, géopolitques et géohistoriques, principalement à l'échelle nationale. Je lui trouve un défaut notable, celui de s'intéresser trop peu aux marginaux et à leurs capacités créatrices et à leurs dynamiques mais aussi de porter parfois un regard trop extérieur sur des territoires de la marge, quitte à porter des jugements plutôt négatifs (comme sur les espaces ruraux ou sur les banlieues). De même, certaines études m'ont semblé trop resserrées (les Antilles sous le prisme des transports : la marges est plus que l'éloignement ; la définition de la marge limitée à la pauvreté ; la montagne définie d'abord comme un ensemble naturel, …)

Cependant, ce livre possède de grands atouts : j'ai adoré le chapitre 12 (Marginalités sociales et dynamiques de la France des marges écrit par Emmanuel Jaurand) notamment dans ce qu'il apporte sur les différents groupes parfois en marge de notre société : tziganes, musulmans, « jeunes des quartiers », SDF, homosexuels, nudistes, … Il y rappelle notamment combien les espaces, les trajectoires des personnes de la marge sont fluctuants, divers, complexes et combien ces espaces portent en eux des éléments de centralité qu'il ne faut pas négliger.

De même, les chapitres 17 à 20, comme le dernier tiers du chapitre 22 sont à lire et à retenir ; j'ai également apprécié la présence de « dissertations » qui font un point précis : lisez celles sur Les littoraux dans la France des marges (pages 308-314) et Villes, marges et mondialisation (pages 315-320), accompagnées de croquis de synthèse.

Vous l'avez compris : un ouvrage à lire entièrement, mais à ficher en partie … en gardant un œil critique.

 

Le manuel dirigé par Étienne Grésillon, Frédéric Alexandre et Bertrand Sajaloli m'a beaucoup plus plu. Ici, les 50 auteurs ont produit un ouvrage qui me semble plus convenir à l'esprit de la question du capes, principalement axé sur les acteurs des espaces de la marge ou en marge. Globalement, c'est un très bon ouvrage, avec des analyses pointues et utiles sur des acteurs parfois oubliés par les aménageurs, les politiciens ou les urbanistes : les pauvres, les migrants, les femmes ou les prisonniers (chapitres 5 à 10 de bonne facture). De même, l'entrée territoriale ou spatiale des chapitres 11 à 16 et 18-19 m'a beaucoup apporté. Parmi ces chapitres, une mention spéciale au chapitre 12 sur les SDF parisiens (par Étienne Grésillon et Océane Kneur) qui apporte un regard pointu sur les espaces de vie (l'habiter) et la gestion par les autorités ou les associations de ces personnes en marge [à compléter avec d'autres travaux d'Étienne Grésillon, mais aussi http://www.lemonde.fr/societe/portfolio/2009/12/31/paris-se-herisse-contre-les-sdf_1286223_3224.html ou http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/11/01/dans-le-bois-de-vincennes-les-sans-abris-que-cache-la-foret_5023577_3224.html ou encore http://www.lemonde.fr/societe/portfolio/2013/04/16/entre-deboires-et-debrouilles-la-vie-du-petit-peuple-du-bois-de-vincennes_3160052_3224.html ]

De même, la partie sur le monde sural est aussi riche et utile pour le concours, dont le chapitre 26 écrit par Bertrand Sajaloli et qui montre bien la capacité créatrice des espaces en marge et des espaces de la marge.

Enfin, j'ai aimé le chapitre 27 sur comment enseigner les marges de Caroline Leininger-Frezal qui fait le point sur l'enseignement des marges en collège et lycée.

En bref, un excellent ouvrage à mettre en fiches et à relire, pour les écrits comme pour les oraux.

 

Le troisième et dernier manuel qui traite de ce sujet m'est plus délicat à vous présenter, puisqu'en suis un des auteurs. J'y ai trouvé là aussi du bon et du très bon … mais je me contenterais du meilleur (haha). C'est l'ouvrage dirigé par Martine Candelier-Cabon et Solène Gaudin (et c'est aussi le moins cher!) qui s'intéresse surtout aux dynamiques et aux politiques d'aménagement face à (contre?) ou avec ces espaces ou territoires en marge. Pour ne vexer personne, je le place au même niveau que le précédent en terme de qualité et d'apport pour le concours. (bonne chance pour faire votre choix !)

De toutes les définitions proposées dans ces trois manuels, je vous propose de bien lire celle du premier chapitre de cet ouvrage, celui de la définition par Raymonde Séchet et Djemila Zeneidi qui replace le sujet dans les logiques attendues de la géographie sociale, en propose les origines et les tenants actuels : les jeux d'échelles, le rapport à la norme, l'importance de l'expérience de la marge et de la marginalité, des enjeux de gestion et d'aménagement : comment vivre avec des espaces ou des territoires en marge ? 33 pages (17 à 50) à lire absolument.

Le manuel est découpé en quatre parties : une partie épistémologie -définition ; une partie territoriale ; une partie liée aux dynamiques d'inclusion ou d'exclusion de ces espaces et une dernière partie sur le rapport à la norme.

De même, j'ai adoré les chapitres 4-5 et 7 à 12 (je passe sur le chapitre 6 … je compte sur vous pour me dire ce que vous en pensez;)) qui arrivent à concilier théorisation des thématiques et cas particuliers et précis (sur les banlieues, le périurbain, les mobilités, le numérique, les friches industrielles (peut-être mon préféré), l'outre-mer et les dynamiques environnementales). L'occasion de montrer dans ces différents chapitres que les marges sont variées, qu'elles portent en elles des dynamiques propres et qu'elles sont l'enjeu de politiques d'aménagement dont l'objectif est parfois de cacher ces marges, parfois de les intégrer pour ce qu'elles sont, parfois de créer de la marginalité, parfois d'ignorer leur marginalité pour créer d'autres espaces ou d'autres territoires, parfois encore d'utiliser la marginalité comme un outil d'aménagement.

Attention cependant, si l'ouvrage montre très bien comment des marges sont au cœur de politiques d'aménagement des territoires, ne soyez par rebutés par ce terme : il est tout à fait clair et accessible à tous et offre un point de vue riche … un ouvrage à mettre en fiches absolument.

En bref : un ouvrage excellent (et pas parce que j'y ai participé) à utiliser pour les écrits comme pour les oraux.

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