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Geobunnik

Le blog d'un enseignant qui prépare au CAPES et au CRPE en géographie à l'ESPE de Corse à Ajaccio et Corte.

Chapitre 1 : "Stabilités", Les éléments du temps long, de la géohistoire (1)

Publié le 21 Septembre 2012 par geobunnik in CAPES - Canada, Etats-Unis, Mexique

Dans ce chapitre, vous trouverez une tentative de présentation de l'Amérique du Nord à travers ses territoires. En effet, les territoires de l'Amérique du Nord ont été façonnés par les sociétés et le sont encore, mais les territoires ont aussi façonné les sociétés : des sociétés qui ont découvert des paysages, des plantes, des ressources inconnues. Ainsi, il a fallu s'adapter au froid, au chaud, à l'aride ; il a fallu comprendre les fleuves et les mers, les climats (parfois on l'a oublié, comme lors du passage de Katrina), il a fallu aussi exploiter les sols, les forêts, les montagnes, les sous-sols... une exploitation qui dure encore. On peut affirmer sans problème en suivant l'idée de Michel GOUSSOT (Espaces et territoires aux États-Unis, Belin Sup, 2004) que les États d'Amérique du Nord se sont forgés une identité par le territoire. Un territoire qui est vu comme constitutif de l'identité nationale aux États-Unis comme au Canada, car il est considéré comme quasi vide et comme un front pionnier à coloniser, étape par étape. La relation au territoire est différente au Mexique. Passé le temps de la recherche de l'Eldorado, est venu le temps de la conquête d'un territoire déjà organisé politiquement, mais aussi déséquilibré entre un sud peuplé et agricole et un nord vide et steppique.

 

1.1. Une relation forte à la nature et au territoire née de l'histoire (la colonisation)

Les trois pays sont nés de la colonisation européenne, subissant alors une triple influence européenne, une influence africaine et bien sur une influence "indienne". Nous verrons par la suite qu'il y a eu d'autres vagues de migrations, plus tardives, venant d'autres continents.


1.1.1. L'Amérique du nord avant Colomb

N'oublions pas que les Américains sont tous des immigrés, mais ces migrations sont plus ou moins proches. Si les premiers occupants des terres américaines ont traversé le détroit de Bering il y a quelques dizaines de milliers d'années, ils ne forment aujourd'hui qu'une minorité plus ou moins grande dans les trois pays. Cepandant, ils ont marqué les territoires par leurs agricultures, leur influence sur les sociétés qui les ont suivies.

 

a- Les territoires de langues indiennes

 

Il est admis que les premiers habitants de l'Amérique du Nord sont venus d'Asie par le détroit de Béring il y a 15 à 25 000 ans par des vagues de peuplement successifs. Ces groupes ont créé des civilisations organisées et structurées qui ont ensuite disparu au moment où les premiers colons sont arrivés.

 

Aux États-Unis comme au Canada, les "Indiens" (ou "natives " aux États-Unis, "autochtones" au Canada) vivent plutôt en tribus dirigées par des chefs religieux, les "sachems". On en trouve de trois types :

  • Des groupes nomades qui vivent de la chasse et de la pêche :

    • Dans les grandes plaines, ou les plateaux, des groupes suivent les troupeaux de bisons dont ils tirent leurs habits et leur nourriture, tout comme les biches, cerfs, antilopes ou encore une petite agriculture du maïs dans les terrains plus humides. (Cheyennes, Sioux, Comanches)

    • Dans l'extrême nord canadien et en Alaska, des communautés inuites continuent de vivre de la chasse et de la pêche. (Inuits) 

  • Des groupes sédentaires, agriculteurs :

    • Dans les régions sèches ou arides du sud, les groupes se sont sédentarisés et ont développé l'agriculture du maïs notamment. Les Navajos et autres peuples du désert mexaméricain, dans les plateaux des mesas vivent de l'agriculture dans des petites communautés villageoises qui cultivent maïs, courge, haricot, coton et tabac.(Navajos, Apaches)

    • Sur la côte Pacifique, peu d'agriculture (sauf le tabac) mais de la pêche (saumon), de la collecte et du commerce lors de foires. On y trouve même de l'esclavage. (Chinooks)

    • Autour des Grands Lacs, l'agriculture des "trois soeurs" (maïs, haricot, courge) mais aussi l'usage des bienfaits du bouleau permet aux groupes de se sédentariser dans des petits villages aux "longues maisons". Parmi ces groupes, les Iroquois marquent les esprits des Européens car ils sont organisés en une Ligue, un système diplomatique souple. Certains villages comptent plus de 2 000 habitants dans une douzaines de longues maisons.(Iroquois, Montagnais)

  • Des groupes institués en États :

    • Dans le sud du Mexique, des systèmes plus complexes, avec la civilisation aztèque, ou la civilisation maya (disparue depuis le X° siècle)

Avant l'arrivée des Européens, les peuples autochtones occupaient les territoires septentrionaux de façon pelliculaire et quasi ubiquiste. Ces groupes ont été progressivement dépossédés de leurs terres lors de la conquête de l'Ouest, soit par le massacre des troupeaux de bisons qui servaient de garde manger (merci Buffalo Bill et ses amis), soit par des guerres, soit par des accords politiques qui ont poussé les communautés indiennes dans des réserves isolées. Des peuples entiers disparaissent aux XVII° et XVIII° siècles : Mohicans, Micmacs, Massachusetts, etc. Cette évolution a des conséquences sociales aujourd'hui, avec des revendications sociales, politiques, écologiques dans ces réserves du Nord (Canada, EU).

 

Il reste des mythes autour de ces communautés indiennes notamment aux EU et au Canada, notamment autour de la relation à la nature, qui a marqué l'imaginaire rural et urbain de ces deux pays. On retrouve ces mythes dans le mouvement New Age des années 1990 ou plus tôt dans le mouvement hippie.

 

On peut reconnaître un mouvement similaire au Mexique dans le sud du pays, notamment le Chiappas, où le mouvement néo zappatiste mené par le sous-commandant MARCOS mène un combat similaire, mais hors du processus de mise en réserve.

 

De même au Mexique, on assiste depuis 1992 à un renouveau de la culture indienne (comme dans d'autres pays d'Amérique latine) et surtout à une revendication forte. Certains auteurs n'hésitant pas à parler d'une  « l'Internationale néo-indienne ». Ainsi la découverte, il y a cinq cents ans, de l'Amérique a-t-elle été célébrée le 12 octobre 1992, comme « les cinq cent ans de résistance à la domination coloniale, à l'impérialisme et au génocide ». La célébration commencée la veille à Teotihuacan se déroule sur le Zocalo, la place centrale de Mexico. Des Indiens, des Inuits de l'Alaska jusqu'aux Mapuches du Chili sont présents. Cette célébration avec crémation d'encens, activités de chamanes, etc. s'inscrit dans une vaste construction idéologique aux dimensions panaméricaines : le Zocalo devient le centre du monde néo-indien.

La néo-indianité mexicaine a ceci de paradoxal qu'elle s'appuie et sur l'image de l'Indien primitif chasseur-cueilleur sur la frontière américaine et sur celle de l'Indien impérial, parangon de la civilisation, bâtisseur d'une capitale monumentale. Le mythe d'Aztlan, la terre des ancêtres, joue aussi aux États-Unis, notamment en Californie, territoire perdu par le Mexique en 1848. Il existe une revendication d'indianité chez des groupes largement métissés où, souvent, les « enfants d'Aztlan » ne parlent que l'anglais... Au Mexique le patrimoine autochtone est perçu comme un capital symbolique valorisant, susceptible d'être exploité économiquement à l'étranger comme sur place, notamment pour le tourisme, quitte à le remodeler en le pliant aux canons de la néo-indianité.

 

b- La répartition des communautés actuelles :

  • Aux États-Unis, les natives sont regroupés dans les "Five Nations". Il représentent 2 % de la population (environ 6,5 M de personnes, y compris les habitants de l'Alaska).

  • Au Canada, on compte aujourd'hui 50 tribus et 250 000 autochtones. De même, on estime à une vingtaine le nombre de familles de langues parlées par les Indiens (soit + de 2 000 langues) à la veille de l'arrivée des Européens. De même, ces langues peuvent être parlées sur un même territoire. Selon les statistiques nationales du Canada, il y a 1 175 000 Autochtones (3,8 % de la population) ; Les Indiens de l'Amérique du Nord constituaient le plus important des trois groupes autochtones (698 025 personnes), venait ensuite le groupe des Métis (389 780 personnes), puis celui des Inuits (50 480 personnes).

  • Au Mexique, on considère qu'environ 30 % de la population (30 millions de personnes, 50 tribus, 60 langues).

On les trouve au Mexique dans les Étatssuivants : Oaxaca (1,7 million), Chiapas (1,3 million), Guerrero (450 000); Veracruz avec 350 000.

Les descendants des Aztèques, les "Náhuas" représentent le groupe le plus important (près de 2,4 millions). Ils vivent dans le Centre du pays et parlent la langue appelée le Náhuatl ; puis suivent les Mayas (1,5 million) vivant au Chiapas et au Yucatán parlant le maya divisé en dizaine de dialectes, puis les Zapotèques au nombre de 506 000 et les Mixtèques au nombre de 726 000 chacun vivant les premiers dans l’Etat d'Oaxaca, les autres dans l’Etat de Puebla, de Guerrero et de Oaxaca. Les Otomis au nombre de 646 000 vivent dans le centre du Mexique, les Totonaques au nombre de 411 000 dans la Sierra Madre Orientale, les Tzotziles au nombre de 406 000 et les Tzeltales, 384 000 habitants au Chiapas.  

 

1.1.2. La colonisation européenne, ou comment les territoires sont arpentés, organisés.

 

On oublie la courte période de colonisation des côtes de Terre Neuve par Leif Ericson (fils d'Eric le Rouge) autour de l'an mille pour s'intéresser à la mise en valeur du territoire par les Européens à partir du XVI° siècle.

  1. Le temps des explorateurs est assez bref (40-50 ans) :

    • 14 octobre 1492, Christophe Colomb débarque sur l'île de Guanahani (San Salvador) et sur Hispaniola (Saint Domingue).

    • 1513, découverte de la Floride, avec un établissement dans la baie de Tampa d'où partent des expéditions vers le Mississippi, l'Alabama, l'Akansas (années 1539-1543)

    • Si Jean Cabot est envoyé par les Anglais en 1497, ce n'est qu'avec les découvertes de sir Walter Raleigh que la GB devient une puissance coloniale en Amérique du Nord. Il longe les côtes de la Caroline du Nord en 1580. C'est à partir de 1604, lorsque la GB signe la paix avec l'Espagne que le pays se lance plus activement dans l'aventure coloniale, on en retient l'aventure des Pilgrims (ou Separatists) et des Puritains du Mayflower qui fondent New Plymouth (sud de Boston) le 25 décembre 1620.

    • Au Canada, Jacques Cartier en 1534 découvre le Saint Laurent.

  1. Une Amérique coupée en trois bandes se dessine alors : une bande française, une anglaise et une espagnole. Il ressort de ce partage trois types de mise en valeur de la terre différents :

    • Le rang canadien, issu du modèle européen où un seigneur organise le territoire en bande parallèles perpendiculairement au chemin ou au fleuve qui sert de voie de communication. Les fermes ont de 20 à 40 hectares, les bâtiments sont à l'extrémité du rang, les 2/3 de la parcelle sont mis en terre, 1/3 reste en bois pour le chauffage.


    • La mise en valeur des terres par les anglophones s'est plus faite par îlots, que ce soit au Canada qu'aux EU. Des îlots de peuplement isolés par la forêt au Nord ou par les plaines au sud. Les premiers migrants commencent à reproduire leur mode de gestion de l’espace, un modèle anglais fait de petites fermes isolées au milieu de clairières, telles qu'on peut encore les voir dans la Nouvelle Angleterre, le Nord-Est des EU.

    • Cependant, la création des États-Unis à partir de 1776-1783 par des protestants qui placent la démocratie et la liberté au dessus de toutes les autres valeurs, va aboutir à un choix de mise en valeur géométrique. Le Land Act de 1796 prévoit le cadastrage rectangulaire, celui de 1820 exige un règlement comptant des terres achetées. De même, c'est l’État fédéral qui prévoit la création de nouveaux États dès 1784. Un nouvel État doit compter au moins 60 000 adultes libres (il y a eu des exceptions, comme l'Ohio en 1803). Le système du township se met alors en place, un carré de 6 milles de côtés (9,6 km) divisé en 36 sections d'un mille carré, débitable en parcelles plus réduites mais toujours géométriques. La conséquence directe de ce choix a été d'uniformiser le territoire mais aussi la société : individualisme, standardisation géométrique des lieux qui deviennent interchangeables, accession facile à la propriété, conception mécaniste et consommatrice de l'espace. On peut parler pour les EU d'une véritable culture du territoire qui peut se lire aussi dans le habitudes alimentaires : les Européens qui installent leur ferme en Amérique du Nord découvrent puis cultivent les produits des Indiens (maïs, patates douces, haricots, pommes, noisettes, canneberges, arachides, sirop d'érable, ...).

    • Cela se traduit aussi dans les paysages des petites villes (autour de Main street, mais aussi de la bibliothèque, du temple-église et du parc) ou des capitales qui ont toutes leur capitole de style classique, siège du pouvoir local.  

    • De même, l'idée de communautarisme est associée à ces territoires isolés où le style de vie est homogène sur un territoire où l'idéal communautaire reste fort. Un communautarisme associé à l'idée de démocratie : l'individu ne peut se réaliser sans le groupe, des habitants qui se voient comme partenaires économiques et politiques mais aussi comme des contribuables dont le représentant est responsable devant eux.

    • Enfin, ces paysages hérités portent en eux l'idée d'un héritage commun, celui de l'aménagement d'un territoire par le progrès; idée renforcée au XIX° siècle avec la construction des lignes de chemin de fer.

    • On a d'autres paysages hérités de la colonisation des États-Unis : au Nord-Est, des paysages plutôt urbains de villes portuaires qui faisaient le lien entre Europe et Amérique et au Sud, les plantations qui répondnt à une autre logique, plus proche de celle de la mise en valeur du nord du Mexique. 

    • En effet, la mise en valeur du sol au Mexique est différente de celle du nord du continent. Lorsqu'en 1521 les Espagnols prennent possession du territoire, ils prennent possession de terres immenses dont les réserves semblent inépuisables. Dans le Nord, des missions jésuites ou franciscaines permettent la colonisation. Ailleurs, des distributions des terres aux Espagnols donnent naissance au système du latifundio, des grands domaines insuffisamment exploités. Par un édit de 1503, Isabelle la Catholique crée l’encomienda (commanderie), qui assure aux premiers conquistadores un quota d’Indiens dont ils pouvaient exiger tribut et travail gratuit. Ainsi Cortés s’est vu attribuer, en 1529, 60 000 km² dans la vallée d’Oaxaca et environ 100 000 âmes. Dans les premiers temps de la colonie, le latifundio joue un rôle social non négligeable : les régions sont immenses, isolées, très peu peuplées. Le grand domaine permet à de petits groupements humains d’assurer leurs besoins alimentaires en circuit fermé. Bien qu’officiellement supprimé par Charles Quint, à la suite de nombreux abus, le système du latifundio va se prolonger jusqu’à nos jours sous des formes variées, rétablissant en fait, avec le péonage, le servage médiéval. En outre, le latifundio est divisé en petites exploitations de tenanciers dépendants occupés à des cultures surtout vivrières pour eux-mêmes. Moins de 10 p. 100 des terres y sont cultivées, le reste est livré à l’élevage extensif. Les très faibles productivités et rendements des latifundios, lesquels sont à l’origine de la production vivrière, expliquent les difficultés alimentaires et la nécessité d’importer des denrées au Mexique.  

    • Face aux inégalités, l'idée de réforme agraire se répend assez vite dans le pays. Dès le début du XX° siècle, après les révoltes de ZAPATA en 1911-1919 et de Pancho VILLA en 1916-1923 les premières réformes ont lieu : celle de 1915 reste limitée (uniquement les "grandes exploitations non stratégiques") ; celle des 1934-1940 (présidence de Lazaro CARDENAS, 17 M d'ha, 730 000 bénéficiaires) est plus massive ; la trisième a leiu dans les années 1960 (24 M d'ha, mais surtout dans le nord aride ...).

    • La réforme agraire met en place le système de l’ejido qui permet au paysan d’exploiter et de transmettre les terres redistribuées, mais non de les vendre ou de les louer, cela afin d’éviter le retour des grands domaines. Le résultat s’est caractérisé par une faible productivité, une division croissante des terres et une insuffisance des moyens techniques.

    • De même, le conflit entre les néo zapatistes du Chiappas et le gouvernement fédéral du Mexique a aussi des bases dans la constitution de grands domaines. Une des trois revendications majeures du mouvement de l'EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale) est la réforme agraire, suivie de droits pour les population indiennes et par l'établissement d'une véritable démocratie au Mexique.

Ainsi, aux États-Unis, mais aussi au Canada (de manière un peu moins forte), le territoire a été vécu comme un espace à conquérir, une frontier. Ce n'est pas le cas au Mexique (sauf dans le Nord , qui a été mis en valeur pour éviter qu'il ne passe sous autorité états-unienne). Cela a conditionné la relation globale à la nature (voir partie 1.2.)

 

c- Ces trois territoires sont marqués par trois cultures et trois langues dominantes. En effet, les colonisateurs apportent avec eux leur langue. On trouve alors trois grands territoires qui ne suivant pas forcément les frontières nationales actuelles :

  • le territoire francophone : Principalement au Québec, mais aussi dans le nord de la mégalopole et en Louisiane. (cf la carte des toponymes de la Louisiane). Il reprend les extrémités du territoire français du XVIII° siècle, avant la vente de la Louisiane aux États-Unis en 1803. Il y a environ 9,5 millions de francophones au Canada, 1,6 millions aux EU (200 000 en Louisiane, 270 000 en Nouvelle-Angleterre)
  • le territoire anglophone qui s'étend sur tout le territoire du Canada et des États-Unis.  

 

  • Le territoire hispanophone qui déborde le territoire du Mexique, allant en Californie, Texas, Floride (1/3 de la population des 7 États de la frontière du sud-ouest), reprenant ainsi les frontières de la Nouvelle Espagne … mais les hispanophones sont aussi des urbains 4,4 M à New York). On compte en 2012 50 millions d'hispaniques, soit près de 16 % de la population. Le terme "hispanique", selon la définition utilisée par le Bureau du recensement, est une catégorie ethnique au sens large. Il désigne les personnes qui choisissent de s'identifier comme d'origine hispanique ou latino en raison de leur héritage culturel, leur appartenance nationale, leur lieu de naissance ou celui de leurs parents ou de leurs ancêtres. Le groupe le plus important est originaire du Mexique (63 %), suivi de Porto Rico (9,2 %) et de Cuba (3,5 %).   

  d- Enfin, d'autres groupes européens sont présents :  

  • les territoires germanophones, de la Pennsylvanie aux communautés mennonites des EU ou du Mexique. Ces Allemands de toute l'Europe sont venus s'installer principalement au XIX° siècle. Aux EU, 1/4 de l'immigration est germanique entre 1830 et 1890. Au Canada, Le German-Canadian Congress (GCC), fondé en 1984, comprend environ 550 organismes affiliés, entre autres 130 Églises, 100 écoles de langue allemande, 20 foyers pour personnes âgées, des associations artistiques, des musées, des théâtres, des caisses de crédit, ainsi que plusieurs organisations régionales qui en chapeautent d'autres en 1994. Bien sur, il faut compter parmi ces germaniques des Juifs (9 % des migrants entrés aux EU entre 1881 et 1910) qui sont plutôt des urbains (cf. Montréal, New York).
  •  On peut y ajouter les territoires russo-ukrainiens ou scandinaves (2 millions entre 1820 et 1920 aux EU) pour quelques communautés rurales isolées entre le Michigan et le Dakota (pour les Scandinaves) ou dans les villes (little Odessa). etc.
  • De même, on peut parler de territoires italophones principalement dans les villes, les fameuses littleItaly. Des Italiens venus en nombre à la fin du XIX° siècle, puisque sur les 5 millions d'immigrés italiens, 4 arrivent entre 1880 et 1920. On les trouve à New York et ses environs (250 000 en 1920), Philadelphie (63 000), Chicago (59 000) mais aussi Boston, Baltimore et même la Nouvelle Orléans et San Francisco (46 000 toujours en 1920).
  • Les Grecs arrivent surtout entre 1900 et 1920 (environ 400 000 entrées). On les trouve surtout dans les villes industrielles (+ 20 000 à New York et Chicago où on parle alors d'une "greektown" ; mais aussi à Pittsburgh, Philadelphie, Buffalo, Cleveland, Detroit, Milwaukee).

  • Enfin, des populations balkaniques viennent s'installer aussi aux EU et Canada, là encore au tournant du XIX° et XX° siècles, y compris des tziganes (les gypsies) reconnus aux EU comme minorité légale en 1972.

 

1.1.3. Une mise en valeur liée aussi aux esclaves africains

 

Entre le début du XVII° siècle (officiellement, le premier bateau d'esclaves débarque en 1619 en Virginie avec 20 esclaves noirs) et le milieu du XIX° siècle, on estime que 14 millions d'Africains noirs furent transférés de force d'Afrique occidentale vers le Nouveau Monde. On estime que la moitié d'entre eux périrent lors du voyage.

 

En 1774, on estime que sur les 2,5 M d'habitants des EU (13 Colonies), 500 000 sont des esclaves noirs, principalement en Virginie, Caroline du Nord et du Sud et Maryland.

En 1860, on compte 12 M d'habitants dans les États esclavagistes, dont 4 M d'esclaves. Les États esclavagistes sont situés au sud d'une ligne fixée sur le 39°43' par Mason Dixon en 1784.

Ces esclaves servent alors de main d'œuvre bon marché pour la production agricole dans le cadre de plantations :

  • 1 850 000 travaillent dans des champs de coton ;

  • 350 000 travaillent dans les champs de tabac ;

  • 150 000 dans les champs de canne à sucre

  • 125 000 produisent du riz ;

  • 60 000 du chanvre.

Par la suite, après la guerre de Sécession (1861-1865), lorsque par le 13° amendement l'esclavage est banni des EU, que le 14° accorde la citoyenneté aux noirs et le 15° le droit de vote, les afro-américains peuvent se déplacer plus facilement. Cela est particulièrement vrai pendant la Première Guerre mondiale où plus de 300 000 noirs quittent le sud pour aller travailler dans les usines d'armement du Nord et de l'Ouest des EU (notamment autour de Détroit, Indianapolis, Chicago, Kansas City, Pittsburgh, Cincinnati, saint Louis, ou encore New York).

Il en ressort une répartition de la population noire qui reprend la localisation des plantations qui emploient les esclaves, puis les affranchis (après 1863) . cependant, avec l'industrialisation massive du nord-est des EU, de nombreux noirs quittent le sud, ses lynchages par le Klu Klux Klan ; pour le nord, ses usines et sa relative liberté puis pour le sud-ouest (la Californie) pour les mêmes raisons.

 

Des esclaves africains ont aussi été débarqués au Canada et au Mexique, mais en bien plus petit nombre. (la quasi totalité des noirs canadiens sont issus de l'immigration récente, soit d'Afrique, soit des Caraïbes).

Au Mexique, l'esclavage concerne d'abord les Indiens. S'il y a des esclaves noirs, ceux-ci ne forment pas la totalité de la population noire dans le Mexique colonial : on trouve des noirs libres, venus des Antilles, de Cuba, des États-Unis. Aujourd'hui, ils ne sont pratiquement pas reconnus officiellement, puisque le dogme officiel et dominant est celui de l'indianité ou de la mexicanité (mélange indiens - européens). Cependant, on peut estimer le nombre à 9 % de la population.

 

1.1.4. Une mise en valeur récente due à d'autres migrants.

 

Il ne faut pas oublier que d'autres migrants ont permis la mise en valeur des territoires, notamment les asiatiques. Il faut mentionner les Chinois venus au XIX° siècle comme coolies pour construire les voies de chemin de fer, les routes ou les villes. Aujourd'hui, ils sont concentrés dans les villes, dans les Chinatown (comme celle de San Francisco, 100 000 habitants). On compte 4 % d'asiatiques au Canada, et près de 5 % aux EU (très peu au Mexique). Ces populations sont concentrées dans les villes, mais aussi sur la côte ouest.

 

1.2. L'immensité comme cadre ? 

 

1. Observation de différentes cartes :

  • Carte du relief

  • Carte des climats

  • Carte de la répartition de la population

 

2. Explications.  

 

a- Les climats et milieux du Canada jusqu'au Mexique sont très variés. Ce qui nous intéresse, outre leur localisation, c'est comment des sociétés nouvelles ont voulu les utiliser pour mettre en valeur des territoires. Mais il ne faut pas oublier que certaines sociétés au sud du Mexique notamment ont réussi à subsister et continuent de s'adapter au milieu environnant.

 

Pour les climats, du Nord au Sud, on trouve :

  • Le climat polaire : marqué par le froid et les faibles précipitations. Les températures sont très souvent négatives: la moyenne mensuelle ne dépasse pas 10°C et l'amplitude thermique annuelle est très forte. Les précipitations peu abondantes tombent uniquement sous forme de neige. Deux saisons : un été très court et un hiver très long. De plus, noter la présence de vents très forts : le blizzard et d'une végétation spécifique, la toundra. 
  • Les hommes y ont installé des civilisations marquées par la faible densité et une occupation du territoire principalement côtier dans des petits villages (pêche, chasse, commerce).
  • Le climat montagnard, marqué par l'importance du froid et de la pente, avec un gradient de température qui baisse en moyenne de 0°6 tous les cent mètres. Les précipitations tombent surtout en hiver sous forme de neige. Attention, les Rocheuses et les Appalaches sont très longues et le climat du sud de ces montagnes est plus sec et plus chaud que celui du nord.
  • Les humains s'y sont installés tardivement, la montagne reste un territoire refuge (cf les navajos ou les civilisation mesoaméricaines), un territoire de l'isolement. Depuis les années 1920 et surtout les années 1960, une nouvelle mise en valeur, par le tourisme hivernal dans des stations intégrées ou non. (Lake Placid, ...) 
  • Le climat tempéré océanique avec des températures modérées et peu contrastées: elles s'écartent peu de la moyenne annuelle de 11° c. L'amplitude thermique annuelle faible (autour de 10 ° entre hiver à 8-10 °C et été autour de 20-22°C). Les précipitations sont réparties tout au long de l'année (entre 800 et 1000 mm, 2 jours sur 3) avec un maximum en hiver. Les quatre saisons sont logiquement peu marquées : un hiver doux, gel et neige rares ; un été frais. Présence de vents violents, fréquents et de direction changeante. Enfin, la végétation est marquée : forêt à feuilles caduques, lande, prairie.
  • La mise en valeur des territoires est plus ancienne car plus facile les amérindiens, puis les colons européens y ont installé des civilisations agricoles, puis une civilisation urbaine et industrielle grâce aux ressources du sous-sol. Les paysages sont toujours marqués par ces aménagements des colons (le rang, le township) surtout dans l'est des EU et du Canada.

  • Le climat tempéré continental marqué par une amplitude thermique annuelle très forte (- 20°C en hiver et 30°C en été), des précipitations faibles: 400 mm par an qui tombent sous forme de neige en hiver et de pluies d'orage en été. Quatre saisons marquées : un hiver long et très rigoureux (t<0°C; gel), un été chaud et pluvieux, un printemps très court et un automne sec. Noter des vents violents en hiver. Enfin, une végétation particulière car basse : taïga, prairie, steppe.

  • C'est le domaine des Grandes Plaines aux États-Unis et des Grandes Prairies au Canada. Une population peu dense et non groupée (fermes isolées) dans des paysages marqués par le township. C'est le cœur agricole à travers les cultures céréalières mais aussi l'élevage de masse extensif.

  • Le climat méditerranéen aux températures contrastées : l'amplitude thermique annuelle est forte d'environ 15°C entre un hiver doux (autour de 8-10°C et un été très chaud (25-30°C). Les précipitations y sont irrégulières : il y a moins de 100 jours de pluie par an et elles tombent surtout sous forme d'averses brutales. Deux saisons : un été chaud et sec et un hiver doux. Entre les deux, deux périodes de pluies violentes au printemps et en automne. La végétation : forêt clairsemée, garrigue, maquis. 

  • On les trouve aux États-Unis, principalement en Californie. Un peuplement tardif, une mise en valeur liée à des systèmes d’irrigation autour d'aménagements lourds lancés dans les années 1930 (TVA, période du New Deal). Une agriculture dense, intensive. Présence aussi de vignobles et de vergers.

  • Le climat tropical semi aride où les températures sont très élevées (jusqu'à 46°C), l'amplitude thermique annuelle forte (36°C) et l'amplitude thermique diurne également forte. Les précipitations sont faibles et irrégulières : de 100 à 400 mm : on est à la limite de l'aridité. Deux saisons se suivent :un été de 36°C à 46°C, c'est la saison sèche et un hiver de 10°C à 15°C, la saison humide. La végétation : steppe.

  • Des grands territoires vides, lieu de l'élevage extensif. Forte influence hispanique, même aux EU. Une mise en valeur marquée aussi par le travail des ordres religieux, comme les Jésuites ou les Franciscains.

  • Le climat tropical humide aux températures élevées et contrastées : l'amplitude thermique annuelle avoisine 10°C. Les précipitations sont variables de 500 à 1500mm par an. On note deux saisons : un été (saison fraîche et humide, environ 23°C) et un hiver (saison chaude et sèche, environ 35°C). Végétation : forêt moyennement dense et savane selon l'humidité. Présence de cyclones (hurricanes) autour du Golfe du Mexique, principalement aux mois de septembre - octobre - cf Katrina en 2005. 

  • Là encore, une mise en valeur ancienne au Mexique mais plus récente aux EU. Au Mexique, des communautés indiennes restent très présentes, elles succèdent aux Mayas et autres civilisations précolombiennes (Olmèques, Toltèques, ...) qui ont développé la culture du maïs. 

b -Second élément, l'immensité :

 

L'immensité par la taille des Etats : les trois pays représentent 24 500 000 km², soit 16.5 % des terres émergées ou la moitié du continent américain.

 

La notion de distance nous échappe à nous Européens lorsqu'on traverse l'Atlantique Nord. Les distances sont énormes :

  • Au Etats-Unis, les 48 États d'un seul tenant constituent le Mainland, dont la forme évoque un pentagone. C'est l'ensemble le plus étendu. 4 500 km séparent la côte atlantique à l'est et la côte pacifique à l'ouest. Il faut parcourir 2 500 km pour relier le Canada au Mexique. Donc entre le 25° et le 49° nord (latitude) et les 66° et 124° Ouest.
  • L'ensemble Missouri-Mississippi parcourt plus de 6 000 km dans le Mainland, l'équivalent du cours de l'Amazone en Amérique du Sud ; L’Alaska forme le deuxième ensemble : cet État a rejoint l'union en 1959 et ajouté 1,7 million de km² supplémentaires au pays. (+ Alaska : 130-173° ouest) ; Enfin, l'archipel d'Hawaï constitue le dernier ensemble américain, au milieu de l'océan Pacifique. (+Hawaï 18°-29° Nord ; 154°-162° Ouest).
  • Couvrant un territoire de 9 984 670 km² (terre : 9 093 507 km² ; eau : 891 163 km²), la superficie du Canada est un peu moins des trois-cinquièmes de celle de la Russie. Entre le 50° et le 140° ouest (latitude) et le 45° et 85° nord (longitude)
  • Le Mexique ne couvre "que 1 972 000 km², entre les 87° et 117° Ouest (latitude) et les 14° et 32° Nord (longitude)

 

Les fuseaux horaires :

  • États-Unis : 4 dans le Mainland +Alaska + Hawaï

  • Canada : 5

  • Mexique : 3 (la majeure partie du pays est sur un seul fuseau autour de Mexico. L'autre fuseau horaire concerne le nord-ouest du Mexique (États de Sonora, Sinaloa, Chihuahua, une bonne partie du Nayarit et la Basse-Californie du Sud), le troisième fuseau concerne seulement la Basse-Californie du Nord. 

 

Les temps de trajet sont très longs :

  • Montréal-Vancouver en bus ou en train : 3 jours + 3 nuits ; en avion = 6h00

  • Mexico-frontière des EU en bus (Ciudad Juarez): 24h

  • Mexico - New York en avion : 6h40

c- Troisième élément, la faible densité de population dans les trois pays :

Canada : 34 M + États-Unis : 310 M + Mexique 113 M = 457 M d'habs sur 10 M de km² (Canada) + 9,6 M (EU) + 2 M (Mexique) => environ 20 habs/km² en moyenne sur l'ensemble des territoires, soit 3,3 (Canada), 31 (EU) et 51 habs/km² (Mexique)

Les territoires du vide sont les plus nombreux = (cf la carte de la densité de population) 

  • Les déserts chauds : aux EU : Mojave, Grand Bassin [au Nevada], Sonora [ou Arizona], Chihuahua, Colorado ; au Mexique : Sonora, Chihuahua, Basse Californie, Sierra Madre orientale. (moins de 35 hbs/km²)
  • Les déserts froids : le Grand Nord canadien, l'Alaska (moins de 10 hbs/km²)
  • Les montagnes : Rocheuses, Appalaches, Sierra Madre Occidentale (moins de 10 hbs/km² ; cf le fameux 100° méridien qui coupe les EU) 
  • Les Grandes Plaines et Prairies canadiennes
  • La forêt tropicale humide : le Yucatan (moins de 35 hbs/km²)

Les lieux du relatif plein : 

  • Les littoraux, surtout ceux de l'est, la population de l'ouest étant plus sous forme d'archipel (Vancouver - Seattle - San Francisco - Los Angeles - San Diego/Tijuana)
  • Les Grands lacs
  • Les métropoles
  • La vallée du Saint Laurent

Une spécificité mexicaine : les lieux du plein ancien ...

  • Mexico et sa région
 

3. Analyse.

  • Ces territoires sont très variés, ils e sont pour deux raisons principales : une population mal répartie : il existe de nombreux territoires vides, ainsi que des milieux naturels très variés où les sociétés ont du s'adapter.
  • L'éloignement, l'isolement rural, l'espace entre les lieux comme marqueur social fort. On le retrouve dans le jeu politique, puisque la relation à l’État est difficile, un État considéré comme éloigné, urbain, déconnecté des réalités des citoyens-électeurs. Le Wyoming et le Nevada : 2 habs/km², l'Utah : 3, les deux Dakota : 4 et 5, le Montana, l'Idaho : 5 En tout, 14 États < 10 habs/km². Et 37 États < 50 habs/km²? Idem au Canada.

    Cela pose des problèmes pour la répartition des services publics, de la santé, de l'éducation, mais aussi de la gestion des routes ou des réseaux de communication.

  • La relation à la nature comme le montrent les travaux de Stéphane HERITIER et Éric GLON (sur la foret et son exploitation) reste au cœur des préoccupations au Canada et aux États-Unis. Il faut l'associer à la notion de wilderness (nom masculin, on perle du wilderness) qui se base sur l'idée qu'il existe une nature sauvage non touchée par l’homme ou non équipée par l’homme. La notion de wilderness est une part importante de l’équilibre naturel, équilibre que l’homme menace consciemment ou non par sa présence et ses activités + troisième idée, celle que la nature est indomptable. Il y a donc un sentiment du wilderness). Si cette idée naît très tôt chez les premiers colons, elle s'institutionnalise au XIX° siècle sous deux formes : la création de parcs naturels et la création de parc urbains (Mont Royal à Montréal, Central Park à New York). Il faut citer les travaux de Roderick NASH sur ce thème.
  • A noter l'importance des mouvements picturaux des XVIII° et XIX siècles aux EU et au Canada pour magnifier la nature. Idem en littérature (Croc Blanc, L'appel de la forêt et autres récits de Jack LONDON, mais aussi Henry David THOREAU et son Walden ou la vie dans les bois où il raconte son expérience de deux ans dans la nature en totale autarcie. THOREAU est aussi connu pour ses écrits sur la désobéissance civile). De même, Greenpeace est née en Colombie Britannique, à Vancouver.
  • La nature est donc considérée comme hors du champ social, hors de la civilisation (qui est urbaine) dans des pays (Canada + EU) où la population a été confrontée très tôt à cette nature et s'est forgé une relation d'admiration pour la nature, mais aussi l'idée d'une nature à soumettre. Il ne faut pas oublier que la construction de ces deux États s'est faite à partir de noyaux de colonisation isolés, en archipels. Les mythes liés à la nature sont très présents encore aujourd'hui : le mythe de l'indien respectueux de la nature, celui du trappeur, celui des colons s'installant dans les Grandes Plaines, celui du géologue arpentant le territoire d'un œil expert.

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