27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 01:04

 

La question du CAPES « Géographie des conflit » pose d'emblée un problème : celui de la définition du conflit et des conflits, avant de voir les liens entre conflits et géographie.

 

 

1- Penser les conflits n'est pas une spécificité des géographes :

 

Comme le rappelle le dictionnaire Le Robert, le terme de conflit vient du latin conflictus qui signifie "heurt", "choc", "lutte" ou encore "attaque". Mais c'est surtout le participe passé du verbe confligere, un mot composé du préfixe "con-" (avec, ensemble) et du verbe "fligere" (frapper, heurter). On peut le traduire par le "fait de lutter ensemble".

Le conflit induit donc des forces opposées, un rapport de force, un désaccord, une rivalité (= une concurrence pour un bien ou un objectif commun), une inimitié.

 

La réflexion autour des conflits s'est faite d'abord pour savoir si les conflits sont le symptôme de malaises sociaux ou s'ils sont inhérents à la vie en société.

  • Thomas HOBBES (1558- 1679) pense que les hommes sont régis par leur état de nature, lui même décrit comme "la guerre de tous contre tous", qui procède de la visions connue "l'homme est un loup pour l'homme"(« homo homini lupus »). Donc, pour HOBBES, le conflit est une tendance naturelle de l'humain pour satisfaire ses propres aspirations.
  • Émile DURKHEIM (1858-1917), sociologue, distingue un état normal de société d'un état anormal. Pour lui, les conflits sont des symptômes des maladies des sociétés.
  • Colin FLINT refuse la vision naturaliste des conflits (celle de HOBBES et DURKHEIM). Pour lui, le conflit n'est pas un mal inévitable, qu'il n'est pas lié à la nature humaine. C'est unmode de régulation sociale, une construction politique relationnelle entre individus ou groupes sociaux qui s'articule avec son penchant scientifique : la négociation ou la coopération. L'affrontement entre acteurs apparait non plus forcément comme négatif mais comme un processus positif de la vie sociale car il permet l'unité de la société. Un conflit est donc tout à fait normal et même vital pourle fonctionnement de la société.
  • Georg SIMMEL, sociologue, pense lui aussi que le conflit est une forme de socialisation. Il a une vision organiciste de la société.

 

Très vite, les penseurs vont aussi réfléchir à la dimension politique du conflit.

  • Charles TILLY et Sidney TARROW (2008) identifient des "politiques du conflit" qui réunit trois éléments :1- Le conflit, qui implique un acteur qui revendique quelque chose qui porte atteinte à un autre acteur dans une relation sujet/objet (entre le porteur de la revendication et son destinataire). 2- L'action collective qui suppose une coordination des efforts au nom d'intérêts partagés. 3- La politique, c'est à dire l'intervention de l’État, comme acteur, mais aussi comme cadre, comme médiateur, ou encore comme arbitre (à travers ses outils : armées, police, justice, ...).
  • Karl MARX (1818-1883) pense que le conflit est lié à la nature même du capitalisme, et que la lutte des classes est le véritable moteur de l'histoire, car c'est elle qui impulse les changements les plus importants que connaissent les sociétés humaines. Le conflit éclate lorsque les tensions entre les différentes classes sociales est exacerbée.
  • Pour Georges BATAILLE (1897-1962), la violence est une pulsion autodestructrice et non rationnelle de la nature humaine. Il étudie avec fascination les fascismes dans lesquels pense que la violence est incorporée dans les fonctionnement sociaux et ne remet pas en cause l'ordre social. Si la société est homogène, pas de conflit. Si elle est hétérogène, cela mène à la violence. De même, le conflit est un débouché pour l'énergie produite.
  • Lewis Alfred COSTEL distingue deux approches du conflit qui s'opposent : le conflit intersocial et le conflit intrasocial ; L'approche intersociale interprète le conflit comme la résultante de l'opposition de deux ou plusieurs acteurs rationnels et indépendants. (vision classique de la stratégie militaire, comme l'avait décrite Claus von CLAUSEWITZ en 1832, l'art de la guerre). Cela s'applique aux conflits inter étatiques. L'approche intrasociale implique des conflits au cœur d'un champ social unique. il montre une contradiction inhérente au système social. On remet en cause les relations sociales hiérarchiques, fonctionnelles ou économiques. On évoque plutôt le terme de crise plutôt que de conflit pour ce genre de confrontation.

 

2- les conflits vus par les géographes :

 

On se trouve face à un problème important : d'une part une polysémie du terme et d'autre part pas de définition dans les dictionnaires de géographie. Cependant, on peut revenir sur certains points, notamment sur le lien fort qui unit Géographie et conflits.

En effet, depuis toujours, les géographes ont cherché à comprendre comment les sociétés humaines ont voulu créer des relations avec leur environnement.

  • La géographie classique de Paul VIDAL de la BLACHE a cherché des relations verticales, entre les sociétés et la nature principalement. Ces relations sont aujourd'hui encore lues à travers le prisme soit de l'exploitation (des ressources), soit des risques ... les deux pouvant amener à conflit.

  • Elisée RECLUS lui aussi, à travers les liens entre les sociétés et la nature, montre qu'il peut y a voir des conflits d'aménagement (même si le terme n'apparaît pas forcément).

  • Lorsque Jean BRUNHES, évoque l'action humaine sur les territoires, il en tire trois formes d'actions essentielles : 1- L'occupation improductive du sol = habitat et voies de communication ; 2- Les faits de conquête végétale et animale = l'agriculture ; 3- Les faits d'économie destructive (cf le Raubwirtschaft de FRIEDRICH = l'économie prédatrice de chasse, cueillette, mais aussi de déforestation, d'épuisement des sols ou encore de mines) = l'atteinte aux milieux. On peut penser que cela peut amener à des conflits.

Dans la même période, les premières réflexions sur la géopolitique apparaissent :

  • La première apparition de la notion de géopolitique est faite par le suédois Rudolph KJELLEN (1864-1922) qui reprend les idées d' un État comme Être vivant.

  • Friedrich RATZEL (1844-1904) formule les bases de la géopolitique comme méthode et veut établir des lois formelles et des typologies. Au cœur de sa pensée, l’État. Son apport est théorique : il définit sept lois universelles d’expansion spatiale des États : (1- une croissance spatiale parallèle au développement de leur culture ; 2- une expansion parallèle au renforcement de leur puissance économique, commerciale ou idéologique ; 3- une extension par absorption ou assimilation d’entités plus petites ; 4- la frontière est un organe vivant, matérialisant un état de fait à un moment donné, et elle est donc un facteur modifiable ; 5- La logique géographique prévaut pour absorber des régions et conforter la viabilité du territoire, par l’acquisition de plaines, de bassins fluviaux, de marges littorales ; 6- L’extension est favorisée par la présence en périphérie d’une civilisation inférieure ; 7- La tendance à l’expansion est un mouvement auto alimenté).

    Problème : ses idées sont reprises par le régime nazi pour justifier son darwinisme social et politique. De plus, il est accusé de favoriser l’argumentation scientifique du recours à la guerre, et de légitimer celui-ci.

  • Dans l'entre deux guerres, deux écoles se font face : D'une part l'école allemande avec Karl HAUSHOFER qui formule la géopolitique comme méthode. Il estime que la géopolitique est un moyen de contester l'ordre né de Versailles. Il veut faire de cette science une science de l'action (praxéologie). Il lance une revue, Zeitschrift für Geopolitik qui est publiée à partir de 1923. Il s'inspire des idées de RATZEL, notamment celle de la création d’un vaste espace vital pour l'Allemagne. D'autre part l'école anglo-saxonne avec les travaux d'Alfred MAHAN qui prône la domination du monde par les États-Unis grâce à une maîtrise stratégique des mers : pour cela, il convient de contrôler, sur toutes les mers importantes et dans les détroits stratégiques, des ports et des bases, comme l’ont fait les Britanniques. A la même époque, Halford MACKINDER théorise idée de Heartland : le pivot du monde, qui pour lui est l’Eurasie, et même plus précisément la Russie, entourée d’un glacis protecteur (Sibérie, Himalaya, Gobi), autour duquel se trouvent les terres à rivages (Europe de l’Ouest, Moyen-Orient, Asie du Sud-Est), puis l’anneau extérieur ou systèmes insulaires (États-Unis, Grande-Bretagne, Japon, Océanie). Un peu plus tard, Nicolas SPYKMAN s’oppose au déterminisme de HAUSHOFER et conteste la théorie du pivot de MACKINDER. Pour lui, la zone pivot est le «rimland », la région intermédiaire entre le « heartland » et les mers riveraines : d’où le choc inévitable entre les puissances maritimes et terrestres : celui qui domine le « rimland » domine l’Europe, celui qui domine l’Eurasie domine le monde. Cette théorie a servi de base à la politique américaine de l’endiguement (containment), notamment avec les traités de l’Otan, de l’Otase et le pacte de Bagdad.

Les liens étroits entre la géopolitik allemande et le régime nazi vont porter préjudice à cette science, malgré un renouveau lié aux études des relations internationales (histoire) pendant la Guerre Froide. Elle disparaît petit à petit avant de revenir sur le devant de la scène dans les années 1970.

 

Lorsque les géographes ont connu leur agiornamento culturel dans les années 1950-1980, ce sont les relations horizontales qui sont mises en avant à travers l'analyse spatiale. Ces relations entre communautés, entre États, entre acteurs, entre territoires se font très souvent sans heurts, mais peuvent se faire aussi sous forme conflictuelle.

Plusieurs géographes vont théoriser la géopolitique, puis les conflits :

  • On ne peut pas ne pas commencer par les travaux d'Yves LACOSTE sur la géopolitique à partir de la fin des années 1960 et du début des années 1970. Il va mettre en avant l'idée de géopolitique grâce à ses articles, sa revue Hérodote, ses ouvrages scientifiques, mais aussi des ouvrages pour le grand public, comme ses Atlas géopolitiques. Il propose lui aussi une méthode qui s'appuie sur le jeu des échelles, la cartographie (ou plutôt les cartogrammes), les liens avec l'histoire, le jeu des strates, ou des couches qui peuvent se superposer, se connecter (couches linguistiques, culturelles, religieuses, …), l'importance des représentations dans les relations politiques. Plus tard, ses idées sont reprises et approfondies par les travaux de Béatrice GIBLIN, qui dirige la revue Hérodote, ainsi que par les chercheurs de l'Institut Français de Géopolitique. (voir : http://www.geopolitique.net/institut/presentation) Béatrice GIBLIN va s'intéresser à la géopolitique des régions françaises à l'heure de la décentralisation, Michel FOUCHER étudie les frontières, Gérard DOREL va s'intéresser au concept de puissance à travers l'exemple des États-Unis,

  • On note l'apparition d'une nouvelle école anglo-saxonne de géopolitique dans les années 1970 : la Political Geography anglo-saxonne a connu alors une révolution épistémologique fondée sur une profonde réflexion autour des territoires et des acteurs : Norman POUNDS part de la description des territoires politiques (États, subdivisions administratives, mais aussi organisations régionales) il s'intéresse à la notion de frontière, aux populations, au lien entre ressources et puissance, au Tiers-Monde, ou à des questions de théorie géopolitique. Plus tard, John AGNEW (The territorial Trap, 1994) souligne la nécessité pour les géographes politiques de sortir du « piège territorial » pour prendre en compte d’autres acteurs que les acteurs étatiques ainsi que d’autres logiques que territoriales (les réseaux). Peter TAYLOR analyse la géographie politique par le biais du système-monde, se fonde sur l'idée de puissance et met en avant la géoéconomie. Plus récemment, Kevin COX souligne que « la géographie politique est fondée sur l’étude les concepts dialectiques de territoires et la territorialité » et rappelle l’importance de l’écologie politique.

 

Un débat va se faire entre deux notions qui concernent les conflits : géopolitique et géographie politique. Dans un article de L'information géographique, numéro de 2001.1. (Géographie politique, géopolitique et géostratégie : distinctions opératoires), Stéphane ROSIERE tente de conclure. Pour lui, la distinction entre géopolitique et géographie politique se fait assez rapidement sur un partage clair : la géographie politique s'intéresse à l'espace en tant que cadre :

  • une juxtaposition de territoires (et non pas l'étude d'un seul territoire, l’État) = l'étude de leur superficie, de leur situation (cf littoralité, insularité) => État, territoires infra-étatiques (régions, états fédérés), territoires supra-étatiques (OIG, associations régionales), territoires trans-étatiques (associations religieuses, linguistiques), territoires trans-étatiques ;

  • mais aussi des lignes politiques qui délimitent (frontières / limites administratives / frontières socioculturelles) ou encore les lignes politiques significatives comme les réseaux de communication.

  • Enfin, dans ce cadre existent des pôles qui régissent ces territoires (villes, chefs lieux, sièges d'OIG, d'associations, ONG, d’Églises, ...).

La géopolitique quand à elle s'intéresse à l'espace en tant qu'enjeu. Ceci autour de trois thèmes :

  • L'étude des dynamiques territoriales, notamment des concurrences entre espace surtout aux jonction des maillages => étude de régions focales (territoires à partir desquels se sont développés les États), étude de l'évolution spatiale des territoires (morphogenèse), ou des bilans territoriaux des États (avec des dynamiques territoriales fondamentales : annexion, autodétermination, balkanisation, irrédentisme, libanisation, sécession, séparatisme, réunification, ...) ;

  • L'étude des acteurs : l’État, les "peuples" ou plutôt ceux qui les structurent inconsciemment (églises, partis, associations, syndicats, entreprises, journaux et médias, armées, milices, ...) => les minorités, les diasporas, ... Importance dans ces études des représentations territoriales, des hiérarchies des territoires. Les acteurs déploient des modes opératoires ou stratégies pour arriver à leur fin : mode opératoires civils (élection, institutions, propagande, ...), économique (investissement, rétorsion économique, blocus), militaire et diplomatique (force ou non, soft power et hard power de Joseph NYE).

  • L'étude des enjeux ou objectifs : le territoire peut être un enjeu pour lui même, pour ses richesses ou pour son aspect symbolique aussi.

 

Tout cela ne définit pas encore les conflits. De mes lectures sur le sujet, j'en tire les éléments suivants : pour qu'il y ait conflit en géographie, il faut :

  • Des acteurs qui s'opposent

  • Des enjeux territoriaux ou spatiaux (enjeux diplomatiques, militaires, d'aménagement, de gestion des ressources ou de territoires, ...)

  • Des discours, des représentations de soi et de l'autre, des territoires.

  • Des stratégies (militaires, diplomatiques, politiques, associatives, personnelles)

  • Des lignes (= des fronts, des frontières) ; des points (= des lieux, des batailles, des enjeux précis) ; et des aires (= des Etats, des régions, des territoires) ... donc un langage et des outils cartographiques.

  • De même, les conflits se jouent à plusieurs échelles, ce que la géographie et la cartographie peuvent facilement montrer et expliquer.

 

Mais cela ne suffit pas, car on peut aussi noter que le terme de conflit renvoie à plusieurs formes de conflits :

1- des conflits version géopolitique, des litiges à la guerre :

litiges frontaliers ; tensions ; guerres (voie des armes employée de peuple à peuple. C’est l’espace des relations internationales) ; conflits (choc de gens qui en viennent aux mains. Terme plus juridique. Espace plus local, plus régional pour la défense des intérêts de chacun, d’une région, d’un territoire.)

2- Des conflits vus à travers les temporalités :

Conflits chroniques, récurrents ; Conflits d'anticipation ; Conflits étouffés ; Conflits hybrides.

 

3- Des conflits étudiés à travers le jeu des acteurs et des représentations :

Acteurs politiques ; Acteurs collectifs ; Acteurs institutionnels ; Acteurs individuels, ...

 

4- Des conflits classés par leur nature :

Conflits armés, conflits d'usage ; conflits d'aménagement ; conflits sociaux ;

 

5- Des conflits étudiés aussi par rapport à l'échelle du conflit, comme le théorise Arnaud LECOURT à partir de 8 études de cas bretonnes (thèse de 2003).

 

6- Des conflits à lire selon leurs lieux :

les conflits urbains, ou la ville lieu de conflits ; les frontières ; les grands ensembles régionaux (Moyen Orient, Afrique, Amérique latine, Aie, Europe, …) ; les océans ; les pôles ; etc.

 

7- Les ressources au cœur des conflits :

Des ressources comme enjeu, comme outils au service des conflits (moteur des conflits), …

 

3- La géographie actuelle et les conflits :

 

On retrouve cette large palette dans la littérature de la géographie francophone consacrée aux conflits:

  • Bruno CHARLIER, dans sa thèse La défense de l’environnement : entre espace et territoire en 1999 a étudié les conflits d'aménagement et les conflits environnementaux.

  • Anne CADORET a fourni un important travail, notamment dans la conceptualisation des conflits autour de l'exemple du littoral du Languedoc-Roussillon (à travers leur temporalité, leur intensité, leur médiatisation, la judiciarisation du conflit, mais encore les jeux d'acteurs, etc.). Elle définit le conflit ainsi : Le conflit, tel que je l’entends dans mes recherches, est un processus où s’opposent de façon manifeste deux ou plusieurs acteurs, mettant en cause des ressources (naturelles, environnementales, culturelles…) et où l’espace est support, objet ou impacté. L’analyse des situations de conflits renvoie à l’étude de l’émergence des antagonismes (historique, élément déclencheur), aux formes d’expression des oppositions (menaces, voies de faits, recours aux tribunaux, verbalisation, médiatisation, etc.) et aux modes de régulation (négociation, concertation, arbitrages, etc.) dans le temps et dans l’espace. Le conflit est donc un processus composé de plusieurs phases sans qu’il s’agisse pour autant d’un processus linéaire. (source : http://www.geographiedijon.fr/spip.php?page=cadoret&id_article=196)

  • André TORRE dans un travail sur les conflits à la bordure de l'agglomération parisienne a concentré ses recherches sur les conflits de proximité ou de voisinage (lié aux servitudes, aux nuisances) notamment à travers l'étude des articles de journaux. Sa définition des conflits d’usage et de voisinage repose sur trois éléments : 1- L’engagement marque la distinction entre tensions et conflits. Il implique un coût, monétaire ou hédonique, et prend différents formes (recours en justice (demande de jugement) ; publicisation (différend porté devant des instances publiques ou des représentants de l’Etat) ; médiatisation (différend porté devant les média, presse, radio, télévision…) ; voies de faits ou la confrontation verbale, la destruction de biens ou d’infrastructures ; production de signes (panneaux interdisant un accès, barrières...). ) 2- L’inscription dans le territoire est fondée sur deux caractéristiques des conflits : ils reposent sur une base physique, se déroulent entre voisins (entreprises, exploitations agricoles, particuliers…) et prennent naissance autour de biens supports matériels (le sol, l’eau) ou immatériels (l’air, dans le cas de pollutions) localisés ; ils s’inscrivent dans un cadre institutionnel, sont déterminés à la fois par les jeux des instances locales et supra-locales et par les règles qu’elles introduisent (dimensions juridiques et réglementaires et participations des institutions à la vie locale). 3- La matérialité des actes, réalisés ou anticipés, qui sont à l’origine des conflits. Les oppositions de personnes ou de groupes se réfèrent à des objets concrets, à des actes techniques en cours ou à venir, et se traduisent par des actions concrètes.

    Il observe aussi les différentes temporalités et les enjeux de gouvernance autour de ces conflits de voisinage.

  • Exemple de conflits environnementaux : autour du partage et gestion des ressources, comme l'eau, le gaz de schiste, autour de l'implantation et des nuisances d'entreprises, d'infrastructures de transport, etc.

  • On va parler aussi de conflits de localisation, comme des géographes québécois (VILLENEUVE et COTE, autour de l'étalement urbain)

  • Philippe SUBRA s’intéresse aux conflits d'aménagement :L'aménagement, une question géopolitique !, Hérodote 3/2008 (n° 130), p. 222-250. URL : www.cairn.info/revue-herodote-2008-3-page-222.htm. Il s'est aussi intéressé au Grand Paris et aux conséquences géopolitiques de ce projet.

  • Exemple de conflit d'implantation ou d'aménagement : le Grand Paris, l'aéroport ND des Landes à Nantes, la création de parcs naturels, comme en Mer d'Iroise ou en Guyane, etc. ) ;

  • Patrice MELE propose de réfléchir à la notion de conflit patrimonial (selon lui, « L’analyse des conflits permet de saisir les relations entre, d’une part, le patrimoine comme valeur en acte, et, d’autre part, les modalités de l’action publique urbaine, les groupes sociaux, les relations à l’espace des populations, les dynamiques des centres-villes ») : autour du vandalisme, des propriétaires, des acteurs, de la muséification, etc.

  • Les conflits militaires sont eux aussi étudiés par les géographes :

    • Philippe BOULANGER s'est intéressé à la géographie militaire (Philippe BOULANGER : Géographie militaire et géostratégie, enjeux et crises du monde contemporain, A. Colin, Coll. U)

    • Philippe HUGON a étudié les conflits d'Afrique notamment à travers le rôle des ressources dans les conflits, (l'économie des conflits, la pauvreté, les ressources naturelles).

    • Frédéric LASSERRE travaille sur la géopolitique de l'eau, Les guerres de l'eau, l'eau au cœur des conflits au XXI° siècle, Delavilla, 2009.

    • Georges MUTIN : le Proche Orient et surtout l'eau dans le monde arabe (Géopolitique du monde arabe, Ellipses, 2009 ; L'eau dans le monde arabe, Ellipses,2000)

    • Stéphane ROSIERE a fait un travail intéressant sur le nettoyage ethnique vu à travers la géographie. (Le nettoyage ethnique, terreur et peuplement, Paris, Ellipses, 2006).

On peut tout de même tenter une définition assez courte :

Processus où s'opposent de manière manifeste des acteurs plus ou moins nombreux mettant en cause des enjeux de ressources, de territoires, de cultures ou de biens et où l'espace est un support. Le conflit renvoie à des éléments d'histoire, de géographie physique, de politique, de cultures, etc.

C'est un processus fait de différentes phases qui aboutissent à un règlement plus ou moins violent et plus ou moins rapide.

Le conflit se distingue des tensions par un passage à l'acte.

Certains conflits sont appelés asymétriques lorsqu'ils opposent deux groupes aux poids déséquilibrés.

 

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